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Le gazole russe dans le réservoir des midterms : quelle portée pour l’accord entre Moscou et Washington ?

(Rome, 10 octobre 2026). À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, les relations énergétiques entre Washington et Moscou soulèvent d’importants enjeux économiques et politiques. L’accord sur le diesel entre les deux puissances, annoncé par Trump, pourrait peser sur les prix des carburants, les équilibres du marché pétrolier et les débats électoraux. Une manœuvre qui irrite Kiev et divise les alliés

Des ponts pétroliers. Ces dernières heures, le président américain Donald Trump a annoncé, à l’issue d’un entretien téléphonique avec son homologue russe Vladimir Poutine, un accord prévoyant la mise immédiate sur le marché de 300.000 tonnes de diesel russe, suivies de 500.000 tonnes en novembre et d’un million supplémentaire dans un second temps. Trois millions de tonnes supplémentaires pourraient suivre si les raffineries russes sont en mesure d’assurer la production. Pour rendre l’accord opérationnel, l’administration Trump a assoupli les sanctions visant les carburants russes, initialement instaurées pour priver Moscou des ressources nécessaires au financement de la guerre, et le Trésor délivrera, par l’intermédiaire de l’OFAC, une licence générale temporaire pour les approvisionnements destinés au marché mondial, écrit Lorenzo Piccioli dans le portail italien «Formiche.net».

Une logique d’abord intérieure

La logique de l’opération est avant tout locale. À moins d’un mois des élections de mi-mandat du 3 novembre, la flambée des prix à la pompe est devenue un enjeu politique majeur : le prix du diesel a atteint 6,53 dollars le gallon à la pompe, avec des répercussions directes sur le transport de marchandises et l’agriculture. La Maison Blanche recherche un résultat rapide et visible ; et la seule annonce a déjà entraîné une baisse des cours de gros. Toutefois, le coût politique s’est immédiatement fait sentir à Washington, où plusieurs membres du Congrès ont critiqué l’accord, craignant de voir se rouvrir une source de revenus pour le Kremlin alors que le conflit se poursuit.

Le pari risqué de Trump à quelques semaines des élections de mi-mandat

En annonçant un accord avec Vladimir Poutine pour remettre du diesel russe sur les marchés américain et mondial, le président Trump fait le choix de privilégier l’urgence énergétique. À près de trois semaines du scrutin du 3 novembre, la flambée des prix du carburant constitue une préoccupation économique et politique majeure pour Washington. Trump espère notamment soulager les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises, dont les coûts de fonctionnement dépendent directement du prix du gazole.

Mais la décision comporte un risque politique. Si l’accord ne permet pas une baisse suffisamment rapide et durable des prix à la pompe, Donald Trump pourrait être accusé d’avoir consenti un rapprochement avec Moscou sans obtenir de résultats tangibles pour les consommateurs. À l’inverse, si les prix diminuent sensiblement, il pourra défendre cette initiative comme une mesure pragmatique destinée à protéger le pouvoir d’achat et l’activité économique.

«Enfin, à quelques semaines des élections de mi-mandat, le véritable test sera celui des résultats : les prix baisseront-ils suffisamment vite pour justifier le coût politique et diplomatique de cette décision ?», s’interrogent plusieurs observateurs occidentaux.

Des fissures dans le front occidental

Sur le plan international, ce choix américain ouvre des brèches dans le front occidental. Depuis des années, les alliés européens cherchent à réduire les revenus énergétiques de Moscou par le biais de sanctions, et Londres a déjà fait savoir qu’elle maintiendrait la pression sur le Kremlin. La réaction de Volodymyr Zelensky a été très vive ; selon lui, ces recettes finiront par alimenter la guerre contre l’Ukraine et contre l’Europe. Le président ukrainien est allé jusqu’à affirmer que l’équipe de négociation de Kiev est utilisé comme un «rideau de fumée». C’est précisément sur Kiev que l’administration américaine fait peser la responsabilité. Ces dernières semaines, la Maison Blanche avait demandé à l’Ukraine de suspendre ses attaques contre les raffineries russes ; ces frappes ont sensiblement réduit la capacité de production de Moscou et risquent désormais de compromettre les volumes promis à Washington. De son côté, Kiev ne cède pas. Un haut responsable ukrainien a confirmé que les drones à longue portée continueraient de frapper les infrastructures énergétiques russes.

Vers une intensification des frappes ukrainiennes contre le pétrole russe ?

