(Roma, 06 novembre 2026). La tension entre les pays du bassin du Nil ne cesse de croitre depuis l’édification du «Barrage de la Renaissance» par l’Ethiopie, et l’annonce de la construction d’un nouvel ouvrage sur le Nil, menaçant les pays de l’aval que sont le Soudan et l’Egypte.
L’Egypte s’est récemment rapprochée du Soudan, de la Somalie et de l’Erythrée, pour contrecarrer les tentatives de l’Ethiopie d’obtenir un accès à la Mer Rouge. En effet, début octobre, l’Egypte a accueilli le 8ème sommet de coordination de l’Union africaine à al-Alamein. Dans son discours d’ouverture du sommet, le président Abdel Fattah al-Sissi a rappelé que la coopération en matière de gestion des fleuves transfrontaliers «doit se fonder sur les règles du droit international et dans le respect mutuel et le bon voisinage». Mais au lieu de coopérer avec les pays de l’aval, l’Éthiopie annonce la construction d’un deuxième barrage sur le Nil Bleu, sans concertations avec le Caire et Khartoum.
Addis-Abeba accuse de son côté l’Egypte, le Soudan et l’Erythrée de soutenir les rebelles du Front populaire de libération du Tigré (FPLT). Elle a rompu ses relations diplomatiques avec l’Erythrée, et menace de s’emparer du sud du pays pour accéder à la Mer Rouge. Dans ce contexte, Le Caire renforce ses relations avec ses alliés. Le président al-Sissi s’est entretenu séparément, en marge du sommet d’al-Alamein, avec le chef du Conseil de souveraineté soudanais Abdel Fattah al-Burhan, le président érythréen Isaias Afwerki, et le président somalien, Hassan Cheikh Mohamed.
Haut du formulaireDans ce contexte de forte tension, la Russie vient de signer un accord d’armement avec Addis-Abeba, tout en accueillant le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi à Moscou avec les honneurs, à l’occasion du sommet Russie-Afrique tenu fin octobre. Il est légitime de s’interroger sur le «double jeu» de la Russie qui semble changer sa stratégique dans la région.
Alors que Poutine accueillait chaleureusement son homologue égyptien, témoin de l’amitié qui unit les deux pays, Abiy Ahmed a annoncé la réception d’avions de chasse Sukhoi Su-35 de 4ème génération et de quatre batteries du système de défense aérienne S-400. Selon Noha Bakr, professeure de sciences politiques à l’Université américaine du Caire, «ce qui apparaît comme une contradiction est en fait une politique froide et pragmatique. La Russie joue sur les deux tableaux, préservant ses acquis économiques en Égypte, dans le domaine de l’énergie nucléaire, tout en renforçant sa présence militaire en Éthiopie afin de garantir ses intérêts dans la Corne de l’Afrique et dans la zone de la Mer Rouge, où Moscou souhaite installer une base navale à Port-Soudan».
Un mois après, nous apprenons que la tension est très vive entre Khartoum et Addis-Abeba. Le Soudan accuse l’Éthiopie de faciliter des attaques de drones lancées depuis son territoire et particulièrement depuis la ville frontalière d’Asosa. L’Ethiopie accuse, à son tour, le Soudan de soutenir les rebelles du Tigré et décide de fermer le consulat du Soudan dans cette ville et d’expulser six employés.
Cette ville limitrophe du Soudan serait utilisée par les Forces de soutien rapide (FSR) de Mohammed Hamdan Daglo, dit Hemedti, qui combat l’armée soudanaise régulière.
Fin octobre, le ministère soudanais des Affaires étrangères a accusé le gouvernement éthiopien de faciliter des attaques visant des centrales électriques et des infrastructures civiles. Selon Khartoum, «l’aéroport d’Asosa est également utilisé pour approvisionner les FSR en armes et en équipements et pour faciliter le passage de combattants étrangers». Le 2 novembre, le Soudan a annoncé avoir déposé des plaintes officielles auprès du Conseil de sécurité de l’ONU et du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, contre l’Ethiopie. Il affirme avoir recensé «70 attaques entre le 15 février et le 27 octobre 2026, utilisant 187 drones suicides et 82 munitions lancées par drones, à partir du territoire éthiopien, tuant et blessant 484 civils, tuant 176 soldats soudanais et blessant 200 autres. L’Éthiopie rejette ces «accusations sans fondement», et accuse l’armée soudanaise de soutenir des rebelles liés au Front de libération du peuple du Tigré, une accusation que Khartoum réfute.
Toutefois, plusieurs enquêtes menées ces derniers mois semblent confirmer «la présence d’un camp d’entraînement pour les combattants des FSR dans la zone de Menge, à une trentaine de kilomètres des frontières soudanaise». Or, cette zone est destinée à devenir une «première ligne de défense éthiopienne du Grand Barrage de la Renaissance». Selon des officiers éthiopiens, «l’armée a l’intention de transformer l’aéroport d’Asosa en centre d’opérations de drones afin de déplacer, à terme, les bases aériennes éthiopiennes vers l’ouest du pays afin de contrer les menaces potentielles aux frontières et de protéger les installations stratégiques, dont particulièrement le Barrage», situé à une centaine de kilomètres de là. S’agit-il d’une des facettes de la guerre de l’eau dans le bassin du Nil et dans la Corne de l’Afrique ?
Par Paolo S. (Roma)