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Israël : la détente entre Washington et Téhéran et l’approche des élections placent Netanyahu face à son plus grand défi

(Rome, 15 juin 2026). Le rapprochement diplomatique entre Washington et Téhéran, assorti d’engagements sur le Liban, rebat les cartes au Proche-Orient et place Benyamin Netanyahu sous pression. Entre critiques internes, contraintes militaires, un rapport de force international moins favorable et une échéance électorale imminente, le Premier ministre israélien voit son espace politique se réduire et apparaît politiquement plus vulnérable que jamais

En politique, la forme et le fond finissent souvent par se confondre. Il est permis de douter que les propos tenus dimanche par le président américain Donald Trump au sujet du «recadrage» du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, accusé d’avoir ordonné un raid inutile et préjudiciable sur Beyrouth, soient fondés. Mais au-delà de la véracité de l’épisode, écrit Mauro Indelicato dans le portail «Inside Over», le simple fait que le président américain l’ait affirmé est significatif. Car, de fait, l’administration américaine a publiquement pris ses distances avec les actions du gouvernement israélien. Netanyahu, quant à lui, en découvrant ces déclarations, a sans doute compris qu’il allait devoir affronter une situation délicate. Et ce, au lendemain de l’annonce d’un accord entre les États-Unis et l’Iran, immédiatement suivi de critiques sévères venues aussi bien de son propre camp que de l’opposition. Le tout à quelques mois d’un scrutin, prévu en septembre, qui s’annonce de plus en plus délicat et décisif pour l’avenir d’Israël. Et, par extension, pour celui du Premier ministre.

Une levée de boucliers contre l’accord

Ce qui a suscité le plus de réactions en Israël, c’est la clause exigée par l’Iran et validée par Donald Trump au sujet du Liban : Dans le cadre de l’accord, Washington s’est notamment engagé à garantir un cessez-le-feu clair sur le territoire libanais. Les critiques du document ont immédiatement fusé : «J’espère que le Premier ministre ne donnera pas suite à cet accord et ne se considérera pas lié par ce texte», a tonné le ministre de la Sécurité publique Itamar Ben Gvir. «Nous ne sommes subordonnés à personne». Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich lui a rapidement emboité le pas : «La guerre au Liban est notre guerre», a-t-il déclaré, «nous devons assurer le retour chez eux des habitants des communautés du nord». Lundi matin, sur la chaîne 12, des responsables anonymes ont également exprimé leur mécontentement : «Pour Israël, cet accord est un désastre sur tous les plans», disait-on le plus souvent. L’attention se porte moins sur l’accord américano-iranien que sur sa dimension libanaise. Personne à Tel-Aviv ne s’attendait à subir une telle pression pour mettre fin aux frappes contre le Hezbollah, dont les militants, jusqu’à il y a quelques jours, avaient prouvé leur capacité à frapper malgré plus de deux ans de guerre sanglante, ajoute l’auteur.

Une opposition qui cible directement Netanyahu

Les critiques émanant de l’armée et du gouvernement restent toutefois gérables pour Netanyahu. D’abord et avant tout, parce qu’elles étaient en partie anticipées par le Premier ministre lui-même. Ensuite, parce qu’elles visaient principalement Trump. L’opposition, en revanche, est une autre histoire. De Yaïr Lapid à Naftali Bennett en passant par Yaïr Golan, ces figures politiques ont souligné ces dernières heures qu’Israël n’est plus maître de son destin : «Trump signe un accord qui injecte des milliards dans le régime des ayatollahs, laisse intactes les infrastructures nucléaires, maintient la menace des missiles balistiques et offre une bouée de sauvetage au régime meurtrier de Téhéran», a déclaré Yaïr Golan, ancien chef du Parti démocrate issu des anciens travaillistes. Selon cette lecture, Tel-Aviv subirait désormais sa politique étrangère au lieu de l’imposer.

