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De l’énergie aux drones : l’Ukraine au cœur des turbulences transatlantiques

(Rome, 15 octobre 2026). Kiev intensifie la pression sur les intérêts énergétiques et financiers russes, tandis que ses frappes de drones et ses choix stratégiques mettent à l’épreuve les équilibres occidentaux. En toile de fond : l’accord sur le diesel, le bras de fer sur les avoirs gelés et les drones en mer Noire

La trêve énergétique enterrée

Kiev a enterré la trêve énergétique. Dans un entretien accordé au «Financial Times», le président ukrainien Volodymyr Zelensky a clairement fait savoir que son pays reprendrait ses attaques ciblées contre les infrastructures énergétiques russes, la Russie n’ayant manifesté aucune intention de respecter la supposée pause dans les hostilités évoquée par le président américain Donald Trump. Par ailleurs, le dirigeant ukrainien a critiqué ses partenaires américains pour leur menace de suspendre le partage de renseignements ainsi que le fonctionnement de Starshield (une composante de Starlink à usage exclusivement militaire, contrôlée par le Pentagone) au cas où Kiev ne respecterait pas cette trêve. Cette suspension a finalement été mise en œuvre, vraisemblablement dans le but d’accroître la pression sur le gouvernement ukrainien (une mesure qui semble toutefois avoir pris fin, si l’on en croit les informations parvenues ces dernières heures depuis ce pays d’Europe de l’Est), écrit Lorenzo Piccioli dans le portail «Formiche.net».

Le diesel russe, un cadeau à deux vitesses

L’enjeu, cependant, n’est pas uniquement militaire. Derrière l’échec de cette trêve se profile un accord énergétique entre Washington et Moscou, perçu à Kiev comme un cadeau fait au Kremlin : les États-Unis ont en effet suspendu, jusqu’au 7 avril prochain, les sanctions pesant sur les exportations de combustibles fossiles produits par la Fédération de Russie.

Dans la foulée, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confirmé que le diesel russe avait commencé à atteindre les marchés mondiaux, suite à cet accord conclu avec la Maison-Blanche. Les volumes annoncés par Trump demeurent toutefois limités, étant donné que les quelque 300.000 tonnes promises ne représentent même pas une journée de consommation pour le seul secteur américain des transports. L’enjeu de cette opération est avant tout politique : la Maison-Blanche cherche à faire baisser les prix du carburant en vue des élections de mi-mandat du 3 novembre. Cette décision du président américain a été critiquée par Zelensky et par les capitales européennes (ainsi que par une partie des sénateurs républicains). Parallèlement, l’administration américaine envisagerait un assouplissement des sanctions visant les navires de la «flotte fantôme», afin de contenir les coûts de fret, qui ont atteint des niveaux records.

Le diesel russe, le détour de Trump et le rapport de force avec Poutine

Le 9 juillet 2026, l’annonce russe selon laquelle le diesel ne doit plus sortir du pays marque un tournant dans les répercussions économiques de la guerre. L’objectif officiel était de rétablir l’approvisionnement du marché intérieur, confronté à des pénuries et à des tensions sur les prix.

A lire : Russie : un décret l’impose, «le diesel ne sort plus du pays»

L’enjeu dépasse le seul secteur énergétique. Le diesel est indispensable au transport routier, à l’agriculture, à la logistique militaire et à une grande partie de l’activité industrielle. En frappant les capacités de raffinage, Kiev cherche ainsi à augmenter le coût matériel de la guerre pour Moscou, sans devoir affronter exclusivement les forces russes sur le front.

Pourquoi Trump fait-il marche arrière plus tard ?

Le changement de cap intervient le 9 octobre 2026. Donald Trump annonce alors, après un entretien téléphonique avec Vladimir Poutine, un accord prévoyant des livraisons supplémentaires de diesel russe aux marchés américain et international. Il évoque notamment 300.000 tonnes dans un premier temps, puis 500.000 tonnes en novembre, avant des volumes potentiellement plus importants. Le département du Trésor américain annonce parallèlement une dérogation temporaire à certaines sanctions afin d’autoriser ces transactions.

