(Rome, 18 octobre 2026). L’Europe entre dans un automne sous tension. De la France (400 interpellations) à l’Italie (affrontements à Milan, Turin et Bologne), jusqu’à l’Albanie, les mouvements de contestation se multiplient, révélant une colère sociale et politique que les gouvernements peinent à contenir. Derrière les mobilisations se dessinent des préoccupations convergentes : le coût de la vie, les inégalités, les conditions de travail et la défiance envers le pouvoir. Autant de signaux d’alerte qui interrogent la capacité des dirigeants européens à répondre aux attentes de leurs populations
Scènes de guérilla urbaine à Paris, affrontements à Milan et Bologne, cortèges à Liège et Bruxelles : des transporteurs routiers dans le sud de l’Italie aux établissements scolaires en France, en passant par les rassemblements contre la vie chère, l’Europe se prépare à un nouvel «automne chaud», écrit Roberto Vivaldelli dans «Inside Over».
En France, l’étincelle est venue des lycéens, qui ont bloqué leurs établissements pour protester contre les coupes budgétaires dans l’éducation. À Bruxelles, jeunes et syndicats sont descendus dans la rue pour dénoncer l’austérité imposée par le gouvernement De Wever. À Milan, cinq mille jeunes se sont rassemblés suite à un appel lancé en ligne par un mouvement se revendiquant apolitique. Les motifs du mécontentement, qui traverse les grandes villes du Vieux Continent, sont comparables : budgets publics de plus en plus restreints, salaires gelés, services publics réduits au strict minimum et une inflation qui ne laisse aucun répit. Le tout sur fond de tensions internationales, du détroit d’Ormuz à l’Ukraine, et alors qu’une crise énergétique frappe à la porte.
La France en ébullition, la protestation s’étend
En France, la journée de mobilisation nationale contre la hausse du coût de la vie et les défaillances du système scolaire a dégénéré, samedi 17 octobre, en affrontements entre manifestants et forces de l’ordre dans plusieurs villes de l’hexagone. Selon les chiffres des autorités repris par «Le Parisien», on dénombrait déjà 272 interpellations (400 selon le ministre français de l’Intérieur) dans tout le pays, samedi à 15 heures. En dehors de Paris, 140 actions de protestation ont été recensées, rassemblant environ 32.800 participants.
Dans la capitale, des milliers de personnes se sont rassemblées place de la République. Un cortège s’est élancé depuis ce lieu ; selon le quotidien français, le défilé s’est déroulé, dans l’ensemble, de manière pacifique. Dans les rues adjacentes, toutefois, la police a eu recours aux gaz lacrymogènes et aux canons à eau contre des groupes qui lançaient des objets et des feux d’artifice. Sur la place, une voiture et deux kiosques à journaux ont pris feu. À 14h15, la préfecture de police de Paris faisait état de 133 interpellations. L’un des incidents les plus graves a visé le siège de CNews, la chaîne de télévision appartenant au groupe du milliardaire Vincent Bolloré. Selon la police, une centaine de manifestants ont pris l’immeuble pour cible, et 21 personnes ont été interpellées. Des tensions ont également été observées à Bordeaux où, d’après «Le Monde», les forces de l’ordre ont eu recours aux gaz lacrymogènes avant même le départ prévu du cortège.
Après la journée de mobilisations émaillée par les violences, «c’est désormais le moment de choisir son camp», a lancé le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, à l’adresse de La France insoumise (LFI), avec laquelle il a multiplié les passes d’armes depuis le début de la mobilisation lycéenne. Et M. Lecornu d’ajouter : «Soit on est dans le camp de la République et donc des forces de l’ordre, de celles et ceux qui protègent les biens et les personnes et qui appliquent les lois, soit on est du côté des casseurs», a-t-il poursuivi, lors d’une visite auprès des forces de l’ordre mobilisées dans le centre de Paris, estimant être arrivé à un «point de non-retour».
