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L’Apocalypse à Beyrouth qui peut changer l’Histoire du Liban. Le Hezbollah et Israël se partagent les responsabilités? (vidéos)

(Montréal, Rome, le 06 août 2020). L’explosion apocalyptique qui a ravagé Beyrouth et ses banlieues, en fin de journée du 04 août, restera gravée dans la mémoire des libanais comme l’avaient été les attentats du 11 septembre 2001, ou l’attaque de Pearl Harbor le 07 décembre 1941 car, ces événements avaient largement changé la face du monde. Aujourd’hui, les Libanais sont enfin d’accord, en grande majorité, sur la nécessité de transformer cette catastrophe en acquis, afin qu’elle soit la dernière et qu’elle clôture 45 ans de malheurs (1975- 2020).

Quelle soit accidentelle ou provoquée, l’explosion du port de Beyrouth a fait plus de 135 morts, autant de disparus – un terme qui vise à minimiser l’ampleur provisoirement -, plus de 3.500 blessés et près de 15 milliards de dollars de dégâts matériels. Au-delà, le Liban craint les retombées environnementales (pollution à l’ammoniaque) et économiques, d’autant plus que le port, le poumon économique du pays, est désormais hors service. La population redoute aussi les pénuries alimentaires. Les stocks de blé ont été détruits dans les silos complètement éventrés. De par son ampleur, cette catastrophe a déjà changé la face du Liban et pour les habitants, l’après-explosion ne pourra jamais ressembler à l’avant. Ils réclament d’ores et déjà une enquête internationale et la démission de l’ensemble de la classe politique dirigeante, corrompue et complaisante.

De fait, les Libanais n’accordent plus aucune confiance à leurs dirigeants, et ils ont bien raison. Dès l’explosion du port, ces dirigeants se sont ridiculisés en tentant de minimiser la responsabilité du Hezbollah en évoquant l’explosion d’un entrepôt de feu d’artifice. Puis ils ont tenté d’innocenter le Parti iranien en affirmant que les 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium étaient stockées depuis 2014 et que le Hezbollah n’y était pour rien. Mais dans ce cas, pourquoi le gouvernement, par la voix du ministre de l’Intérieur Mohamed Fahmi, a-t-il refusé la participation d’experts internationaux à l’enquête? Pourquoi ne protège-t-il pas le théâtre du crime pour sauvegarder les preuves matérielles indispensables à l’identification des origines de l’explosion et donc des responsabilités? Beaucoup de zones d’ombre qui pointent un doigt accusateur vers le Parti de Dieu, qui utilise le port, ainsi que l’aéroport, pour importer des armes, des munitions et des composants explosifs, mais aussi pour les réexporter à travers le monde.

Les Libanais se souviennent en effet des arrestations de membres du Hezbollah et des saisies de nitrate d’ammonium en leur possession à Chypre, en Bolivie, au Koweït et en Allemagne notamment, ces dernières années. Le Hezbollah est accusé aussi d’utiliser le port de Beyrouth pour envoyer des missiles au Yémen. Et ce, sans parler des trafics de drogues et autres marchandises illicites.

Pour les Libanais, le pouvoir est le complice du Hezbollah et traite cette catastrophe avec complaisance, comme il avait traité toutes les crises qui secouent le pays depuis des années, et plus particulièrement depuis l’éclatement de la révolte du 17 octobre 2019. Sa complaisance avec les trafics du Hezbollah n’est plus à démontrer ce qui fait dire à des experts militaires à Beyrouth que la responsabilité du Hezbollah dans cette catastrophe est engagée. D’abord, parce que le parti contrôle le port, l’aéroport et les douanes, tout comme il contrôle l’Exécutif et une partie des forces armées noyautées. Dès l’explosion du port, il a déployé ses hommes dans l’enceinte de l’infrastructure, interdites aux forces de l’ordre. D’ailleurs, selon plusieurs sources, au moins quatre membres du Parti de Dieu ont péri dans l’explosion, dont un haut responsable, hajj Hassan Hodroj. Qu’est ce qu’ils faisaient sur place s’interrogent ces experts?

De plus, ceux-ci affirment que le nitrate d’ammonium ne peut pas exploser sans détonateur et s’interrogent sur la nature de celle-ci. S’agit-il d’un sabotage au sol ou d’un missile air-sol? Cette hypothèse, de plus en plus évoquée, s’appuie sur l’analyse des images de l’explosion, des témoignages recueillis concernant un survol par des avions, et sur les déclarations du président américain dont les conseillers n’excluent pas une attaque extérieure ayant provoqué la catastrophe.

