(Rome, 21 août 2026). La rencontre a bien eu lieu au Vatican le 20 août 2026 : Le président libanais Joseph Aoun a sollicité le soutien du Pape afin de renforcer le soutien international à la difficile mise en œuvre de l’accord avec Israël. En toile de fond, le retrait israélien du Sud-Liban, le désarmement du Hezbollah et le risque d’un blocage total des négociations qui demeurent des sujets de préoccupation majeurs
Un conflit aux conséquences désastreuses
Chaque jour apporte son lot de souffrances. Le Sud-Liban semble un conflit sans fin. Les opérations militaires se poursuivent, s’étendant désormais bien au-delà de la zone occupée par Israël depuis mars dernier. Maisons, villages, infrastructures et champs cultivés sont détruits dans le but d’anéantir toute structure ou cachette potentielle des militants du Hezbollah, implantés dans la zone depuis des décennies. L’épicentre de ces combats se situait dans la partie du territoire libanais la plus proche de la frontière, au sud du fleuve Litani. La bataille fait rage aujourd’hui pour le contrôle de la colline stratégique Ali Al-Taher, où serait basé le haut commandement des milices du Hezbollah (avec de nombreux conseillers Pasdaran), située au nord du fleuve Litani. Selon certaines rumeurs, le Hezbollah serait disposé à céder cette colline à l’armée libanaise, mais aucun accord n’a été trouvé sur les modalités de cette remise, rapporte Riccardo Cristiano dans son analyse dans le portail «Formiche.net».
Un bilan humain et matériel lourd
Les chiffres de la catastrophe qui a débuté (à nouveau) le 2 mars dernier, lorsque le Hezbollah, en représailles à l’assassinat d’Ali Khamenei, a attaqué le nord d’Israël, sont bien connus : plus d’un million de personnes déplacées, qui tentent parfois de retourner dans leurs villages détruits, environ 4.300 morts et d’innombrables blessés. Pourtant, le 26 juin, à Washington, sous l’égide du Département d’État, les gouvernements libanais et israélien ont signé un accord-cadre historique qui devrait leur permettre de mettre fin au conflit. Le point 2 de cet accord stipule : «Les gouvernements israélien et libanais s’engagent à initier un processus réciproque et progressif, assorti de conditions claires, en vertu duquel les Forces armées libanaises rétabliront leur souveraineté effective sur l’ensemble du territoire libanais, sous réserve du désarmement vérifié des groupes armés non étatiques et du démantèlement de leurs infrastructures, permettant ainsi aux Forces de défense israéliennes de se retirer progressivement du territoire libanais». L’impasse actuelle tient aux divergences d’interprétation de ce point entre les parties.
A lire : Joseph Aoun attendu à la Maison-Blanche : une rencontre décisive pour l’avenir du Liban
La position du président Aoun : un retrait israélien comme condition préalable
Hier, lors de sa rencontre avec le Pape Léon XIV, puis avec les responsables du Secrétariat d’État du Vatican, le président Joseph Aoun a sollicité le soutien du Saint-Siège, réaffirmant une fois de plus son interprétation de cet accord. Pour que le Liban retrouve sa pleine souveraineté sur l’ensemble de son territoire national et que toutes les armes soient remises sous le contrôle de son armée, il faut commencer par le retrait israélien. C’est ce qui permettra à l’armée libanaise de procéder au désarmement des groupes armés, notamment la «milice de Dieu», et de recouvrer le contrôle total de son territoire. Ce processus est prévu par étapes : à mesure que le retrait israélien progressera, l’armée libanaise entamera une opération de «nettoyage».
Le désarmement du Hezbollah, toujours le grand absent
À force de contourner le sujet essentiel, Joseph Aoun finit par donner l’impression de vouloir traiter les conséquences sans jamais s’attaquer à la cause première. À Rome comme à Washington, puis encore à Rome devant le Pape Léon XIV, le président libanais insiste sur le retrait israélien, la fin des frappes et la nécessité de préserver la souveraineté du Liban. Mais il reste beaucoup plus discret sur l’autre volet, pourtant indissociable, de l’accord-cadre conclu sous médiation américaine : d’abord le désarmement du Hezbollah et le rétablissement effectif du monopole de l’État sur les armes.
