(Rome, 30 mai 2026). Dans un discours prononcé lors du Hajj, le nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, revendique l’héritage idéologique de la République islamique et réaffirme son hostilité à Israël. Une prise de position qui intervient alors que les négociations entre Téhéran et Washington demeurent entourées d’incertitudes. Les dirigeants politiques occidentaux feraient bien de lire attentivement ce texte
Des négociations toujours marquées par l’incertitude
L’incertitude domine toujours les négociations en cours entre l’Iran et les États-Unis. Alors que le portail américain «Axios» annonçait hier la finalisation d’un mémorandum d’entente, qui ne manque plus que la signature du président Trump, les agences de presse iraniennes Fars et Tasnim, historiquement proches des Gardiens de la révolution, se sont empressées de démentir cette information, rapporte Marco Mayer dans son analyse dans le portail italien «Formiche.net».
Une autre source d’incertitude concerne l’influence réelle du nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, et sa capacité à peser sur les négociations avec Washington. Certaines sources spéculent qu’il pourrait être le principal obstacle au processus de négociation ; d’autres affirment qu’il a autorisé les négociations mais n’a pas encore validé le projet d’accord ; d’autres encore estiment qu’il est court-circuité par les négociateurs eux-mêmes. Tandis que ces rumeurs circulent, il est intéressant de noter que, dans son discours prononcé hier, l’ayatollah Khamenei a accusé les États-Unis et Israël de fomenter la discorde afin de diviser et de déstabiliser l’Iran. Ses propos confirment implicitement les profondes divisions internes au sein du régime.
Un message révélateur de la pensée du nouveau Guide
Au-delà des circonstances immédiates, et quel que soit l’aboutissement des négociations, il paraît essentiel d’analyser et d’informer le public de la véritable vision politique et religieuse du nouveau guide. Celle-ci s’est exprimée avec une clarté particulière dans son message du mardi 26 mai, adressé aux fidèles à l’occasion du pèlerinage annuel à La Mecque.
Notons que, pour l’auteur, les dirigeants politiques italiens (français et européens, Ndlr) sont invités à prendre le temps de lire l’intégralité de ce discours. Au-delà des aspects strictement religieux, le message du Guide suprême, Mojtaba Khamenei, est empreint d’une forte dimension idéologique qui mérite une analyse attentive. Ce qui frappe dans son discours aux pèlerins du hajj, c’est son adhésion totale aux positions radicales de son père, ainsi que son affirmation explicite d’une continuité totale du régime théocratique instauré en Iran depuis 1979. Israël demeure un «cancer» qu’il faut éradiquer, tandis que sa disparition est envisagée dans un horizon d’une quinzaine d’année, soit autour de 2040.
Israël désigné comme un ennemi voué à disparaître
S’adressant aux pèlerins, le nouveau Guide a déclaré : «le régime sioniste vacillant, ébranlé, et la croissance cancéreuse d’Israël approchent des derniers stades de leur existence maudite, comme notre plus grand Guide, le martyr d’al-Qods, l’a prédit il y a dix ans dans ses paroles enflammées : avec l’aide de Dieu, ce régime ne survivra pas aux vingt-cinq prochaines années». Et le Guide d’ajouter : «Dans diverses régions d’Iran et du monde, et bien au-delà de ces jours bénis, les slogans «À bas l’Amérique» et «À bas Israël» deviendront les chants de ralliement de la Oumma islamique et des opprimés du monde, en particulier parmi les jeunes». Khamenei 2 a finalement insisté sur les liens très étroits unissant l’Iran et la Oumma islamique aux jeunes moudjahidines engagés au Liban, en Palestine, en Irak et au Yémen, faisant clairement référence au Hezbollah, au Hamas, aux Houthis et aux milices pro-iraniennes en Irak.
Une ligne politique clairement radicale
Ces déclarations mettent en évidence le positionnement résolument radical du nouveau Guide iranien, contrairement à ce qu’affirment certains observateurs. Bien qu’il soit encore difficile d’évaluer précisément son influence au sein des centres du pouvoir, le fait que l’agence de presse Tasnim, très proche des Gardiens de la révolution, ait largement relayé ses propos constitue un signe inquiétant. Les mots ont un poids politique considérable : la disparition d’Israël semble ainsi demeurer non seulement un élément rhétorique, mais aussi un objectif inscrit dans l’agenda politique iranien. Il s’ensuit que, quelles que soient les opinions que l’on puisse avoir à l’égard du gouvernement Netanyahu, la question des menaces pesant sur l’existence d’Israël continue de se poser avec acuité.
La question palestinienne reste indissociable de la sécurité d’Israël
Mais cette question concerne également les Palestiniens. Malgré les prises de position récentes observées aux Nations Unies, les diplomates du monde entier savent pertinemment que, sans garanties de sécurité suffisantes pour Israël, la création d’un État palestinien, pourtant largement considérée comme une solution juste, risque de demeurer théorique pendant encore de nombreuses années.
Les monarchies du Golfe mises à l’épreuve
Un point qui mérite toute l’attention : dans son message aux fidèles, le Guide suprême a placé au premier rang de ses priorités le démantèlement des bases militaires américaines dans les pays du Golfe. Il sera particulièrement intéressant d’observer la réaction des monarchies du Golfe, et au premier rang desquelles l’Arabie saoudite, actuellement occupée à finaliser l’accord de coopération nucléaire civile avec Washington.
- Le Hezbollah, le relais de l’influence iranienne au Levant
«Au-delà des déclarations de Mojtaba Khamenei, la question centrale demeure celle des outils régionaux dont dispose Téhéran pour projeter son influence», estime une source militaire régionale. «Parmi eux, le Hezbollah occupe une place stratégique. Depuis des décennies, le mouvement chiite constitue l’un des principaux leviers de la politique régionale iranienne, au point d’être souvent perçu par ses adversaires comme le bras armé des intérêts des mollahs au Moyen-Orient», ajoute notre source.
Dans les circonstances actuelles, chaque escalade militaire impliquant le Hezbollah contribue à accroître les tensions régionales et fait peser sur le Liban un risque permanent de déstabilisation. Pour ses détracteurs, l’organisation privilégie les objectifs géopolitiques de Téhéran au détriment des intérêts nationaux libanais, exposant le pays à des confrontations dont il supporte le coût humain, économique et sécuritaire.
Dans un contexte régional déjà marqué par de fortes tensions, la prise de position de Khamenei 2 pourrait constituer un nouveau sujet de friction entre Téhéran et ses voisins arabes.