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Liban: comment Emmanuel Macron peut-il réussir en utilisant le même logiciel que ses prédécesseurs? Il a déjà prouvé son échec !

(Montréal, Beyrouth, 09 septembre 2020). Les Libanais sont convaincus, dans leur écrasante majorité, que l’après 04 août ne ressemblera jamais à l’avant séisme. L’explosion apocalyptique du port de Beyrouth, appelée aussi « attaque » ou « attentat » du port – puisque les produits qui y étaient stockés ne peuvent exploser sans détonateur – a d’ores et déjà changé l’Histoire du pays et montré la place qu’occupe le Liban en tant que Nation et les Libanais en tant qu’individus dans le monde, à travers le formidable élan de solidarité qui se poursuit. Cette tragédie a aussi attesté d’une médiocrité de haut vol des dirigeants libanais, déjà connue de tous avant la catastrophe, et confirmée depuis.
Mais les espoirs nés de la solidarité avec les Libanais et de la volonté internationale de les aider à surmonter la tragédie et à bâtir un véritable Etat débarrassé des corrompus, des corrupteurs et surtout de leurs protecteurs et bénéficiaires que sont les miliciens armés du Hezbollah, se sont évaporés en partie avec les propos plus qu’intrigants du président français Emmanuel Macron et de son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Les dirigeants français continuent en effet de caresser le Hezbollah dans le sens du poil et de briser le consensus occidental autour du caractère terroriste de cette organisation iranienne greffée au Liban, et qui le prend en otage à travers sa composante chiite.
Au moment où la Grande-Bretagne, l’Allemagne et plusieurs autres pays européens, ainsi que les Etats-Unis, la Thaïlande et des pays d’Amérique du Sud placent le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes, les dirigeants français négocient avec « sa branche politique » et cherchent à la dissocier de sa « branche militaire ». Pourtant, les dirigeants du Parti de Dieu clament, depuis sa création, que le mouvement ne fait qu’un. Les enquêteurs allemands l’ont récemment confirmé: « l’aile politique et les organisations caritatives récoltent des fonds pour financer l’aile militaire et les actions terroristes ».
Cet entêtement français à vouloir séduire le Hezbollah intrigue et inquiète. Selon un député libanais, « le comportement de Paris intrigue car il laisse penser que la France cherche à travers sa complaisance avec le Hezbollah à se rapprocher de l’Iran pour y décrocher des contrats ». Notre interlocuteur tient de ce fait à dissocier la « mobilisation officielle » française, intéressée et vicieuse, de l’élan de solidarité populaire, honnête, spontané et profond au sein de la société. Ce constat est partagé, non sans amertume, par un ancien diplomate libanais qui, lui, est encore plus inquiet.
La lecture du diplomate est sans appel: « la France n’a pas tiré les conclusions de ses échecs passés et, en persistant dans l’erreur, elle condamne ses chances au Liban, porte d’entrée régionale. En privilégiant toujours et de manière systématique le dialogue avec ses ennemis, Paris ne parvient pas à les séduire, ni à les rallier. Pire encore, elle déçoit ses partenaires traditionnels et les perd ». Notre source rappelle à cet égard que « la diplomatie française fonctionne toujours avec le logiciel hérité des années 1980, voire des années Giscard. Après avoir laissé l’OLP massacrer les Libanais et particulièrement les Chrétiens, la France, avec ce même logiciel, a toléré l’hégémonie syrienne sur le Liban. Elle a même pardonné à la Syrie l’assassinat de son ambassadeur à Beyrouth Louis Delamare (4 septembre 1981). Elle a même récompensé son assassin en l’invitant au défilé du 14 juillet à Paris (2008) ».
Selon l’ancien diplomate, « en avalant cette première couleuvre », la France a montré sa vulnérabilité et a enchaîné les concessions. Si elle avait riposté et sanctionné les assassins de son ambassadeur, elle n’aurait pas subi l’attentat du Drakkar et la perte de 58 parachutistes (23 octobre 1983), commis par le Hezbollah. Cet attentat restant sans réelle riposte – mis à part un raid contre un camp d’entrainement du Parti de Dieu qui a fait un mort (un berger) car Paris ayant pris le soin de prévenir le Hezbollah de l’imminence du raid – a encouragé les terroristes à poursuivre leurs méfaits. C’est donc en sachant que la France allait négocier et faire des concessions que le Hezbollah a enlevé les otages français, puis occidentaux (Marcel Carton, Marcel Fontaine, Michel Seurat, Jean-Paul