Lire aussi : Liban : pour Joseph Aoun, le désarmement du Hezbollah passe par le retrait israélien
C’est précisément là que le bât blesse. Le président libanais ne peut indéfiniment présenter le retrait israélien comme la condition préalable à toute avancée, alors que l’accord conclu à Washington repose sur une logique d’engagements réciproques. À vouloir ménager toutes les parties, Aoun risque surtout de donner le sentiment qu’il cherche à gagner du temps. Or le temps joue contre lui : plus le désarmement du Hezbollah est repoussé, plus Israël dispose d’un argument pour maintenir ses positions au Sud, et plus le processus de paix s’enlise.
Un processus à la fois politique et militaire
Ancien commandant en chef de l’armée, le général Aoun semble conscient que ce processus ne peut être uniquement militaire, mais aussi politique. Il est confiant dans le consensus qu’un retrait israélien engendrerait une faveur de sa politique de désarmement des groupes armés pour la reconstruction du sud désormais dévasté, notamment au sein de la base politique et sociale du Hezbollah. Pour Israël, la donne est différente : c’est le désarmement du Hezbollah, l’élimination effective de cette menace pour la sécurité du nord d’Israël, qui peut permettre le retrait de son armée, un retrait que le ministre israélien de la Défense remet désormais en question. Selon certains rapports de presse, le président Aoun s’inspirerait du modèle du désarmement de l’IRA (Armée républicaine irlandaise), qui a duré une dizaine d’années, du premier cessez-le-feu à la remise des dernières armes. À présent, à examiner de près les déclarations attribuées au Hezbollah, il semble que sa volonté de rendre ses armes au sud du fleuve Litani revienne, en reconnaissance de l’engagement pris en ce sens en 2024. Ce n’est pas tout à fait exact ; il y a peut-être des progrès, mais il est également important de comprendre pourquoi l’engagement précédent n’a pas été respecté.
Washington, Beyrouth, Berri : retour à la case départ ?
La question qui se pose désormais est brutale : qui prendra encore Joseph Aoun au sérieux si, après Washington, Beyrouth et les échanges avec Nabih Berri, le discours libanais revient toujours au même point ?
À Washington, le président avait pourtant affirmé que le Liban ne renoncerait pas à l’accord-cadre et qu’il comptait sur les États-Unis pour en assurer la mise en œuvre. Mais quelques semaines plus tard, le cœur du message reste inchangé : arrêt des attaques israéliennes, retrait des territoires libanais occupés, puis seulement ensuite les autres étapes…
Le problème est que cette posture ressemble de plus en plus à un retour au point de départ. Les négociations de Rome ont déjà montré leurs limites : elles n’ont pas permis de débloquer la question du retrait israélien, tandis que le désarmement du Hezbollah demeure l’obstacle central.
Lire aussi : Qui négocie la paix au nom du Liban ?
Aoun peut certes plaider que la souveraineté libanaise exige d’abord la fin de l’occupation. Mais il lui faudra aussi répondre à une question beaucoup plus embarrassante : quelles mesures concrètes son État entend-il prendre pour que le Hezbollah ne soit plus en mesure de se comporter comme une force armée autonome ? Tant que cette question restera sans réponse claire, le processus diplomatique restera prisonnier d’un cercle vicieux : Israël exige le désarmement du Hezbollah, le Hezbollah conditionne son désarmement au retrait israélien, et Beyrouth se retrouve entre les deux, à réclamer essentiellement que l’autre fasse le premier pas.
Un contexte régional préoccupant
Mais le président Aoun doit être préoccupé par le contexte régional. Nombreux sont ceux qui affirment qu’en juin, lorsqu’il a signé l’accord avec Israël, il craignait un accord entre les États-Unis et l’Iran, accord qui semble désormais bien loin. Pourtant, ce n’est pas le Liban qui sort renforcer de ce nouveau climat. Washington, en effet, ne paraît pas en mesure de convaincre Israël d’adopter une attitude plus compréhensive envers Beyrouth. Fini le temps des ententes avec Téhéran, lorsque Donald Trump prétendait être prêt à dialoguer directement avec le Hezbollah si cela pouvait l’aider à sortir de l’impasse. Aujourd’hui, Washington impose de nouvelles sanctions au Hezbollah. Mais Trump ne laisse aucune marge de manœuvre au président libanais.
