(Rome, 22 juillet 2026). À l’issue de sa rencontre avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun esquisse une feuille de route ambitieuse : conditionner le désarmement du Hezbollah à un retrait israélien du Liban-Sud, au rétablissement de l’autorité de l’État sur le territoire et à une reconstruction pilotée par Beyrouth. Une approche qui entend replacer la souveraineté libanaise au cœur du processus de stabilisation. Il s’agit d’un pari visant à revitaliser la souveraineté, la stabilité et la paix durable
Un Liban en quête de résultats concrets
Avec une grande partie de son territoire sous occupation, un afflux de réfugiés et des décombres omniprésents, le Liban a un besoin urgent de résultats tangibles. Ainsi, aux premières heures du 22 juillet, alors que le Premier ministre libanais Nawaf Salam arrivait dans la première «ville libérée !» du sud du Liban (désormais sous le contrôle de l’armée libanaise, et non plus de l’armée israélienne ou du Hezbollah) le président Joseph Aoun s’est exprimé sur les réseaux sociaux depuis les États-Unis, où il venait d’avoir des entretiens approfondis avec Donald Trump. S’adressant au peuple libanais, il a écrit : «Le Liban ne peut être sûr et uni que lorsqu’il sera un État doté d’une armée unique protégeant tous les citoyens libanais, sans distinction. Le modèle libanais mérite d’être préservé, non seulement pour le Liban mais pour la région. Le désarmement du Hezbollah est possible si les conditions qui le rendent réellement envisageable sont réunies : la fin de l’occupation, le contrôle de l’ensemble du territoire par l’armée et un programme de reconstruction géré exclusivement par l’État». Ce sont des mots cruciaux ; des mots qui doivent être expliqués et compris dans le contexte de la situation actuelle et du moment où ils sont prononcés, écrit Riccardo Cristiano dans le portail italien «Formiche.net».
La veille, le président Joseph Aoun s’est rendu à la Maison Blanche pour sa rencontre très attendue avec Donald Trump, après avoir signé un accord-cadre avec le gouvernement israélien, sous l’égide des États-Unis.
A lire : Joseph Aoun attendu à la Maison-Blanche : une rencontre décisive pour l’avenir du Liban
L’objectif est clair : un traité de paix. Le Liban a choisi cette voie, signalant sa volonté d’établir des relations diplomatiques avec Israël et de désarmer le Hezbollah, la milice khomeiniste, et donc pro-iranienne, qui exerce un contrôle de facto sur le Liban, notamment dans le sud, depuis des décennies. En contrepartie, il a obtenu une déclaration israélienne renonçant à toute ambition territoriale et reconnaissant le droit du Liban sur l’intégralité de son territoire internationalement reconnu.
Une réalité de terrain encore très complexe
Toutefois, le chemin pour y parvenir est d’une grande complexité. Malgré des guerres intenses et des occupations visant à démanteler le Hezbollah, un groupe qui attaque le territoire israélien et prive le Liban de son droit à une politique de défense nationale, la milice khomeiniste demeure. Parallèlement, le sud du Liban subit une fois de plus une occupation israélienne dévastatrice depuis plus de cent jours, avec un bilan dépassant les 4.000 morts, plus d’un million de déplacés et la destruction de milliers d’habitations ainsi que d’importantes infrastructures civiles et agricoles. Nombreux sont qui ont évoqué la politique de la «terre brûlée». À la suite d’entretiens avec Trump, Aoun fixe désormais un ordre de priorité : mettre fin à l’occupation, permettre à l’armée libanaise de reprendre le contrôle du territoire, puis lancer la reconstruction afin de créer les conditions d’un désarmement du Hezbollah.
Le retrait israélien, un premier test
Au moment où Aoun arrivait à la Maison Blanche, une étape importante a été franchie : le premier redéploiement israélien, permettant à l’armée libanaise de pénétrer dans Zawtar al-Gharbié (Zawtar Ouest), dans le sud du Liban, une localité située à courte distance de Nabatiyé, ville qui avait été l’épicentre de violents combats.
Dans le contexte énigmatique du Moyen-Orient, les sources disponibles ne parviennent même pas à s’accorder sur le statut de Zawtar el-Gharbié : s’agissait-il d’une zone peuplée sous occupation israélienne, ou d’une zone située en dehors de la «zone jaune», exposée aux tirs israéliens mais non réellement occupée ? Mais l’enjeu est de déterminer si Israël a commencé à se retirer de territoires techniquement et officiellement sous occupation. La version officielle l’affirme, bien que certaines sources ne le confirment pas. Pourquoi ? L’armée libanaise a également pris le contrôle d’autres localités, comme Froun, alors que tout le monde s’accorde à dire qu’elles ne se trouvaient pas dans la zone occupée. Cela rend d’autant plus frappantes les informations contradictoires concernant le statut de Zawtar el-Gharbié.
Cette divergence illustre toute la complexité de la situation ; Cherche-t-on à minimiser cette réussite libanaise, modeste mais significative, obtenue peut-être avec l’aide de Trump ? Ce n’est pas un hasard si le Premier ministre s’est rendu à Zawtar el-Gharbié. «Depuis le début, notre objectif est le retrait complet d’Israël de l’ensemble de notre territoire, a-t-il déclaré. S’agit-il d’une «guerre de position» contre les sceptiques ? Il n’en demeure pas moins que cette localité est désormais aux mains de l’armée libanaise et qu’elle a immédiatement été le théâtre d’un incident.
