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Nucléaire : Washington prêt à fournir une technologie à Riyad sans réserves sur l’enrichissement de l’uranium

(Rome, 22 juillet 2026). L’administration Trump mise sur Riyad pour consolider son influence au Moyen-Orient et franchit une étape stratégique majeure. En ouvrant la voie à une coopération nucléaire civile sans les restrictions traditionnellement imposées par Washington, les États-Unis bouleversent les équilibres régionaux et alimentent les interrogations d’Israël sur les risques de prolifération, remodelant ainsi le Moyen-Orient et la région du golfe Persique

Washington redessine l’équilibre régional entre Israël, l’Iran, la Turquie et l’Arabie saoudite

Selon le «Wall Street Journal», les États-Unis et l’Arabie saoudite ont conclu un accord de trois ans visant à renforcer leur coopération en matière d’énergie nucléaire. Bien que cet accord porte sur le partage et le transfert de technologies nucléaires civiles, le pacte conclu entre l’administration de Donald Trump et le gouvernement du prince héritier Mohammad Ben Salman pourrait avoir des répercussions potentiellement déstabilisatrices au Moyen-Orient : s’il est finalisé, il permettrait à Riyad d’acquérir des technologies américaines lui permettant d’enrichir de l’uranium sur son propre sol, une initiative qui remet au premier plan la question de la prolifération nucléaire. Israël, par exemple, observe cette évolution non sans inquiétude ; des responsables à Tel-Aviv ont exprimé leurs doutes quant aux éventuelles implications militaires d’un tel dispositif, écrit Andrea Muratore dans le média «Inside Over».

Un accord encore soumis au Congrès américain

Parallèlement, l’administration Trump devra désormais convaincre le Congrès, appelé à se prononcer sur cet accord dans un contexte politique sensible, à l’approche des élections de mi-mandat. Tous les membres de la Chambre des représentants ainsi qu’un tiers des sénateurs seront alors soumis au verdict des urnes.

Réclamé depuis plusieurs années par Riyad, cet accord présente une différence notable avec les précédents partenariats nucléaires conclus par Washington ; le journal «Haaretz» souligne que le pacte n’inclut pas le principe dit «Gold Standard». Cette clause interdirait au Royaume d’enrichir de l’uranium ou de retraiter le combustible nucléaire usé (deux voies pouvant mener à la production d’armes nucléaires), une norme que les Émirats arabes unis avaient acceptée en 2009 en ouvrant la voie à la construction de leur première centrale nucléaire.

L’intelligence artificielle au cœur des intérêts économiques

La volonté de Trump de soutenir les capacités nucléaires de l’Arabie saoudite s’inscrit dans les objectifs économiques du projet «Vision saoudienne 2030» portée par Mohammad Ben Salman, qui envisage pour le Royaume un avenir affranchi d’une économie dépendante d’une seule ressource : les hydrocarbures. L’intérêt américain pour un accord avec Riyad est avant tout de nature économique directe. Les États-Unis externalisent progressivement une partie des capacités de calcul nécessaires au développement de l’intelligence artificielle vers les pays du Golfe, qui souhaitent devenir des acteurs majeurs dans ce secteur. Dans cette perspective, le couplage entre centres de données et production d’électricité nucléaire apparaît comme une option stratégique de plus en plus crédible.

La rivalité avec les Émirats arabes unis

Face à la montée en puissance des Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite entend conserver son rang dans la compétition technologique régionale. Le développement simultané d’infrastructures numériques et de capacités nucléaires civiles s’inscrit dans cette logique.

Par ailleurs, pour les États-Unis, le transfert de technologies sensibles constitue aussi un signal politique. Après la confrontation avec l’Iran, qui a mis en évidence la vulnérabilité des monarchies du Golfe face aux capacités de riposte de Téhéran, Washington cherche à démontrer qu’il ne se désengage pas de la région. Plus largement, Washington ne souhaite plus s’appuyer exclusivement sur Israël comme principal allié régional. L’accord avec Riyad s’ajoute au rapprochement engagé avec le Pakistan et à l’attention renouvelée portée à la Turquie. Le triangle Riyad-Ankara-Islamabad apparaît désormais comme un pilier potentiel d’un nouvel équilibre régional pris en étau entre les intérêts américains, l’affirmation stratégique d’Israël et l’influence toujours ambiguë de l’Iran.

Washington veut-il reprendre la main face au rapprochement entre Riyad et Islamabad ?

Selon plusieurs experts en sécurité, «au-delà de sa dimension énergétique, l’accord nucléaire proposé par Washington peut être interprété comme une tentative de reprendre le contrôle d’un dossier devenu particulièrement sensible. Depuis plusieurs années, les relations entre l’Arabie saoudite et le Pakistan se sont renforcées, alimentant de nombreuses spéculations sur une éventuelle coopération stratégique dans le domaine nucléaire».

