(Rome, 27 juin 2026). Israël, le Liban et les États-Unis ont conclu à Washington un accord prévoyant un retrait partiel de certaines zones occupées, sous supervision libanaise et avec le soutien américain. Présentée comme une avancée prudente vers une désescalade, l’entente reste cependant fragile : l’opposition frontale du Hezbollah et les tensions autour du rôle de l’Iran rappellent combien la souveraineté du Liban reste au cœur de l’équation régionale. Marco Rubio reste toutefois prudent : «Il reste encore beaucoup à faire». Tandis que le «Parti de Dieu» menace de déclencher une guerre civile
Marco Rubio tempère tout enthousiasme : «l’accord signé la nuit dernière entre Israël et le Liban, qui prévoit effectivement un retrait partiel de Tsahal des zones occupées, n’est que le ‘début du commencement’, et il reste encore beaucoup de travail à accomplir». Les propos du secrétaire d’État américain ont mis en lumière la fragilité de cet accord, négocié à Washington au terme de quatre jours de pourparlers intenses, sur fond de préoccupations persistantes concernant l’influence iranienne dans la région.
La logique des «zones pilotes»
L’accord, écrit Gabriella Colarusso dans le quotidien «La Repubblica», repose sur le concept de «zones pilotes» : dans un premier temps, l’armée israélienne ne quittera que deux zones, l’une au nord et l’autre au sud du fleuve Litani, et uniquement en dehors de ce que l’on appelle la «Ligne jaune». Il s’agit de la zone s’étendant sur environ 10 km en territoire libanais, qu’Israël considère comme tampon de sécurité. «Nous maintiendrons ce dispositif tant que le Hezbollah ne se sera pas désarmé, tant qu’une menace pèsera sur l’État d’Israël. C’est aussi un coup dur pour l’Iran. Israël, le Liban et les États-Unis lui disent : cela ne vous regarde pas», a rapidement précisé le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu.
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De son côté, le président libanais Joseph Aoun, pris en étau entre l’occupation, le Hezbollah et les pressions iraniennes, a tenté de présenter l’accord au peuple libanais comme une «première étape pour honorer les sacrifices de la population et lui permettre de regagner ses terres», sous «la souveraineté d’un État qui ne partage son pouvoir avec personne d’autre».
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Une armée libanaise encore trop faible
Les zones évacuées par Tsahal doivent passer sous le contrôle des Forces armées libanaises ; c’est là que réside précisément le principal point de fragilité de l’accord : l’armée libanaise manque actuellement de moyens militaires, de capacités opérationnelles et, dans une certaine mesure, de volonté politique nécessaires pour désarmer le Hezbollah. Les États-Unis préparent de nouvelles missions de formation des troupes, avec le soutien de l’Arabie saoudite et du Qatar, tandis que les pays européens financent et participent depuis longtemps à la formation des forces armées libanaises. Toutefois, le problème fondamental est d’ordre politique : le Hezbollah conserve une base sociale solide et une influence profonde, tandis que la présence militaire israélienne nourrit son discours de résistance.
La «milice de Dieu» hausse le ton
Ce parti-milice, le seul groupe resté armé après la guerre civile libanaise, a également été enhardi par les succès militaires de son parrain, l’Iran. Les négociations menées à Washington entre Beyrouth et Tel-Aviv avaient commencé dans un climat tendu : Libanais comme Israéliens étaient furieux que les États-Unis aient inclus la question du cessez-le-feu au Liban dans le mémorandum conclu avec l’Iran, une initiative perçue comme une reconnaissance de facto de l’influence de Téhéran sur les affaires intérieures du pays.
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La République islamique saisit cette occasion, déterminée à façonner l’avenir politique et le rapport de force à Beyrouth afin de conserver un allié stratégique.
Menaces d’une crise intérieure
À la suite de l’annonce de l’accord-cadre, le député du Hezbollah Hassan Fadlallah est allé jusqu’à agiter le spectre de la guerre civile, affirmant que les autorités libanaises seraient incapables de faire appliquer l’accord à moins que celui-ci, avec le soutien des États-Unis, ne conduise à une «guerre civile».
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Le Hezbollah s’oppose à tout dialogue direct avec Israël, exige un retrait inconditionnel de Tsahal du territoire libanais et réaffirme avec encore plus de fermeté sa volonté de conserver ses armes, jurant explicitement d’empêcher les institutions de l’État libanais de mettre en œuvre sur le terrain les engagements pris à Washington.
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Un défi direct au pouvoir libanais
Il s’agit d’une déclaration de défi frontal au gouvernement de Nawaf Salam et de la présidence de Joseph Aoun : l’un, ancien juge international devenu Premier ministre, l’autre, chrétien maronite (ancien commandant en chef de l’armée de longue date devenu président) qui s’efforcent laborieusement de restaurer la souveraineté du Liban sans recourir aux armes, tout en cherchant à maintenir l’unité du pays.
Un précédent présent dans tous les esprits : l’accord du 17 mai 1983
Un précédent continue de hanter les diplomaties régionales et internationales : celui de l’accord du 17 mai 1983 entre Israël et le Liban, qui n’avait jamais été appliqué avant d’être abandonné dans un contexte de guerre, de pressions régionales et de retrait progressif du soutien occidental.
Pour de nombreux observateurs, le souvenir reste aussi associé aux attentats meurtriers qui avaient visé les forces occidentales déployées au Liban (notamment contre les contingents américain et français) et qui avaient profondément modifié l’engagement des États-Unis et de leurs alliés dans le pays. Dans cette optique, le Hezbollah avait démontré qu’un rapport de force militaire et politique pouvait suffire à empêcher une réorganisation durable de l’État libanais.
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La question demeure aujourd’hui : l’accord de Washington ouvre-t-il une séquence différente ou risque-t-il, à son tour, de buter sur les mêmes équilibres régionaux et les mêmes limites politiques ?
Le pari risqué de l’État libanais
L’autre inconnue porte sur la capacité réelle de l’État libanais à reprendre le contrôle du terrain. Sur le papier, le retrait progressif israélien suppose un déploiement de l’armée libanaise et, à terme, une restauration du monopole de l’État sur l’usage de la force. Mais cet objectif se heurte à une réalité largement reconnue : le Hezbollah conserve une implantation militaire, politique et sociale majeure, particulièrement dans le sud du pays.
Une souveraineté encore sous assistance
Dans ces conditions, la mise en œuvre de l’accord apparaît difficile sans un soutien extérieur massif : Formation, financement, accompagnement logistique et garanties diplomatiques : les États-Unis et plusieurs pays européens (avec un rôle traditionnellement important de la France et, dans certains dispositifs, de l’Italie) pourraient rester des acteurs déterminants pour renforcer les capacités de l’armée libanaise.
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Reste une interrogation centrale : ce soutien suffira-t-il à permettre un désarmement progressif du Hezbollah par des moyens politiques et institutionnels, ou ne fera-t-il que figer provisoirement un rapport de force que Beyrouth ne maîtrise pas encore pleinement ? C’est probablement sur ce point que se jouera l’avenir réel de l’accord de Washington.
Par Dario S.