Des tensions toujours présentes
Quelques heures seulement après la prise de contrôle de la localité par l’armée libanaise, un incident est venu rappeler la fragilité du processus ; Tsahal a tiré des «coups de semonce» après que des soldats libanais auraient dépassé de 150 mètres la limite de la zone qui leur était assignée. Beyrouth a réagi en soulignant l’existence d’un mécanisme de coordination militaire, faisant valoir que ce canal aurait dû être utilisé plutôt que de recourir à des tactiques agressives. Ces événements se sont déroulés peu avant l’entrée du président Aoun dans le Bureau ovale.
Au cœur de la stratégie présidentielle figure une idée centrale : le retrait israélien doit précéder le désarmement du Hezbollah, et non l’inverse. Joseph Aoun insiste également sur la nécessité de confier la reconstruction exclusivement à l’État». Selon cette approche, reprendre le contrôle des flux financiers, empêcher les circuits parallèles de financement et restaurer l’autorité de l’État permettraient progressivement d’affaiblir les réseaux de soutien du Hezbollah.
À terme, celui-ci pourrait évoluer vers un parti pleinement intégré à la vie politique libanaise, tandis que le maintien de son arsenal deviendrait politiquement de plus en plus difficile. Le désarmement résulterait ainsi d’un processus progressif fondé sur trois piliers : la restauration de l’autorité de l’État, le contrôle militaire du territoire et la reconstruction économique.
Selon une source militaire locale, depuis le retrait israélien de l’an 2000, puis après la guerre de 2006 et l’adoption de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, les deux parties défendent des lectures opposées des priorités : Israël réclame des garanties sécuritaires avant tout retrait complet, tandis que Beyrouth invoque la nécessité de mettre fin à toute occupation pour permettre à l’État d’exercer pleinement sa souveraineté.
Et la source militaire d’ajouter : ce désaccord nourrit une impasse diplomatique qui perdure depuis plusieurs décennies et explique pourquoi Joseph Aoun tente aujourd’hui de proposer une séquence différente, fondée sur un «cercle vertueux» associant retrait, reconstruction et renforcement de l’État.
Reconstruire pour consolider la paix
Cette stratégie suppose également une amélioration rapide des conditions de vie dans le sud du Liban. À Zawtar Ouest, Nawaf Salam a indiqué que son gouvernement travaillait déjà au rétablissement des réseaux d’eau et d’électricité, à la réparation des routes et à l’installation d’habitations préfabriquées, avec l’objectif d’étendre ces efforts à l’ensemble du Liban-Sud.
Les autorités privilégient ainsi une présence durable de l’armée sur le terrain plutôt qu’une multiplication des opérations de contrôle, afin de rétablir progressivement la confiance des populations.
Préserver et moderniser le «modèle libanais»
Joseph Aoun inscrit enfin son projet dans une réflexion plus large sur l’avenir institutionnel du pays. «Le modèle libanais mérite d’être préservé, non seulement pour le Liban mais aussi pour la région », affirme-t-il. Pour le président, la spécificité libanaise réside dans sa capacité historique à faire coexister différentes communautés au sein d’un même État, tout en préservant des espaces de liberté, notamment dans les domaines de la presse et de l’économie.
Mais il estime également que ce modèle doit évoluer. La Constitution libanaise prévoit depuis plus de trois décennies le dépassement du système confessionnel, sans que cet objectif ait véritablement été atteint.
Le gouvernement de technocrates mis en place au début de 2025 constitue, selon cette vision, une première étape de cette modernisation.
Impliquer davantage la société civile libanaise dans la reconstruction du Sud et dans la modernisation «civile» du modèle libanais pourrait ainsi permettre de renforcer l’autorité de l’Etat et que le Liban existe et entend dépasser les divisions confessionnelles héritées de la guerre civile pour construire un avenir commun, en surmontant les distorsions qui, conjuguées au sectarisme, ont affaibli l’État durant les années qui nous séparent de la fin de la guerre civile du siècle dernier.
Une diplomatie sous surveillance
Au-delà des annonces et des ambitions affichées, la visite de Joseph Aoun à Washington soulève également des interrogations sur la conduite de la diplomatie libanaise. Si le chef de l’État était entouré de plusieurs conseillers, dont certains découvrent encore les rouages des négociations internationales, l’absence remarquée du ministre des Affaires étrangères a nourri les commentaires à Beyrouth comme dans les milieux diplomatiques internationaux et notamment à Rome.
Dans une séquence aussi sensible, où sont abordés des dossiers aussi stratégiques que le retrait israélien, le désarmement du Hezbollah et les perspectives d’un accord de paix, certains observateurs s’interrogent sur le choix de conduire ces discussions sans le chef de la diplomatie libanaise Joe Raggi. Les proches de la présidence mettent en avant une équipe resserrée, privilégiant l’efficacité et la coordination directe avec les interlocuteurs américains, tandis que d’autres y voient le signe d’une centralisation croissante des décisions diplomatiques autour de la présidence.
Au-delà de cette controverse, une certitude s’impose : la réussite de la stratégie esquissée par Joseph Aoun dépendra moins de la composition de sa délégation que de sa capacité à obtenir des avancées concrètes sur le terrain. Car seule la traduction de ces engagements en résultats tangibles (un retrait israélien, une restauration de l’autorité de l’État, la reconstruction du Liban-Sud et surtout le désarmement progressif du Hezbollah) permettra de convaincre une opinion publique libanaise éprouvée que le pari présidentiel pourrait réellement ouvrir une nouvelle page de l’histoire du pays.
Par Léa P.