Islamabad est, en effet, la seule puissance nucléaire du monde musulman. Les deux pays entretiennent des liens militaires étroits depuis plusieurs années, Riyad ayant notamment apporté un soutien financier important à Islamabad à plusieurs reprises. D’autres experts occidentaux considèrent que l’Arabie saoudite pourrait, en cas de dégradation majeure de son environnement stratégique, chercher à bénéficier du savoir-faire pakistanais, voire d’une forme de garantie nucléaire. Aucune preuve publique ne permet toutefois d’affirmer l’existence d’un tel accord.

Deux lignes rouges pour Israël

Les États-Unis se sont montrés particulièrement favorables à plusieurs partenaires stratégiques régionaux durant l’ère «Trump 2.0». Il convient toutefois de noter que deux dossiers (lignes rouges) retiennent toutefois l’attention, car ils pourraient susciter l’irritation d’Israël : une éventuelle vente d’avions de combat F-35 à la Turquie et le transfert de technologies nucléaires à l’Arabie saoudite. L’accord doit désormais franchir l’étape du Congrès qui, en vertu de la législation américaine régissant le programme nucléaire, pourrait le bloquer à la majorité des deux tiers.

Israël peut-il encore faire échouer l’accord ?

L’État hébreu observe ce projet avec une réelle inquiétude. Depuis des décennies, la doctrine sécuritaire israélienne repose sur le maintien d’une supériorité militaire qualitative dans la région. Même lorsqu’il s’agit officiellement de nucléaire civil, toute capacité d’enrichissement de l’uranium est perçue comme un risque potentiel de prolifération.
Israël dispose néanmoins de plusieurs leviers d’action, affirment plusieurs analystes consultés ces dernières heures : «Le premier est diplomatique : son influence auprès du Congrès américain demeure importante, notamment au sein des commissions chargées des questions de défense et de politique étrangère. Les parlementaires disposent d’ailleurs d’un pouvoir réel : la législation américaine permet au Congrès de bloquer un accord de coopération nucléaire à une majorité qualifiée.

Tel-Aviv pourrait également chercher à obtenir des garanties supplémentaires, comme des inspections renforcées de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), des limitations sur le niveau d’enrichissement autorisé ou encore des engagements américains concernant les transferts de technologies les plus sensibles. En revanche, une action plus directe apparaît aujourd’hui hautement improbable. Une opération militaire préventive comparable à celles menées contre le réacteur irakien d’Osirak en 1981 ou syrien d’Al-Kibar en 2007 paraît difficilement envisageable contre un partenaire stratégique des États-Unis bénéficiant d’un programme officiellement soutenu par Washington.

Un nouveau pari stratégique au Moyen-Orient

Parallèlement, alors que la dynamique conflictuelle avec l’Iran (largement alimentée par le débat sur le nucléaire) se ravive, il est intéressant de mettre en lumière un paradoxe : Washington s’oppose à la menace de prolifération prêtée à Téhéran tout en ouvrant la voie à l’introduction de sa propre technologie nucléaire chez un allié tel que l’Arabie saoudite.

Cette démarche peut être interprétée de diverses manières : elle confirme d’abord le rôle central que Riyad occupe désormais dans la stratégie américaine au Moyen-Orient ; mais elle peut également être perçue comme un moyen de contenir certaines initiatives israéliennes sur le plan géopolitique, tout en renforçant la capacité de dissuasion des alliés arabes. Certains observateurs y voient les prémices d’un modèle qui pourrait, à terme, être proposé à l’Iran lui-même : un programme d’enrichissement placé sous supervision américaine grâce au transfert de technologies et à un encadrement strict.
Quelles que soient les motivations de Washington, cette évolution illustre les profondes recompositions des rapports de force au Moyen-Orient et dans le Golfe, où les alliances traditionnelles cèdent progressivement la place à une architecture de sécurité plus complexe et plus multipolaire.

Les accords d’Abraham peuvent-ils changer la position israélienne ?

Toute la question réside désormais dans une éventuelle normalisation officielle entre Israël et l’Arabie saoudite. Depuis plusieurs années, les administrations américaines considèrent en effet que l’adhésion de Riyad aux accords d’Abraham constituerait un bouleversement stratégique majeur au Moyen-Orient. Un tel rapprochement modifierait profondément la perception israélienne du risque représenté par le royaume saoudien. Si l’Arabie saoudite devenait un partenaire diplomatique reconnu d’Israël, la logique sécuritaire évoluerait. Le nucléaire civil saoudien serait davantage perçu comme un élément de stabilité au sein d’un bloc régional aligné contre l’Iran que comme une menace immédiate.

Un équilibre stratégique en pleine recomposition

Au fond, cet accord dépasse largement la seule question du nucléaire civil. Il révèle une évolution profonde de la stratégie américaine au Moyen-Orient. Washington semble désormais vouloir construire un nouvel équilibre régional s’appuyant sur plusieurs pôles de puissance (Israël, l’Arabie saoudite, la Turquie et, dans une certaine mesure, le Pakistan) plutôt que sur une dépendance exclusive envers son allié israélien.

Dans cette architecture émergente, Riyad devient un acteur incontournable. En échange d’un partenariat stratégique renforcé avec les États-Unis, le royaume pourrait obtenir les moyens technologiques nécessaires à son développement tout en restant intégré à un système de contrôle occidental.

Par Paolo S.

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