A Lille (Nord), des casseurs étaient en pleine action. Ils ont forcé l’entrée de l’hôtel de ville et réussi à s’introduire dans l’édifice avant de prendre la fuite. «Heureusement, il n’y a pas de dégâts à l’intérieur de l’hôtel de ville. Il y a des dégâts juste à côté dans la maison de la médiation et du citoyen. Nous regrettons ces violences qui viennent abîmer les revendications légitimes de milliers de manifestants aujourd’hui», réagit Charlotte Brun, adjointe au maire (PS) de la ville du nord.
À Limoges, les manifestants s’en sont pris à la mairie. Ils ont mis le feu. La charpente en flammes. D’après les pompiers, la toiture de l’édifice pourrait être menacée.
Toujours en France, à Toulouse, les CRS bloquent les manifestants qui tentent eux aussi de s’approcher de l’hôtel de ville, place du Capitole. En fin d’après-midi, à Paris, à proximité de la place de la Concorde, certains ont été refoulés par les forces de l’ordre. Le palais de l’Élysée est à moins d’un kilomètre.
Albanie : une alliance entre étudiants et écologistes
Une situation comparable à celle observée en France, moins violente, mais plus intense, s’est déroulé en Albanie. Depuis cinq jours, des étudiants universitaires et des lycéens manifestent contre le gouvernement Rama, dont ils réclament la démission. Après les premiers jours, les étudiants ont été rejoints par des militants du mouvement «Flamingo», né durant l’été pour s’opposer à la construction d’un complexe hôtelier de luxe dans une zone naturelle protégée, un projet dans lequel une partie de la famille Trump est également impliquée. Partie de la capitale, Tirana, devant le ministère de l’Éducation, la contestation s’est étendue à d’autres villes albanaises, s’accompagnant, comme il est désormais courant, de jets de pierres sur les forces de l’ordre, d’incendies de poubelles et de centaines d’arrestations. Le Premier ministre Rama a, comme à l’accoutumée, rejeté toute critique, a imputé la responsabilité des troubles à de mystérieux «agents étrangers» et a réaffirmé sa volonté de poursuivre sa politique. Une intention également exprimée par les mouvements à l’origine de la contestation.
Des affrontements ont aussi eu lieu à Milan
À Milan, les manifestations du samedi 17 octobre ont été organisées pour protester contre la hausse du prix des carburants, le coût de la vie et le poids de la fiscalité. Selon les informations rapportées par l’agence italienne ANSA, des centaines de très jeunes individus, vêtus de noir, ont pris possession de la «Piazza del Duomo» après avoir contraint les forces de l’ordre à reculer, sous une pluie d’engins explosifs artisanaux, de bouteilles et de barrières arrachées.
Le scénario s’est répété, avec une intensité variable, dans d’autres villes. À Turin, Bologne et Bergame, des groupes de jeunes encagoulés ont pris pour cible les forces de l’ordre, à coups de pierres et de pétards.
La réponse du gouvernement a été immédiate et ferme. La présidente du Conseil, Giorgia Meloni, a rappelé que «manifester est un droit», mais que «mettre nos villes à feu et à sang» ne l’est pas. Elle a ensuite décoché une flèche en direction du centre-gauche : «Je réitère ma demande aux oppositions : qu’elles ne fassent preuve d’aucune ambiguïté à ce sujet. Toute réticence équivaut à une justification».
La violence ne saurait jamais être justifiée, que ce soit dans la rue ou ailleurs. Mais il est tout aussi vrai qu’il semble exister une classe politique vivant dans une autre dimension, incapable de saisir le lien entre le malaise qui traverse les sociétés européennes et les choix opérés à Bruxelles ainsi que dans les capitales nationales. Une classe dirigeante qui a misé tout son capital politique sur le réarmement et sur une guerre perpétuelle contre la Russie, quitte à sacrifier sa propre économie.
