(Rome, 25 juin 2026). Réunis à Antibes pour le sommet intergouvernemental franco-italien, Emmanuel Macron et Giorgia Meloni ont affiché leur volonté de renforcer leur coopération stratégique, notamment dans les domaines de la défense, de l’énergie et du spatial. Les deux leaders, insistant sur la solidité de leurs relations politiques, entendent relancer leur coopération stratégique tout en revendiquant la liberté de leurs positions respectives. «Nous sommes deux grandes nations fondatrices de l’Europe aux intérêts convergents dans de nombreux domaines», a déclaré la Première ministre lors de la conférence de presse avec le président français
«C’est une journée très importante pour les relations entre l’Italie et la France», a affirmé la Première ministre Giorgia Meloni lors de la conférence de presse tenue avec le président français Emmanuel Macron, à l’occasion du sommet intergouvernemental franco-italien qui se tient actuellement à Antibes, sur la Côte d’Azur. «Nous sommes deux grandes nations fondatrices de l’Europe aux intérêts convergents dans de nombreux domaines», a ajouté Mme Meloni, rapportée par la chaine italienne «Rai News».
«À ce stade, nous voulons nous concentrer sur les questions les plus stratégiques, telles que la défense (par exemple le système SAMP/T) ainsi que le spatial, un secteur où nous pouvons faire la différence», a expliqué la Première ministre.
«Une conférence internationale sur le Liban de l’après-FINUL prévue prochainement»
«L’Italie et la France peuvent faire la différence face à la crise au Liban : la mission de la FINUL s’achève à la fin de l’année», et nous avons décidé de «lancer une coalition pour soutenir le Liban pour l’après-FINUL, en envisageant la tenue prochaine d’une conférence internationale», a annoncé Mme Meloni.
Emmanuel Macron : «le sommet relance la coopération en matière de défense et d’énergie»
Le sommet intergouvernemental France-Italie marque une nouvelle étape dans la coopération en matière de défense et d’énergie, a déclaré le président de la République française, Emmanuel Macron, lors de la conférence de presse. «Ce sommet», a souligné M. Macron, «renforce avant tout notre coopération dans le domaine de la défense. Nos ministres se sont réunis pour discuter de nos priorités communes : un soutien indéfectible à l’Ukraine, une participation conjointe aux opérations de maintien de la paix et aux politiques communes de sécurité et de défense, ainsi que des programmes d’armement conjoints, illustrés par des réussites franco-italiennes telles que les missiles Aster et le système SAMP/T de nouvelle génération. Notre feuille de route capacitaire et le comité bilatéral sur la stratégie industrielle de défense, mis en place ce jour, consolideront notre coopération en matière de capacités et d’industrie, en soutenant la base industrielle et technologique de défense européenne. Nous renforçons également notre coopération dans le secteur de l’énergie. Les événements récents l’ont démontré une fois de plus : il est plus que jamais essentiel de renforcer l’indépendance énergétique de l’Europe. La France a fait, il y a des années, un choix clair et décisif en faveur de la production d’énergie nucléaire, tandis qu’un processus législatif est actuellement en cours en Italie pour relancer une telle production», a noté le président français.
Interrogé sur ses relations avec Giorgia Meloni, Emmanuel Macron a écarté toute idée de tensions : «Nous vivons tous sous le même climat, il fait chaud, il n’y a plus rien de glacial. Nous défendons les intérêts de nos pays, avec un respect mutuel». Et le président français d’ajouter : «Nous croyons en la force de la collaboration bilatérale, en particulier au-delà des frontières. Nous partageons une approche commune concernant l’Ukraine, le Liban et le détroit d’Ormuz, ainsi que des positions sur le budget européen ; nous avons réussi à trouver un terrain d’entente. Je me réjouis de ce que nous avons réussi à bâtir ensemble».
Le spatial au cœur du partenariat
Emmanuel Macron a également souligné que «dans le secteur spatial, notre coopération a été un moteur historique pour l’Europe et doit continuer de l’être». «Le site de Thales Alenia Space à Cannes, visité aujourd’hui par les ministres français et italiens, en est le symbole», a expliqué M. Macron, ajoutant qu’«il nous faut continuer à mobiliser cette expertise pour renforcer la compétitivité, la résilience et la souveraineté européennes, qu’il s’agisse de l’accès autonome à l’espace, des communications par satellite, de l’observation, de l’exploration ou de la défense spatiale».