A lire : Le gazole russe dans le réservoir des midterms : quelle portée pour l’accord entre Moscou et Washington ?

La crise énergétique internationale, aggravée par les perturbations au Moyen-Orient et les tensions sur les capacités de raffinage, renchérit les carburants. Pour Trump, faire baisser les prix constitue un objectif économique, mais aussi un enjeu politique intérieur, à l’approche des élections de mi-mandat américaines du 3 novembre 2026.

L’instrument de négociation

Moscou peut offrir des volumes de carburant en échange d’un assouplissement des restrictions qui entravent ses exportations. Pour le Kremlin, l’intérêt ne se limite pas aux recettes pétrolières : il s’agit également de réintroduire progressivement ses produits énergétiques sur les marchés occidentaux et de réduire l’isolement économique imposé depuis l’invasion de l’Ukraine.

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Plusieurs analystes soulignent que cette dérogation américaine constitue une inflexion importante de la politique de sanctions et que le Kremlin cherche à dissocier les avantages économiques accordés à la Russie du règlement du conflit ukrainien.

210 milliards d’euros d’actifs gelés, un différend européen

Un autre point de friction transatlantique concerne les avoirs russes gelés en Europe. Selon le «Financial Times», l’envoyé spécial Steve Witkoff et le gendre du président Trump, Jared Kushner, auraient proposé d’en transférer une partie vers une structure placée sous supervision américaine, dans le but de relancer les négociations de paix. Ce plan a été rejeté par les délégations européennes et condamné par le chancelier allemand Friedrich Merz ; à la veille du Conseil européen, ce dernier a réaffirmé que ces fonds devaient rester gelés en Europe, déclarant : «c’est notre affaire, et c’est à nous de décider». Il s’agit d’environ 210 milliards d’euros de réserves de la Banque centrale russe, dont près de 185 milliards sont détenus par Euroclear, que plusieurs pays européens souhaiteraient allouer au soutien de Kiev.

La tension se déplace en mer Noire

Par ailleurs, la tension gagne la mer Noire. Le président roumain, Nicușor Dan, a confié à «Politico» que les alliés de l’OTAN allaient réunir le Conseil de l’Atlantique Nord pour discuter d’une réponse à une série d’attaques par drones visant le trafic marchand dans la région. Cette décision a été motivée par des attaques survenues au cours des dernières vingt-quatre heures contre deux navires-citernes transportant des produits chimiques, dans les eaux territoriales roumaines ou à proximité immédiate. Le président roumain a reçu des marques de solidarité de l’OTAN et a interprété ces événements comme s’inscrivant dans une stratégie d’attaques hybrides visant à affaiblir le soutien européen à l’Ukraine, un soutien qui ne faiblira pas, a-t-il assuré. Il a ainsi laissé entendre que Moscou pourrait être impliqué dans ces incidents.

Trump veut négocier la paix, Poutine cherche à modifier le rapport de force

La principale contradiction entre Washington et Moscou tient à la différence entre les objectifs affichés par Donald Trump et la stratégie poursuivie par Vladimir Poutine. Le premier privilégie une diplomatie transactionnelle, fondée sur des accords susceptibles de produire rapidement des résultats visibles.

Le second, quant à lui, aborde la négociation dans une perspective plus large : celle de la redéfinition de l’équilibre stratégique en Europe et de la reconnaissance des intérêts russes en Ukraine. Pour Moscou, un accord ne constitue pas nécessairement une fin en soi. Il peut aussi devenir un instrument permettant de consolider les gains obtenus sur le terrain, de desserrer les sanctions et de peser sur les choix de Kiev et de ses partenaires occidentaux.

Une source européenne estime que la contradiction centrale est celle-ci : Trump cherche à faire de l’interdépendance économique un levier de paix, tandis que Poutine peut l’utiliser comme un levier de puissance.

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