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Liban : Halte à la précipitation. Il faut hiérarchiser les priorités et commencer par l’application de la résolution 1559

(Roma 10 août 2020). A peine le premier ministre libanais Hassan Diab a-t-il annoncé sa démission, ce lundi 10 août, six jours après la catastrophe du Port de Beyrouth qui a fait plus de 160 morts et 5.000 blessés, et des dégâts de l’ordre de 10 à 15 milliards de dollars, que les prétendants à sa successions ont commencé à sortir du bois et à occuper la scène médiatique en vue de spéculer dans la bourse des premiers ministrables.

Pendant ce temps, les médias occidentaux se sont étalés sur la question libanaise, en multipliant les invités des directs. Les radios et les télévisions ont inondé les auditeurs et les téléspectateurs des avis de spécialistes autoproclamés. Dans leur immense majorité, ces invités ont estimé que la démission du gouvernement pouvait calmer la rue, que Hassan Diab est un bouc émissaire, qu’il paie les erreurs de ses prédécesseurs, que le premier défi de son successeur est de réformer et d’organiser des élections législatives…

Mais dans toutes ces interventions, rares étaient les invités qui ont mis le doigt sur la plaie et qui ont osé dire que rien ne se fera au Liban tant que le principal problème n’est pas résolu, à savoir l’application de la Résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU, et donc le désarmement du Hezbollah. Ils ont tous parlé du défi du futur gouvernement, à savoir le rétablissement de la confiance. Or, les Libanais ne font plus confiance à la classe politique, à quelques exceptions près, et la communauté internationale n’accorde aucune confiance aux dirigeants libanais. La visite et la position du président Macron, et le refus des pays occidentaux et arabes de confier les aides aux autorités, en sont des preuves criantes et irréfutables.

De nombreux commentateurs ont même estimé que la solution résidait dans la formation d’un gouvernement d’union nationale. Alors que la population libanaise s’y oppose farouchement, il est important de rappeler qu’un gouvernement d’union nationale ferait cohabiter le Hezbollah, armé et affilié à l’Iran et à la Syrie, ses alliés du Mouvement Amal et du CPL de Gebran Bassil, d’un côté, et les souverainistes de l’autre. Autrement dit, un tel scénario n’est qu’une tentative de régénérer le système et reproduisant une copie conforme des gouvernements qui ont lamentablement échoué depuis des décennies.

D’autres se disent favorables au retour de Saad Hariri ou d’une personnalité qu’il soutient. Mais ils leur a échappé que Hariri a déjà été renversé par les révolutionnaires du 17 octobre 2019. Pire encore, ils semblent oublier que Hariri est un homme de compromis et que la situation a besoin d’un homme de poigne. Ils ont oublié que Hariri ne pourra plus cohabiter avec les assassins de son père après l’annonce du verdict du Tribunal spécial pour le Liban, prévue le 18 août.

D’autres encore planifient d’ores et déjà des élections législatives anticipées et des réformes permettant au Liban d’assainir son économie et ses finances et d’obtenir l’aide du FMI, de la Banque Mondiale et des donateurs de la Conférence CEDRE. Or, des élections selon la loi actuelle, et sous l’armement du Hezbollah, produiraient le même parlement. Quant aux réformes, le Hezbollah les bloque depuis des années et œuvre sciemment pour le pourrissement du Liban sur tous les niveaux, pour le cueillir en fruit mûr et l’annexer à l’axe iranien. D’ailleurs, c’est dans ce même objectif que le Hezbollah a bloqué et saboté les négociations avec le FMI, ces derniers mois. Pourquoi l’accepterait-il maintenant?

Il est affligeant de constater que les commentateurs soient incapables de faire le bon diagnostic et surtout de proposer le bon remède. Le Liban est pillé par une milice armée qui favorise la corruption de ses alliés, lesquels assurent une couverture politique à ses agissements. Quant au remède, il commence par hiérarchiser les priorités: désarmer et dissoudre la milice, modifier la loi électorale et organiser des élections libres, former un gouvernement issu de la majorité, laisser l’opposition s’opposer, et lancer les réformes, les négociations avec le FMI et reconstruire. Sans ce remède de choc, la gangrène se développera et l’amputation deviendra inévitable.

Samir Geagea, le souverainiste, l’a compris et le clame haut et fort. C’est la raison pour laquelle il ne se précipite pas à démissionner du Parlement avant d’obtenir la garantie que des élections générales soient organisées rapidement. L’expérience a prouvé que la politique de la chaise vide est suicidaire. Le chef des Forces libanaises tente, avec Walid Joumblatt et d’autres souverainistes, de convaincre Saad Hariri de ne pas se porter candidat à la succession de Hassan Diab et éviter ainsi d’être contraint de se compromettre avec le Hezbollah, au sein d’un cabinet d’union qui n’aura de l’union que le nom.

Comme nous l’avions déjà annoncé la semaine dernière, l’explosion du Port de Beyrouth changera le cours de l’Histoire comme l’avaient fait les attentats du 11 septembre et l’attaque de Pearl Harbor. D’ailleurs, de plus en plus de Libanais sont convaincus que l’explosion du 04 août implique le Hezbollah au même titre qu’une autre partie, jusque-là indéterminée. Selon des témoins oculaires, un avion vraisemblablement un F-35, a lancé un missile depuis l’espace aérien de Bhamdoun (dans la montagne surplombant Beyrouth) contre un stock de missiles anti-chars fraichement réceptionné par le Hezbollah et stocké à côté des tonnes de nitrate d’ammonium. D’ailleurs, plusieurs fonctionnaires de la préfecture de Baabda, dont le préfet, ont été éjectés par le souffle de l’avion, au moment où il lançait son projectile. Selon nos interlocuteurs, l’attaque contre l’entrepôt du Port ne sera jamais reconnue et les enquêteurs tenteront d’étouffer l’affaire. Car si le pays étranger ne peut justifier son action en raison des dégâts civils très importants, le Hezbollah ne veut pas non plus accuser quiconque. Car, d’une part, il ne pourra pas riposter, et d’autre part, il reconnaitrait de facto sa responsabilité dans le stockage de munitions en zone urbaine.

L’explosion du Port commence déjà à changer l’Histoire. Elle renverse le gouvernement et pousse plusieurs députés à démissionner, en attendant la chute du Parlement et probablement du Président, de plus en plus réclamée par les manifestants. Elle ouvre les yeux sur l’armement du Hezbollah et son rôle très nocif au service de l’Iran. En définitive, soit les Libanais obtiennent l’application de la résolution 1559, soit leur Liban implose. Ils sont prévenus.

Paolo S.

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