En tout état de cause, aucun des bélligérants n’a intérêt à reconnaitre sa responsabilité dans ce sinitre. Face à l’ampleur des dégâts, Israël dément toute implication, bien que le premier ministre Benyamin Netanyahou ait accusé le Hezbollah de stocker des armes en milieu urbain, poussant l’ancien ministre libanais des Affaires étrangères, gendre du président Aoun et allié du Hezbollah, Gebran Bassil, à organiser des visites guidées aux ambassadeurs pour démentir les accusations israéliennes. Le Hezbollah ne peut pas non plus assumer sa responsabilité. Hassan Nasrallah qui avait promis de raser Haïfa et de bombarder son complexe pétrochimique et ses stocks de nitrate d’ammonium pour provoquer des milliers de morts, n’a pas les moyens de riposter à la destruction de Beyrouth, justement par la nitrate d’ammonium qu’il détenait. D’autre part, il ne peut pas justifier aux libanais la destruction de leur capitale ni les dégâts humains et matériels qu’il a causés.

Quand Beyrouth aura pansé ses plaies dans les prochains jours, et quand les Libanais auront repris leur esprit, leur lutte devrait reprendre avec un nouveau souffle aussi violent que le souffle de l’explosion du 04 août. Les appels se multiplient pour renverser tout le système actuel, car le peuple ne craint plus la répression ni la torture: « nous mourrons tous les jours. Nous n’avons plus peur de la mort. Notre révolte doit se poursuivre jusqu’à la victoire, car nous n’avons plus rien à perdre » affirme-t-on à Beyrouth. Les Libanais appellent la communauté internationale à « diligenter une enquête pour faire la lumière sur ce qui s’est passé », et à « placer le Liban sous tutelle, sous le chapitre 7 de la charte des Nations unies, pour en finir avec ce pouvoir constitué d’une bande de bandit ».

En attendant, si la responsabilité du Hezbollah est engagée, certaines sources n’écartent pas une part de responsabilité israélienne. Deux vidéos particulièrement visionnées montrent un missile qui s’abat sur l’incendie, et qui provoque la grande déflagration. Sur la deuxième, on peut facilement reconnaitre le son d’un avion, juste avant l’explosion. Mais les experts peinent à déterminer l’identité de l’avion et du missile.

La première vidéo

On aperçoit un projectile s’abattre juste avant l’explosion

 

La deuxième vidéo (à 1:18) qui laisse penser qu’un avion survolait le premier incendie, avant la grande déflagration:

 

Ces images confirment les analyses de la Maison-Blanche et ne laissent pas de doute quant à l’origine de l’explosion (un missile), mais n’expliquent pas pourquoi ces quantités de produits dangereux étaient stockées en zones urbaines civiles. Combien d’autres entrepôts sont-ils dissimulées parmi les habitations à travers le Liban? Combien de maisons servent-elles d’entrées de galeries souterraines exploitées par le Hezbollah? Des voix s’élèvent pour demander au commandant en chef de l’armée le général Joseph Aoun de communiquer au public l’emplacement des stocks de munitions, officiels et clandestins, afin que la population prenne ses distances et puisse se protéger. Des appels se sont faits entendre aussi pour réclamer l’ouverture permanente du port de Tripoli et de l’aéroport René Moawad à Qoleyat (Nord), loin du contrôle du Hezbollah, afin de permettre au Liban de recouvrer sa souveraineté sur ces infrastructures et à la douane d’effectuer son devoir de contrôle.

Quelle que soit l’issue de l’enquête sur l’explosion du port, la catastrophe a déjà ouvert les yeux sur les agissements du Parti de Dieu et sur la complaisance et la complicité du pouvoir. Mais cet événement majeur ne doit pas faire oublier le verdict du Tribunal Spécial pour le Liban (attendu initialement vendredi 07 août mais reporté au 18 août à la suite de l’explosion), ni la décision du Conseil de sécurité attendue avant la fin du mois concernant la mission de la FINUL au Sud-Liban, dont le mandat expire le 31 août. Y a-t-il un lien entre ces trois événements? Rien ne permet d’y répondre, même s’il est légitime de s’y interroger. Dans ce cas, les Libanais peuvent encore redouter le pire, si pire il y a.

Justement, le pire serait une fuite en avant du Hezbollah, qui redoute les échéances à venir, et qui ne souhaite pas ouvrir le front avec Israël. Cette hypothèse qui relève de la « fiction », à ce stade, mais qui intrigue les spécialistes, n’exclut pas un bombardement de l’entrepôt par un drone « local » pour tout bouleverser. Selon un officier libanais à la retraite, « aucune hypothèse n’est exclue, même la plus farfelue ». Notre source déplore qu’au Liban « le pire n’est jamais atteint ».

Sanaa T. (Montréal) et Lea P. (Rome)

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