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Pékin défie Washington après l’annonce de Scott Bessent : «les sanctions contre l’Iran sont illégales»

(Rome, 25 août 2026). Alors que Washington annonce de nouvelles sanctions destinées à «étouffer» économiquement l’Iran, Pékin hausse le ton. La Chine défend ses achats de pétrole auprès de Téhéran et dénonce une politique de pression qu’elle juge contre-productive et affirme que les sanctions unilatérales américaines ne permettront pas de résoudre la crise, ouvrant un nouveau front de tension avec les États-Unis. Pékin se dit «prêt à protéger nos intérêts par tous les moyens nécessaires»

Le message de la Chine est clair et sans équivoque : les nouvelles sanctions américaines contre l’Iran, visant toute entité faisant affaire avec Téhéran, sont illégales. Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré lors d’une conférence de presse que le gouvernement de Xi Jinping «prendrait toutes les mesures nécessaires pour défendre fermement ses droits et intérêts légitimes». Il s’agit d’une allusion au «jour J économique» imminent évoqué par le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, destiné à pénaliser ceux qui continuent d’acheter du pétrole aux ayatollahs : un avertissement indirect à la République populaire de Chine, écrit Federico Giuliani dans son décryptage dans le quotidien «Il Giornale».

Sanctions et tensions : l’escalade entre les États-Unis et la Chine autour de l’Iran

«Nous avons maintes fois affirmé notre ferme opposition aux sanctions unilatérales illégales», a expliqué Lin, ajoutant que la guerre économique et la pression maximale exercée par les États-Unis «ne contribueront pas à résoudre le problème iranien». Au contraire, écrit le China Daily, ces mesures ne feront qu’«aggraver les tensions, accentuer les risques, perturber l’ordre économique et financier mondial et porter atteinte aux droits et intérêts légitimes des autres pays».

Washington s’intéresse de près au pétrole iranien acheté par Pékin. «Les achats chinois représentent environ 90 % des exportations de pétrole iranien, générant des dizaines de milliards de dollars de recettes annuelles qui financent le budget de l’État iranien et ses activités militaires», expliquait il y a quelques mois la Commission d’examen économique et de sécurité États-Unis-Chine.

Cette situation a conduit la Maison Blanche à durcir les sanctions, dans le but implicite de bloquer les flux financiers chinois vers Téhéran. Bessent n’a pas nommé Pékin, mais ses propos ne laissent guère de doute : «Nous pensons que la meilleure façon de dialoguer avec les pays est la diplomatie discrète, et nous dialoguons ouvertement avec chacun d’eux pour leur expliquer nos attentes. Nous savons qui ils sont. Et eux, savent qui nous sommes».

Les enjeux sont considérables. En septembre 2025, par exemple, Téhéran aurait exporté du pétrole d’une valeur comprise entre 3,9 et 4,2 milliards de dollars, dont la Chine, premier consommateur mondial d’énergie, aurait acheté la grande majorité. De plus, 38 % du pétrole chinois et 23 % de son gaz naturel liquéfié transitent par le détroit d’Ormuz, un point stratégique dans le conflit mené par les États-Unis contre l’Iran.

Le Venezuela, nouvel atout de Trump face à Pékin ?

«Pour éviter que la confrontation avec la Chine ne se transforme en nouvelle crise commerciale et énergétique, le président Trump pourrait-il être tenté de jouer la carte vénézuélienne ?», s’interroge un spécialiste en stratégie énergétique, consulté sur ce dossier. «En ouvrant davantage le marché pétrolier du Venezuela aux chinois, Washington disposerait d’un levier pour offrir à Pékin une alternative au brut iranien, tout en maintenant la pression économique sur Téhéran», ajoute-t-il.

A lire : Washington annonce de nouvelles sanctions secondaires visant à limiter les flux financiers destinés à l’Iran

Une telle stratégie pourrait même s’appuyer sur des prix plus compétitifs afin de rendre le pétrole vénézuélien suffisamment attractif pour détourner une partie de la demande chinoise. Derrière cette bataille des sanctions se jouent désormais une autre question importante : qui contrôlera les principales routes d’approvisionnement énergétique de la Chine ?

Washington met en garde Pékin

La Chine a déjà réduit ses importations de pétrole iranien. Avant la guerre, les importations chinoises de brut iranien s’élevaient en moyenne à environ 1,4 million de barils par jour, mais ces derniers mois, elles ont chuté à environ 700.000 barils en raison de la baisse de la production des raffineries et du recours aux stocks nationaux.

«Une interdiction totale (des importations de pétrole brut iranien) n’aurait probablement que peu d’impact immédiat sur la sécurité pétrolière globale de la Chine, car les importations en provenance d’Iran ont déjà considérablement diminué et la Chine détient encore des réserves de brut relativement importantes», a expliqué à CNN Tianyue Hu, analyste chez Rystad, une société d’analyse du secteur énergétique.

Reste à déterminer dans quelle mesure de nouvelles sanctions américaines pourraient réellement affecter la Chine. Quoi qu’il en soit, depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, Washington a intensifié ses efforts pour freiner les achats de pétrole iranien par la Chine, en imposant des sanctions principalement aux petites raffineries chinoises (et à d’autres acteurs de la chaîne d’approvisionnement), avec des résultats mitigés. «Personne n’est au-dessus des sanctions américaines. Je n’ai pas l’intention de fixer d’échéances, mais notre patience a des limites», a tonné Scott Bessent.

Un double scénario est à l’horizon

Escalade avec Pékin ou compromis énergétique permettant à Washington de maintenir la pression sur Téhéran sans provoquer une rupture avec la Chine ? Le contexte actuel s’y prête : Washington menace d’étendre les sanctions secondaires, mais évite encore de frapper directement les grandes institutions financières chinoises, signe qu’une marge de négociation demeure.

Une autre voie reste toujours envisageable

La question est alors de savoir si le président américain pourrait utiliser l’énergie comme monnaie d’échange : étouffer les revenus pétroliers du régime des mollahs tout en ouvrant suffisamment les vannes ailleurs pour éviter de priver Pékin de pétrole à bas prix. Une telle stratégie permettrait à Washington de préserver la pression sur Téhéran sans pousser la Chine à une confrontation directe, évitant ainsi l’ouverture d’un second front. D’autant que le Venezuela dispose déjà d’une place importante dans les approvisionnements chinois et que son pétrole a historiquement circulé avec une forte décote.

Par Paolo S. (Roma)

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