Le Vatican appelé en renfort
Est-ce là l’origine de la nouvelle demande de soutien au Vatican ? Elle existe bel et bien, et elle a été résumée en cette phrase extraite de la déclaration officielle, d’ordinaire concise, émise par le Saint-Siège après la visite du président libanais : «Les discussions cordiales au Secrétariat d’État ont porté essentiellement sur l’Accord-cadre trilatéral, signé par les États-Unis, Israël et le Liban, visant à stabiliser les frontières sud de la République libanaise et à instaurer une paix juste et durable. Le Saint-Siège, tout en se félicitant de la signature du document, a exprimé ses vives préoccupations quant aux difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre et a assuré son soutien aux efforts déployés à cette fin».
Une diplomatie présidentielle qui interroge
Cette situation soulève enfin une autre inquiétude, plus directement liée au fonctionnement du pouvoir à Beyrouth. Selon deux sources, l’une française et l’autre italienne proche du Saint-Siège, qui suivent de près le dossier libanais, l’entourage diplomatique de Joseph Aoun suscite des interrogations. Elles décrivent un président de plus en plus entouré de conseillers dont l’expérience diplomatique serait limitée, alors que le dossier le plus sensible de la politique libanaise exige précisément une équipe aguerrie, capable de négocier avec Washington, Rome, Paris, Israël et les différents acteurs libanais.
Plus préoccupante encore est la mise à l’écart apparente du ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi. Son absence lors du déplacement de Joseph Aoun à Washington avait déjà suscité des interrogations, alors même que le sommet avec Donald Trump devait porter au cœur sur les négociations avec Israël. Une autre source a rapporté que cette absence pouvait s’expliquer par la volonté du président de conserver directement la maîtrise du dossier.
Cette marginalisation n’est pas anodine. Joe Raggi est proche du parti des Forces libanaises (FL) présidé par le leader Samir Geagea (la bête noire du Hezbollah). Or ce dernier s’est récemment montré de nouveau critique à l’égard de la gestion du dossier du désarmement du Hezbollah.
Deux raisons, selon les mêmes sources, expliqueraient cette mise à l’écart : la volonté de Joseph Aoun de conserver personnellement la haute main sur les négociations avec Israël et la crainte de voir un ministre lié aux Forces libanaises et à Samir Geagea peser sur un dossier que le président entend contrôler directement.
Mais si cette lecture se confirmait, elle révélerait une contradiction majeure : alors que le Liban aurait besoin d’une diplomatie collective, professionnelle et solidement coordonnée, le dossier le plus stratégique du pays serait progressivement concentré entre les mains du seul président et d’un cercle restreint de conseillers sans expérience.
Au Vatican, Joseph Aoun est venu plaider la cause du Liban, ajoutent les mêmes sources. Il lui reste désormais à convaincre ses interlocuteurs qu’il dispose, à Beyrouth, de la volonté politique et, surtout, de l’équipe nécessaire pour aller au bout de l’accord qu’il affirme vouloir appliquer.
Un accord historique, mais une mise en œuvre bloquée
Ici, le Saint-Siège semble rappeler à tous les protagonistes du conflit moyen-oriental la satisfaction exprimée lors de la signature de l’accord : parce que tout semblait simple ? Ou parce qu’un processus était enclenché ? Or, le retrait progressif du Sud-Liban est au point mort. Le cercle vertueux sur lequel comptait Joseph Aoun ne se met pas en place. Il n’est pas rare de lire dans la presse libanaise des articles faisant état des inquiétudes suscitées par les nouvelles routes que l’armée israélienne construit dans le Sud occupé. Ces mesures sont certes nécessaires au mouvement des troupes, mais certains estiment qu’elles pourraient annoncer de nouveaux équilibres territoriaux.
La préoccupation plane sur les négociations
L’inquiétude du Vatican est compréhensible, compte tenu de l’importance que le Saint-Siège a toujours accordée au Liban, conscient que son rôle ne se mesure pas en kilomètres carrés.
Lire aussi : Liban-Israël : Tsahal intensifie les raids et élimine deux commandants du Hezbollah
Mais aujourd’hui, rien ne garantit que le septième cycle de négociations israélo-libanaises, prévu à Rome début septembre, ait bien lieu. Beaucoup dépendra de ce qui se passera autour de la colline Ali Al-Taher.
Par Paolo S.