Kauffmann, Jean-Louis Normandin, Philippe Rochot, Roger Auque…), et ce fut tantôt pour libérer Georges Ibrahim Abdallah, tantôt pour négocier l’élargissement d’Anis Naccache, ou encore pour faire cesser le soutien français à l’Irak. Au lieu de sévir, François Mitterrand a cédé sur toute la ligne et contribué indirectement au renforcement de l’organisation terroriste depuis le milieu des années 1980. En 1996, Jacques Chirac a utilisé le même logiciel lors de l’opération israélienne ‘Raisins de la colère’ et a réhabilité le Hezbollah et la Syrie en jouant le médiateur et en négociant avec « l’aile politique » du Parti de Dieu. Cette même organisation n’a toutefois pas hésité à pulvériser Rafic Hariri, l’ami de Chirac, après avoir tenté d’assassiner le député Marwane Hamadé, qui a la double nationalité libanaise et française. Ce fut un message sanguinaire adressé à la France qui s’était rapprochée des Etats-Unis autour de la résolution 1559 (septembre 2004) et qui refusait la prorogation du mandat d’Emile Lahoud ».
Et le diplomate d’ajouter: « En 2006, la France de Chirac a encore une fois commis l’erreur de négocier avec le Hezbollah et d’approuver la résolution 1701 pour renforcer la FINUL. Or, n’ayant pas de véritables mandats, les soldats onusiens sont devenus des otages potentiels aux mains du Hezbollah à travers lesquels le Parti de Dieu peut facilement exercer des pressions sur leurs pays respectifs ».
« La France de Sarkozy n’a pas jugé utile de changer son logiciel. En juillet 2007, elle a reçu le Hezbollah à la table des négociations à la Celle Saint-Cloud. L’année suivante, elle a fait honneur à Assad – sans contrepartie et sans « le droit d’inventaire » sur ses crimes – et l’a reçu le 14 juillet 2008. Sarkozy a signé sa capitulation en effectuant une visite officielle à Damas en décembre de la même année, avant de recevoir le dictateur syrien à Paris, en visite officielle, en 2010″.
« Malgré son engagement en Syrie, en Irak et au Yémen, et en dépit des multiples attentats et assassinats politiques commis au Liban, et ses tentatives d’attentats à travers le monde (plusieurs stocks de nitrate d’ammonium ont été découverts chez ses militants en Allemagne, en Colombie, à Chypre, et en Thaïlande notamment), la France de François Hollande a maintenu le dialogue politique avec le Hezbollah (2013) sans parvenir à modifier ses positions d’un iota ».
« Aujourd’hui, il est affligeant de constater que le président Emmanuel Macron utilise toujours le même logiciel que ses prédécesseurs, négocie avec les mêmes terroristes. Il ne fait pas de doute qu’il obtiendra le même résultat. Le Hezbollah l’a déjà dit: il fait partie de Wilayat el-Faguih et fait allégeance uniquement au Guide de la République islamique d’Iran. Il l’a aussi déjà fait: il a ouvert le salon d’honneur à Ismaël Haniyeh, chef du Hamas, qui a menacé Israël depuis le Liban. C’est un bras d’honneur à l’adresse de Paris, qui plaide pour la ‘libanisation du Hezbollah’. Si la France cherche à amadouer le Hezbollah pour parvenir à  séduire Téhéran, c’est un combat perdu d’avance. Car pour l’Iran, le négociateur est à Washington ». En définitive, l’espoir engendré par les deux visites de Macron au Liban est tué dans l’œuf par… Macron lui-même.
Sanaa T.

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5 Commentaires

  1. […] En dépit de ce constat alarmant, les sénateurs vont rencontrer les responsables de cette descente en enfer, y compris Gebran Bassil et un responsable du Hezbollah. Oseront-ils leur réclamer des comptes pour avoir mis en échec l’initiative du président Macron (lien)? […]

  2. […] Malgré la complexité de la tâche, dans un contexte régional et national particulièrement tendu, Mikati a effectué sa première visite officielle à l’étranger depuis sa prise de fonction le 10 septembre. Après sa rencontre avec le président Macron, il a exprimé sa « détermination à mettre en œuvre, dans les plus brefs délais, les réformes nécessaires pour redonner confiance et espoir aux Libanais et réduire leurs souffrances ». Notons que traditionnellement, le premier ministre libanais effectue sa première visite officielle à l’étranger en Syrie ou en Arabie saoudite pour faire allégeance à l’une ou l’autre puissance en fonction des circonstances. Mais cette fois-ci, sa visite semble viser à « sauver » la face du président Macron dont l’initiative lancé au lendemain de l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, a lamentab…. […]

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