Sans compter que la plupart des nations européennes n’ont pas levé le petit doigt pour dissuader Washington (et Tel-Aviv) d’entraîner l’Occident et le monde dans une guerre insensée contre l’Iran, un conflit qui a fait grimper le cours du pétrole brut et plongé l’économie mondiale dans la crise. Quelques déclarations de désaccord, certes, mais rien de plus : les bases situées sur le sol européen sont restées à la disposition des opérations américaines contre Téhéran, comme l’a confirmé Mark Rutte lui-même, secrétaire général de l’OTAN. Condamner la violence sans procéder à une analyse honnête des causes de ce mécontentement serait donc malhonnête, ne trouvez-vous pas ? Ou bien allons-nous continuer à faire comme si tout allait bien ?
A Bruxelles, plusieurs centaines de jeunes, mais aussi des adultes, se sont donné rendez-vous Gare centrale de la capitale et à la gare des Guillemins à Liège samedi matin pour continuer à protester contre les mesures prises dans l’enseignement, la répression policière, notamment en marge de la manifestation du 9 octobre, ou plus largement, les mesures prises par le gouvernement fédéral. Si la matinée s’est déroulée dans le calme, la situation s’est tendue en après-midi à Bruxelles et à Liège avant un apaisement en fin d’après-midi à Liège, et en soirée à Bruxelles, rapporte la chaine RTBF.
Derrière les violences, l’ombre des puissances étrangères
La multiplication des contestations en Europe pose une question délicate : ces tensions sont-elles uniquement le reflet d’un malaise social et politique intérieur, ou certaines puissances étrangères cherchent-elles à les exploiter pour fragiliser les gouvernements et diviser le Continent ? Moscou est régulièrement mise en cause dans des opérations de désinformation et d’ingérence visant les démocraties européennes. Certaines prises de position politiques américaines et certains réseaux d’influence peuvent également peser sur le débat européen.
A qui profite la déstabilisation du Vieux Continent ?
L’accord Trump-Poutine sur le gazole a ravivé les fractures transatlantiques et placé les Européens face à une équation délicate : comment préserver leur unité lorsque les intérêts des Etats-Unis semblent diverger de ceux de leurs alliés européens historiques ?
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En offrant à Moscou une perspective de reprise des exportations de diesel malgré les sanctions, l’initiative américaine a nourri les inquiétudes quant à ses conséquences économiques, diplomatiques et stratégiques pour l’Europe.
Dans cette optique, la multiplication des contestations à Paris, Milan, Bruxelles ou Tirana soulève inévitablement une interrogation : les puissances étrangères se contentent-elles d’exploiter les fragilités européennes, ou certaines cherchent-elles à les accentuer ? La Russie a un intérêt stratégique à voir les démocraties européennes divisées sur le soutien à l’Ukraine et sur leur politique de sanctions. Aux Etats-Unis, les choix de l’administration Trump peuvent, eux aussi, accentuer les divergences entre alliés.
De l’accord Trump-Poutine au soutien à Zelensky
Le calendrier des troubles en Europe interpelle plus d’un : le 9 octobre, Donald Trump annonce un accord sur les livraisons de gazole russe aux marchés américain et mondial. Quelques jours plus tard, le 16 octobre, Volodymyr Zelensky remercie publiquement les européens pour leur soutien, alors même que les divergences entre Washington et ses alliés européens se creusent sur la conduite de la guerre en Ukraine.
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Pendant ce temps, les capitales européennes sont confrontées à des manifestations qui, dans certains cas, dégénèrent en violences.
Marine Le Pen et l’aide à Kiev : un tournant politique qui pourrait fragiliser l’unité de l’Europe
Autre signe des fractures qui traversent l’Europe, la déclaration de Marine Le Pen, selon laquelle elle promet de couper l’aide financière française à l’Ukraine si elle accède à l’Élysée, soulève des interrogations sur l’avenir du soutien occidental à Kiev.
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À l’heure où la guerre en Ukraine redessine les équilibres géopolitiques, cette position pourrait accentuer les divergences entre Paris, Bruxelles et leurs alliés, tout en alimentant le débat sur l’autonomie stratégique de l’Europe.