La décision de Trump d’assouplir temporairement les sanctions sur les exportations de diesel russe pourrait avoir un effet paradoxal : loin de convaincre Kiev de suspendre ses opérations, elle risque de renforcer la détermination ukrainienne à maintenir la pression sur le secteur énergétique russe.

Pour les ukrainiens, les infrastructures pétrolières constituent un levier stratégique. Les raffineries, les terminaux d’exportation et les installations de stockage participent aux revenus énergétiques de la Russie, tout en contribuant à son approvisionnement en carburants. En poursuivant ses frappes, l’Ukraine cherche à limiter les ressources financières de Moscou et à augmenter le coût économique de la guerre.

Jusqu’où Kiev peut-il aller sans provoquer une crise avec Washington ?

La principale difficulté pour le président Zelensky est désormais autant diplomatique que militaire. Donald Trump a publiquement reproché à l’Ukraine de poursuivre ses frappes contre les raffineries russes, estimant que ces opérations contribuaient aux tensions sur les marchés des carburants. Selon Axios, un responsable américain a affirmé le 10 octobre que la décision de conclure un accord énergétique avec Moscou faisait suite au refus ukrainien de mettre fin à ces attaques.

En revanche, un responsable ukrainien cité par le Financial Times a affirmé que les frappes contre les raffineries russes se poursuivraient. Cette position traduit le refus de Kiev de renoncer unilatéralement à un instrument de pression alors que les attaques russes contre les infrastructures ukrainiennes continuent.

Six heures de négociations à Miami

Pendant ce temps, à Miami, des négociateurs américains, ukrainiens et européens ont discuté pendant six heures afin d’élaborer une proposition commune pour mettre fin à la guerre. Autour de la table se trouvaient les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, ainsi que les délégations de Kiev et des représentants européens et de l’OTAN. Selon une source proche des pourparlers citée par l’agence Reuters, l’ordre du jour incluait des garanties de sécurité américaines et européennes pour l’après-guerre, un plan économique de reconstruction, un processus d’adhésion à l’UE et, le point le plus délicat, «quelques idées» sur la question territoriale, outre une future architecture de sécurité entre l’Europe et la Russie. L’objectif est de parvenir, dans les semaines à venir, à une proposition commune à soumettre à Moscou pour tenter de provoquer un tournant avant l’hiver. Toutefois, après son entretien téléphonique avec Trump, Poutine a exclu toute reprise immédiate des négociations de paix.

Un paradoxe à Washington

Il en ressort donc un tableau paradoxal. Washington accorde à Moscou un avantage économique tangible alors même qu’elle élabore, avec ses alliés, le plan à lui présenter, sans obtenir en retour la moindre ouverture diplomatique. L’accord sur le diesel répond à une urgence purement intérieure, mais risque d’affaiblir le levier de négociation que l’on cherchait à consolider à Miami.

Le spectre d’une nouvelle convergence entre les intérêts de Trump et ceux de Poutine

En 2016, la commission sénatoriale du Renseignement américain, dans une enquête, a confirmé les conclusions des Renseignements selon lesquelles Moscou avait mené une campagne d’influence visant à favoriser les chances électorales de Trump.

Dix ans plus tard, la question des relations entre Donald Trump et Vladimir Poutine revient au premier plan. À l’époque, les services américains avaient conclu que le Kremlin avait conduit une campagne d’influence destinée à fragiliser Hillary Clinton et à favoriser les chances électorales du candidat Trump. Les enquêtes parlementaires ont documenté des opérations cybernétiques, des campagnes de désinformation et l’utilisation de médias liés à l’État russe.

L’analogie de 2016 repose sur une interrogation légitime

Plusieurs observateurs européens s’interrogent si les intérêts de Vladimir Poutine et ceux de Donald Trump peuvent converger au point que des décisions favorables à Moscou produisent également des bénéfices politiques pour la Maison-Blanche. «La réponse est oui», estiment-ils. «Une mesure économique peut en effet bénéficier simultanément à deux dirigeants pour des raisons différentes. Trump peut chercher à réduire les coûts énergétiques avant les élections, tandis que Poutine peut vouloir récupérer des revenus d’exportation et desserrer la pression économique occidentale».

En définitive, l’accord sur le diesel met en lumière une tension au cœur de la politique américaine : comment concilier la recherche de résultats économiques immédiats avec une stratégie de sécurité nationale visant à limiter les ressources de la Russie ?

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