Giorgia Meloni : «nous pouvons parfois être en désaccord, mais les relations avec Macron n’ont jamais été glaciales»
«J’avoue avoir même été quelque peu amusée par les récits en coulisses concernant notre relation ; nous sommes deux personnes qui, comme l’a dit à juste titre le président Macron, défendent leurs intérêts nationaux respectifs tout en sachant travailler ensemble. Cela exige de la franchise, y compris lorsque nous ne sommes pas d’accord», et il y a eu des moments où nous avons été en désaccord, ainsi que la capacité de coopérer lorsque nous sommes d’accord ; surtout, cela nécessite la possibilité et la capacité de se parler et de comprendre le raisonnement de chacun. Je crois que la coopération entre l’Italie et la France démontre que nos relations n’ont pas été, disons, glaciales ; il s’est agi au contraire de relations ‘sérieuses’ entre des personnes ‘discutant de politique’», a ajouté la Première ministre Giorgia Meloni.
Giorgia Meloni : «je respecte Marine Le Pen, mais je ne dirai pas aux Français ce qui est bon pour eux»
Interrogée sur Marine Le Pen, Giorgia Meloni a indiqué ne pas connaître les éléments judiciaires du dossier la concernant et ne pas être en mesure de les commenter. «Je peux juger l’action politique, et j’ai du respect pour Marine Le Pen tout comme pour quiconque bénéficie du soutien des citoyens, car c’est ainsi que fonctionne la démocratie. Je peux vous dire que je ne crois pas automatiquement tout ce que je lis, car je me souviens de ce qui s’écrivait sur moi avant que je ne devienne Première ministre. Et de conclure : «je ne m’estime pas en mesure de dire au peuple français ce qui est préférable pour lui et pour son avenir, pas plus que je n’ai apprécié qu’on le fasse à l’égard des Italiens.»
Les accords intergouvernementaux signés
A l’occasion du 36e sommet bilatéral franco-italien entre le président français Emmanuel Macron et la Première ministre Giorgia Meloni, plusieurs accords ont été conclus :
- Affaires étrangères et Coopération internationale : déclaration d’intention visant à renforcer la coopération diplomatique et déclaration conjointe sur les mers et les océans ;
- Intérieur : accord administratif relatif à la création et à l’organisation d’une équipe mixte de lutte contre l’immigration clandestine ;
- Défense : Feuille de route France-Italie pour la défense 2026-2031 ;
- Entreprises et «Made in Italy» : déclaration conjointe sur la coopération spatiale dans le cadre du Traité du Quirinal ;
- Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et des Forêts : Protocole d’accord sur la coopération en matière d’indications géographiques ;
- Culture : déclaration d’intention relative au patrimoine culturel ;
- Infrastructures et Transports : déclaration sur le développement de l’axe ferroviaire Marseille-Nice-Gênes.
Une convergence stratégique face aux recompositions internationales
Au-delà des annonces sectorielles, ce sommet aura surtout cherché à installer l’image d’un dialogue politique consolidé entre Paris et Rome. Malgré des sensibilités parfois différentes sur certains dossiers européens ou internationaux, Giorgia Meloni et Emmanuel Macron ont mis en avant une logique de coopération fondée sur des intérêts communs et sur une responsabilité historique partagée.
En tant que deux États fondateurs du projet européen, l’Italie et la France entendent afficher leur capacité à agir de concert dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les enjeux de souveraineté énergétique, les défis sécuritaires et la compétition croissante entre puissances. Selon un diplomate italien, «le message envoyé depuis Antibes est celui d’une coordination renforcée plutôt que d’une relation de circonstance».
Liban : un dossier chaud et un terrain d’action diplomatique commun
Parmi les dossiers évoqués, celui du Liban qui apparaît comme l’un des plus sensibles et potentiellement l’un des plus structurants pour la coopération franco-italienne dans les mois à venir. Dans le cadre de la fin de la mission de la FINUL et l’idée avancée d’une initiative internationale de soutien, Paris et Rome semblent vouloir se positionner comme des partenaires de premier plan dans l’accompagnement politique et institutionnel du pays.
Dans un environnement régional marqué par de fortes rivalités d’influence, les deux capitales paraissent défendre l’idée qu’un soutien coordonné au Liban pourrait contribuer à préserver les équilibres internes du pays et à limiter les effets des tensions régionales. Entre les dynamiques impliquant l’Iran, le rôle de son bras armé régional le Hezbollah, les intérêts des États-Unis et les enjeux de sécurité liés à Israël, le Liban pourrait rester l’un des espaces où l’engagement diplomatique européen sera le plus observé.
Enfin, ce sommet franco-italien, écrit la presse transalpine, tombe d’autant plus à pic que la cheffe du gouvernement italien acte un divorce politique avec Donald Trump. Après avoir reproché à la Première ministre de ne pas l’avoir aidé en Iran, le Magnat s’était moqué de Giorgia Meloni en affirmant qu’elle l’aurait supplié de prendre des photos et des selfies au G7. «L’Italie n’implore jamais», s’était alors défendue la présidente du Conseil. Pour l’Elysée : «Nous avons besoin l’un de l’autre».
Par Sanaa T.