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Syrie : pendant que Moscou resserre ses liens avec Damas, Assad condamné à mort par contumace

(Rome, 11 août 2026). L’ex-raïs de Syrie, Bachar Al-Assad condamné à mort par contumace, Moscou toujours à la table des négociations : la Syrie entre dans une nouvelle phase où justice, intérêts russes et recomposition du pouvoir se télescopent. Cette condamnation marque un nouveau tournant dans l’histoire récente de la Syrie. Mais alors que Damas cherche à solder l’héritage de l’ancien régime, la Russie, elle, s’emploie à préserver ses positions et à nouer de nouveaux accords avec les autorités syriennes

L’ancien dictateur syrien Bachar el-Assad, actuellement en exil en Russie à la suite du coup d’État mené par Ahmad Al-Charaa, a été condamné à mort par contumace. Il a été reconnu coupable de plusieurs chefs d’accusation, notamment le meurtre prémédité de nombreuses personnes (dont des enfants), la torture, les arrestations arbitraires et les crimes contre l’humanité. Ont également été condamnés avec lui, son frère cadet Maher (ancien commandant de la quatrième division d’élite de l’armée), son cousin Atef Najib (qui a dirigé la répression à Deraa) et d’autres figures de l’ancien régime, dont l’ex-ministre de la Défense Fahd Jassem al-Freij et l’ancien chef du renseignement militaire à Deraa, Louay Ali al-Ali, rapporte le journal «Il Tempo».

Des condamnations historiques pour la nouvelle Syrie

Il s’agit des premières condamnations de ce type prononcées par la «nouvelle» Syrie, qui a annoncé dimanche dernier un accord avec Moscou visant à transformer deux bases militaires russes existantes, Hmeimim et Tartous, en «centres d’entraînement conjoints». Damas a salué cette initiative comme une «étape importante» vers une «nouvelle phase des relations» avec Poutine, soulevant une question clé : quelqu’un à Moscou s’apprête-t-il à lâcher ses invités syriens ?

Une famille Assad en exil doré

Un an après la chute du régime, «The Guardian» décrivait la famille Assad comme menant «une vie isolée, tranquille et luxueuse à Moscou et aux Émirats arabes unis», précisant qu’Assad «apprend le russe et révise ses connaissances en ophtalmologie», et qu’il «n’a évidemment pas besoin d’argent». Toutefois, le réchauffement des liens entre les deux pays pourrait entraîner des rebondissements inattendus concernant le sort de la famille exilée à Moscou.

Bachar al-Assad aurait quitté Moscou ?

Selon des sources libanaises, Bachar al-Assad, à l’heure actuelle, ne se trouve pas à Moscou, où il s’était réfugié après la chute de son régime. Si cette information venait à être confirmée, elle pourrait constituer un tournant majeur dans le dossier du «boucher de Damas». Après avoir longtemps bénéficié de la protection politique et territoriale de la Russie, Assad pourrait désormais se retrouver au cœur d’une nouvelle équation, alors que Damas cherche à obtenir sa comparution devant la justice syrienne.

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Cette évolution soulève surtout une question : jusqu’où Moscou entend-elle maintenir sa protection à l’égard de l’ancien dirigeant syrien ? «Les nouveaux accords conclus entre la Russie et Damas pourraient, à terme, peser sur le sort d’Assad et sur les conditions de son éventuel jugement», estime un général (Ret) libanais.

Le Liban pourrait-il à son tour demander des comptes ?

Le dossier Assad ne se limite toutefois pas aux crimes commis en Syrie. Au Liban, la longue présence de l’armée syrienne constitue également un lourd contentieux historique et judiciaire. De 1976 à 2005, la présence syrienne au pays du Cèdre a été marquée par de nombreux assassinats, d’enlèvements, de disparitions forcées, de détentions arbitraires et d’ingérences dans la vie politique et institutionnelle libanaise.

Des personnalités politiques, militaires et religieuses ont été assassinées ou ont disparu dans des circonstances qui ont, à plusieurs reprises, suscité des accusations visant les services de renseignements syriens et leurs réseaux au Liban. À cela s’ajoutent les accusations portant sur l’exploitation et le transfert de ressources libanaises, ainsi que sur des pratiques de prédation économique attribuées à des responsables syriens et à leurs alliés locaux.

Dans ce contexte, Beyrouth pourrait être appelée à ouvrir son propre chapitre judiciaire. Une procédure visant Assad et, plus largement, les responsables libanais présumés des crimes commis durant la présence syrienne permettrait de répondre à une question restée largement en suspens : la justice libanaise entend-elle, elle aussi, poursuivre les responsables présumés des crimes et exactions commis sur son territoire ?

Une telle démarche serait politiquement sensible, mais elle pourrait également représenter une étape importante dans la recherche de la vérité pour les familles des victimes et dans l’établissement des responsabilités concernant les décennies d’ingérence syrienne au Liban.

Pour plusieurs analystes consultés sur ce dossier, après des années de protection russe, le destin judiciaire de Bachar al-Assad pourrait donc ne plus dépendre uniquement de Moscou. Il pourrait désormais se jouer à Damas, et, plus largement, dans une bataille judiciaire qui pourrait également conduire Beyrouth à rouvrir les dossiers les plus sensibles de la présence syrienne au Liban.

La Russie finira-t-elle par livrer Assad à Damas ?

Reste enfin l’hypothèse la plus spectaculaire : la Russie pourrait-elle accepter de remettre Bachar al-Assad aux autorités syriennes afin qu’il soit jugé à Damas ?

Pour l’heure, une telle perspective relève davantage du scénario politique que d’une décision annoncée. Mais la nouvelle relation entre Moscou et Damas pourrait progressivement modifier les calculs du Kremlin. La Russie doit désormais préserver ses intérêts stratégiques en Syrie, notamment ses positions militaires et son influence politique, tout en négociant avec un pouvoir syrien qui entend tourner la page de l’ancien régime.

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La remise d’Assad pourrait alors devenir une monnaie d’échange exceptionnelle. Elle permettrait à Damas d’affirmer son autorité judiciaire et de répondre aux revendications de justice, tandis que Moscou pourrait chercher à obtenir, en contrepartie, des garanties sur ses intérêts en Syrie.

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