(Roma, 10 avril 2026). L’absence de figures majeures du Hezbollah, alors que le conflit s’intensifie, suscite de nombreuses interrogations
Un climat d’incertitude et d’ambiguïté semble régner au sein du Hezbollah, notamment à la suite des frappes massives menées mercredi 08 avril par l’armée israélienne, qui ont visé une centaine de sites à travers différentes régions du Liban. Depuis ces attaques, le mouvement observe un silence particulièrement frappant.
Des dirigeants introuvables
Plusieurs dirigeants, habituellement très présents sur la scène médiatique et politique, ne se sont pas exprimés publiquement. Ce mutisme alimente les spéculations ; Selon plusieurs observateurs, il pourrait s’expliquer par l’ampleur des frappes et leurs répercussions sur la structure organisationnelle du Parti de Dieu, voire par une phase de réorganisation interne face à l’escalade du conflit.
Une opacité persistante
À ce stade, aucune confirmation officielle n’a été apportée quant au sort de ces responsables ni aux raisons de leur absence, ce qui ne fait qu’accentuer les incertitudes quant à l’évolution de la situation.
Des plans contrecarrés à Beyrouth ?
Ces interrogations interviennent dans le sillage des récents raids de Tsahal, qui auraient contrecarré, à la dernière minute, des plans du Hezbollah visant à prendre le contrôle de zones et d’axes stratégiques de la capitale, Beyrouth. Selon ces informations, le mouvement aurait envisagé d’occuper certains secteurs clés, voire de s’emparer du siège du Premier ministre, dans un scénario rappelant les événements du 7 mai 2008.
Vers un tournant politique et sécuritaire ?
L’hypothèse du plan du Hezbollah visant à prendre le contrôle de Beyrouth, finalement avorté sous la pression des frappes israéliennes, soulève de sérieuses interrogations sur l’équilibre des forces internes.
L’échec présumé du plan du Hezbollah sous l’effet direct des frappes israéliennes, marque un tournant. «Il met en lumière, de manière crue, l’incapacité des autorités libanaises à contenir une telle initiative par leurs propres moyens, face aux dynamiques armées des «miliciens de Dieu», donc non étatiques, laissant à une intervention extérieure le soin de redéfinir les lignes rouges sur le terrain», nous confie un expert militaire libanais.
Par ailleurs, l’intensification de la pression militaire israélienne pourrait avoir des répercussions diplomatiques majeures. Selon plusieurs indications, elle aurait contribué à pousser le Liban à envisager, voire à solliciter, l’ouverture de pourparlers avec Tel-Aviv en vue d’un accord, marquant un possible tournant dans les relations entre les deux pays.
Le facteur déterminant encore inconnu
Dans ce scénario, une inconnue majeure demeure : quelle sera la position du Hezbollah face à une telle évolution ? Et, au-delà, celle de ses soutiens à Téhéran ?
Ce basculement devrait rapidement trouver un prolongement sur la scène internationale, avec l’ouverture de pourparlers attendus aux États-Unis, sous parrainage américain. Ces discussions pourraient cristalliser les nouvelles dynamiques à l’œuvre, en entérinant un rapport de force imposé sur le terrain.
Pour certains observateurs, reste la question centrale, et elle est potentiellement explosive : celle de la réaction du Hezbollah et de ses parrains à Téhéran. Accepteront-ils un tel glissement vers une forme de normalisation imposée par la contrainte militaire, ou chercheront-ils à reprendre l’initiative pour réaffirmer leur rôle et leur influence ? Dans un contexte aussi volatile, leur réponse pourrait non seulement redessiner l’équilibre interne libanais, mais aussi raviver les tensions à l’échelle régionale.
D’autres observateurs craignent que le Hezbollah, avec l’appui de Nabih Berri, ne fasse le dos rond et de se retourner contre tout accord de paix après avoir repris ses forces. Il convient de rappeler ici que c’est le même Nabih Berri qui avait mis en échec les accords du 17 mai 1983.
Un plan structuré en plusieurs volets
Pour revenir au plan du Hezbollah susmentionné, plusieurs informations issues de sources concordantes font état d’une opération organisée en différents groupes, aux missions clairement définies.
Groupe 1 : prise de contrôle du Siège du gouvernement. Un premier groupe aurait eu pour objectif d’assiéger le Grand Sérail, siège du gouvernement, avec le soutien présumé d’officiers et de membres des forces de sécurité acquis à la cause du Hezbollah. Selon ces éléments, deux lance-roquettes devaient être positionnés et dirigés vers le bâtiment, dans l’hypothèse où une tentative d’arrestation du Premier ministre, Nawaf Salam, à Beyrouth échouerait, laissant place à un scénario d’escalade extrême.
Groupe 2 : enlèvement ciblé. Un second groupe aurait été chargé de l’enlèvement du ministre des Affaires étrangères Joe Rajji, avec pour objectif, selon ces mêmes sources, de procéder à son exécution dans la discrétion.
Groupe 3 : cellules dormantes et assassinats ciblés. Un troisième dispositif reposerait sur de petites cellules ayant loué des appartements à proximité immédiate de responsables politiques opposés au Hezbollah. Leur mission présumée : mener des assassinats ciblés.
Selon ces informations, un appartement aurait notamment été loué par une femme à proximité de celui de la sœur du président Joseph Aoun, au même immeuble. Son mari, présenté comme un commandant de la Force d’Al-Qods iranienne, aurait été tué. Dans un autre cas, un logement aurait été loué à proximité d’un responsable des Forces libanaises, également par une femme agissant pour le compte d’un membre des Gardiens de la révolution iranienne, avec lequel elle entretenait une relation servant de couverture.
Groupe 4 : neutralisation des forces de réaction. Ce quatrième groupe, composé d’officiers des forces de sécurité impliqués dans ce qui est décrit comme un projet de coup de force, aurait eu pour mission de bloquer les axes routiers stratégiques afin d’empêcher tout renfort d’atteindre le siège du Premier ministre. Dans ce scénario, le Grand Sérail devait être pris pour cible, tandis que des arrestations auraient été planifiées parmi les hauts responsables de l’administration et des institutions gouvernementales.
Enfin, Sleiman Frangié, complice du plan, apparut peu avant le bombardement de Beyrouth pour annoncer la victoire de l’«Axe de la Résistance».
A lire : Liban: le Hezbollah désigne Sleiman Frangié comme candidat à la présidence de la République
(Par Dario S. Roma)