(Rome, 11 juin 2026). L’arrestation au Royaume-Uni d’un jeune Norvégien soupçonné de préparer un assassinat commandité remet en lumière les liens présumés entre l’Iran et certains réseaux criminels en Europe. À travers l’exemple du gang suédois Foxtrot, les enquêteurs et les services de renseignement décrivent une stratégie s’appuyant sur le recours à des intermédiaires criminels pour mener des opérations contre des intérêts israéliens, juifs ou occidentaux, tout en compliquant l’attribution directe de ces actions à Téhéran. Le cas Foxtrot met en lumière le recours au crime organisé comme instrument de pression iranien en Europe
L’affaire Foxtrot met en lumière une stratégie iranienne indirecte
L’arrestation d’un Norvégien de 19 ans au Royaume-Uni remet en évidence le rôle des réseaux criminels européens dans les opérations attribuées à l’Iran. L’affaire Foxtrot confirme la stratégie opérationnelle de Téhéran déjà observée, qui implique des réseaux criminels, des jeunes marginalisés et des individus sans affiliation idéologique affirmée. Ces vecteurs servent d’intermédiaires ou d’outils opérationnels peu coûteux, difficiles à intercepter et encore plus difficiles à attribuer, écrit Mario Bentivoglio dans le portail italien «Formiche.net».
Un jeune Norvégien au centre de l’enquête
Foxtrot, un groupe criminel suédois qui fait l’objet d’une attention accrue suite au procès ouvert à Londres de Johannes Natland, un Norvégien de 19 ans accusé d’être entré au Royaume-Uni pour commettre un meurtre commandité, semble être impliqué dans ces dynamiques.
Selon la reconstitution des faits par le procureur, Natland a reçu des instructions par voie numérique et est entré en contact avec des agents liés au réseau Foxtrot. Les messages obtenus par les enquêteurs mentionnent un contact, désigné comme «Agent 47», chargé de coordonner le paiement et la logistique. La somme promise s’élevait à 25.000 €. Par ailleurs, les armes destinées à l’opération, dont un pistolet semi-automatique, un revolver et des munitions, auraient été retrouvées dans une zone boisée près de Manchester.
La méthode : sous-traitance de la violence
Le Centre de recherche «The Soufan Center» présente cette affaire comme un nouvel exemple du processus d’externalisation de la violence via des réseaux alignés sur l’Iran, dans un schéma simple que l’on peut résumer ainsi : chaque intermédiaire supplémentaire entre le commanditaire et l’auteur des faits réduit l’exposition politique du premier, allonge la chaîne de preuves et complique le travail des renseignements. L’auteur de l’action peut ainsi être un jeune recruté sur les réseaux sociaux, un petit délinquant, une personne vulnérable attirée par l’argent, le prestige ou un sentiment d’appartenance numérique, et, de plus en plus souvent, un ou plusieurs mineurs.
Foxtrot, entre crime organisé et opérations d’influence
Foxtrot, analysé dans ce cadre, en est un exemple révélateur. Ce réseau a vu le jour au sein du crime organisé suédois, ses activités étant liées au trafic de drogue, au trafic d’armes et aux violences entre gangs. Sa dirigeante, Rawa Majid, une Suédoise d’origine irano-kurde, également connue sous le nom de «Renard kurde», est en fuite depuis des années.
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Selon le département du Trésor américain, Foxtrot a perpétré des attentats contre des Israéliens et des Juifs en Europe et, en janvier 2024, ce groupe a orchestré une opération contre l’ambassade d’Israël à Stockholm pour le compte du gouvernement iranien. Les autorités américaines lui attribuent un rôle prépondérant dans les violences criminelles en Suède ainsi qu’une capacité d’action au-delà de ses frontières.
Les avertissements des services de sécurité suédois
En mai 2024, le Säpo, le service de sécurité suédois, avait signalé que l’Iran utilisait des réseaux criminels en Suède pour mener des actes de violence contre des États, des groupes et des individus considérés comme hostiles par Téhéran. L’agence a également identifié spécifiquement les intérêts des israéliens, des Juifs et des dissidents Iraniens comme cibles potentielles. Ces analyses indiquent que le recours à des criminels locaux détourne l’attention de la capacité des gangs à générer de la violence vers leur utilisation potentielle comme intermédiaires.
Une nouvelle forme de guerre par procuration
Lorsque l’action directe devient trop risquée, les Etats peuvent recourir à des moyens intermédiaires. Et lorsque les intermédiaires traditionnels connus sont sous pression, de nouvelles ressources sont recherchées, notamment au sein de l’écosystème criminel européen.
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Lorsque les motivations idéologiques sont insuffisantes, l’incitation financière prend le relais. Il s’agit d’une forme de guerre par procuration fondée sur la criminalité, où les distances entre l’État, la milice, les gangs et les individus isolés deviennent encore plus flues, complexifiant considérablement l’identification des responsabilités ainsi que les méthodes d’attribution des opérations clandestines.
Une stratégie de la peur qui dépasse les frontières iraniennes
Au-delà des aspects criminels et sécuritaires, les affaires comme celle de Foxtrot rappellent une réalité plus large : la projection de l’influence du régime iranien ne se limite pas à son territoire national. Depuis des décennies, les autorités de Téhéran sont accusées de recourir à l’intimidation, à la répression et à des réseaux parallèles pour réduire au silence leurs opposants, qu’ils se trouvent en Iran ou à l’étranger.
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Pour les démocraties occidentales, le défi est double. Il s’agit non seulement de prévenir les actes violents susceptibles d’être commandités ou inspirés depuis l’étranger, mais aussi de protéger l’État de droit face à des stratégies qui exploitent les vulnérabilités sociales, les réseaux criminels et les espaces numériques. Un expert en sécurité italien bien au fait affirme que «lorsque ces environnements deviennent propices à l’infiltration ou à la manipulation, ils offrent un terrain fertile à des formes de guerre hybride où la frontière entre criminalité organisée, influence politique et action étatique devient de plus en plus difficile à distinguer».
Par Dario S. (Roma)