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Au-delà de la Turquie, la Syrie pourrait devenir une cible de l’Iran

(Rome, 10 mars 2026). La recomposition du Moyen-Orient s’accélère dans un contexte de fortes tensions régionales. Entre l’affaiblissement relatif de l’Iran, le repositionnement stratégique de la Syrie et la situation toujours fragile du Liban dominé par le rôle du Hezbollah, l’équilibre géopolitique demeure incertain

La Syrie est rarement évoquée dans la crise iranienne actuelle. Pourtant, elle constitue une pièce stratégique du puzzle géopolitique qui se dessine au Moyen-Orient. Cela tient à deux principales raisons : d’une part, parce qu’elle touche directement les relations entre le nouveau régime de Damas et Washington, de l’autre, elle renvoie inévitablement à la rivalité interminable entre sunnites et chiites. De plus, le nouveau rôle d’Ahmed Al-Charaa irrite particulièrement Téhéran, qui voit depuis longtemps ses ambitions régionales s’éroder.

Les attaques iraniennes et la nouvelle direction syrienne

Après les pays du Golfe, Chypre et la Turquie, la Syrie a elle aussi été visée par des attaques iraniennes en représailles à l’opération «Rugissement du Lion». Ces attaques étaient prévisibles, notamment au regard de la position géopolitique incarnée par le nouveau gouvernement syrien, écrit Francesco De Palo dans son décryptage dans le média italien «Formiche.net».

Ahmed al-Charaa, qui, à la tête du groupe rebelle Hayat Tahrir al-Cham (HTC), a non seulement renversé le régime de Bachar al-Assad, étroitement lié à Moscou et à Téhéran, mais il a également infligé une défaite stratégique à l’Iran dans toute la région. Dès lors, quelques heures seulement se sont écoulées avant que des missiles iraniens ne soient pointés vers le territoire syrien.

Interceptions israéliennes et rivalités régionales

Pour cette même raison, les forces israéliennes étaient déjà présentes dans ces zones. Un drone iranien a ainsi été intercepté par les forces israéliennes dans le village de Jilline, dans la campagne occidentale de Deraa, tandis que d’autres missiles iraniens ont été neutralisés dans l’espace aérien de la province de Quneitra.

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Il ne faut pas oublier que le système Assad était politiquement imbriqué dans les ambitions globales de l’Iran au Moyen-Orient. Par ailleurs, la réaction d’Israël après le 7 octobre a permis de neutraliser le Hezbollah au Liban, les milices houthies au Yémen et divers groupes présents en Irak, une situation qui a suscité une profonde colère à Téhéran.

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À l’automne dernier, dans le but de redéfinir alliances et scénarios, la Russie avait tenté de favoriser un rapprochement entre l’Iran et la Syrie post-Assad. La visite en Iran de l’envoyé spécial russe pour la Syrie avait alimenté les spéculations selon lesquelles Téhéran se trouvait au centre des efforts de Vladimir Poutine visant à réduire la distance avec le nouveau pouvoir syrien.

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De plus, le Kremlin estimait nécessaire de rassurer son allié iranien quant au maintien d’un canal de communication avec Damas, malgré les circonstances ayant conduit à l’accession au pouvoir d’Al-Charaa. Mais l’opération «Rugissement du Lion» a bouleversé les plans russes à cet égard, d’autant plus que Poutine avait reçu le dirigeant syrien en Russie en octobre dernier.

Le rapprochement spectaculaire entre Damas et Washington

Tout a basculé quelques jours plus tard, en novembre, lorsqu’Ahmed Al-Charaa s’est rendu à la Maison Blanche. Il s’agit de la première visite d’un président syrien depuis l’indépendance du pays en 1946, quelques jours seulement après la décision américaine de retirer le nouveau président de la liste noire des organisations terroristes.

Cet événement a marqué un tournant pour Damas, notamment au vu de l’ouverture dont a fait preuve à cette occasion la directrice du FMI, Kristalina Georgieva, qui s’est montrée disposée à envisager des aides pour un pays ravagé par la guerre.

Déjà en mai de l’année précédente, les médias iraniens avaient vivement critiqué la rencontre historique entre le président américain et le président syrien à Riyad, en Arabie saoudite, s’opposant fermement à la rupture brutale entre Damas et Téhéran. Al-Charaa incarne aujourd’hui plus que jamais toutes les craintes de Téhéran face à la perte de la Syrie, qui constituait autrefois un élément central de la stratégie régionale de l’Iran. Parallèlement, au cours des dix-huit derniers mois, Damas a multiplié les initiatives pour se rapprocher de l’Occident.

Un Moyen-Orient entré dans une phase d’incertitude stratégique

Le Moyen-Orient traverse aujourd’hui une phase de recomposition profonde et instable. La chute du régime syrien allié de Téhéran et l’émergence d’une nouvelle direction à Damas ont bouleversé l’équilibre régional construit par l’Iran pendant plus plusieurs décennies, où la Syrie d’Assad a constitué un corridor stratégique reliant l’Iran au Liban et au Hezbollah dans le cadre du «Croissant chiite», permettant le transfert d’armes et l’extension de l’influence iranienne jusqu’à la Méditerranée.

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«La disparition de ce corridor fragilise désormais toute l’architecture régionale de Téhéran», soulignent les experts.

Dans ce contexte mouvant, la principale inconnue demeure l’évolution de l’axe Iran-Syrie-Liban et la capacité des acteurs régionaux et internationaux à empêcher que ces tensions ne dégénèrent en un conflit régional de plus grande ampleur.

Selon plusieurs analystes, le Liban demeure l’un des points les plus fragiles de cet échiquier. Le Hezbollah, longtemps considéré comme l’épine dorsale militaire et politique du camp pro-Téhéran dans la zone, se trouve aujourd’hui sous pression, et non sans regret : affaibli par les pertes militaires, dépendant financièrement de Téhéran et confronté à des critiques internes au Liban, notamment par le camp des souverainistes.

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