Golan est allé plus loin : «Netanyahu est l’homme qui, pendant des années, a vendu au public l’illusion de «Monsieur sécurité», «et qui, en réalité, s’est révélé être l’auteur du plus grand échec stratégique de l’histoire d’Israël. L’homme qui a fait du Hamas un atout, qui a permis l’afflux d’argent qatari, qui a abandonné la scène diplomatique, qui a démantelé les alliances d’Israël et l’a laissé isolé au moment crucial».

Des élections qui se rapprochent et un espace politique qui se rétrécit

Les déclarations des principaux leaders de l’opposition ont laissé des traces car ils visaient directement l’image que Netanyahu entretient depuis des années. Pour un dirigeant dont la personnalité politique s’est largement construite autour de l’autorité et du contrôle, être accusé de dépendance stratégique représente un coup dur. A ce stade, l’intéressé garde le silence. Il faut dire qu’il dispose de peu de marge de manœuvre : l’armée israélienne, comme l’ont confirmé les témoignages de deux soldats engagés sur le front nord et recueillis par la chaîne 12, a donné l’ordre de cesser les combats pour le moment. Netanyahu, à l’heure actuelle, ne peut donc poursuivre sa guerre.

À trois mois des élections, la situation est plus que jamais critique pour le Premier ministre sortant. Les sondages donnent depuis longtemps son parti, le Likoud, en tête, mais sans majorité suffisante pour former seul un gouvernement. Il risque désormais de perdre encore plus de soutien et de voir son action politique se fragmenter. Pour autant, peu d’observateurs le considèrent politiquement terminé, ni en Israël ni à l’étranger. C’est peut-être précisément dans ce silence que Netanyahu tente de sortir un atout. Il dispose encore de plusieurs cartes ; réveiller le front libanais ; revendiquer l’affaiblissement de la République islamique en Iran ; démontrer une volonté commune avec Trump d’empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire. Mais cette fois, le temps semble jouer contre lui. À mesure que le scrutin approche, trouver un équilibre deviendra de plus en plus difficile. Après tout, Netanyahu est pris entre deux pressions : d’une part, celle de l’internationale, de l’autre, celle de son propre pays. Et, tôt ou tard, il devra inévitablement en céder une.

Entre pression américaine et équation libanaise : une sortie de crise encore introuvable

Une autre inconnue pourrait peser sur les prochaines semaines : la nature réelle des échanges entre Donald Trump et Benyamin Netanyahu et leurs conséquences sur le terrain libanais. Selon plusieurs récits relayés dans la presse régionale, Washington pousserait en faveur d’un retrait israélien progressif du Liban et d’une désescalade durable.

Si cette orientation devait se confirmer, elle placerait le Premier ministre israélien dans une position délicate. D’une part, répondre aux attentes américaines lui permettrait de préserver sa relation stratégique avec Washington au moment où Israël demeure fortement dépendant du soutien diplomatique et militaire des États-Unis. De l’autre, accepter une réduction du dispositif militaire au Liban exposerait davantage Netanyahu aux critiques de sa coalition et d’une partie de l’opinion, qui pourraient y voir un recul face au Hezbollah.

Du côté de Beyrouth, la situation n’apparaît guère plus simple. En soutenant une logique de négociation et de stabilisation, le Président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam tentent de replacer l’État au centre du jeu diplomatique et sécuritaire. Mais cette ligne les expose à une critique inverse : celle d’apparaître trop alignés sur les attentes internationales et américaines au détriment du rapport de force interne libanais.

Selon plusieurs analystes locaux consultés, le risque est alors de se retrouver dans une position inconfortable : répondre aux demandes de ses partenaires internationaux sans provoquer une rupture interne. Entre impératif de stabilité, souveraineté de l’État et équilibre des rapports de force internes, les autorités libanaises avancent aujourd’hui sur une ligne particulièrement étroite.

(Roma, par Paolo S.)

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