(Rome, 07 mars 2026). Entre rumeurs d’espionnage, spéculations sur sa mort et étonnante capacité à survivre aux attaques qui ont frappé les plus hauts responsables iraniens, le chef de la Force Al-Qods, Esmail Qaani, est au cœur d’un mystère grandissant. Certains affirment qu’il aurait été arrêté, voire exécuté par les Pasdarans pour espionnage au profit de «l’ennemi» Israël, tandis que d’autres soulignent son absence persistante parmi les victimes des opérations visant l’appareil sécuritaire de Téhéran
Immortel ou agent du Mossad exécuté par les Pasdaran ? Esmail Qaani, chef de la Force iranienne d’Al-Qods et figure clé du pouvoir du régime à Téhéran, se retrouve au cœur d’un mystère, sur fond de suspicions et d’accusations dans la guerre que mène la République islamique contre les États-Unis et Israël. Déjà critiqué pour son incroyable capacité à échapper à toutes les attaques alors que tous ceux qui l’entourent mourraient, son sort fait désormais l’objet de nombreuses spéculations, comme le souligne le journal émirati The National, relayé par le portail italien «Adnkronos».
Selon le journal, «le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a arrêté, voire même exécuté, le commandant de la Force Al-Qods sous l’accusation d’espionnage au profit d’Israël».
«Esmail Qaani, chef de la Force iranienne d’Al-Qods, a été exécuté par les Pasdaran. Il a survécu à toutes les tentatives d’assassinat dont il a été victime jusqu’à présent et se trouvait même aux côtés de Khamenei lors des bombardements américano-israéliens, mais il a réussi à s’échapper. Il avait auparavant été arrêté par les Gardiens de la révolution islamique, accusé d’être un agent du Mossad», selon des affirmations publiées par un compte X et citées par The National. Cette même affirmation, explique-t-on, est apparue dans d’autres articles.
Soupçons autour du commandant «immortel»
Qaani, âgé de 67 ans, a pris le commandement de la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution islamique en janvier 2020 après l’assassinat de son prédécesseur, Qassem Soleimani, par les États-Unis à Bagdad. La Force AL-Qods est la branche d’élite des opérations extérieures iraniennes, l’unité qui a construit, armé et coordonné l’«Axe de la Résistance» au Moyen-Orient.
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Sous son commandement, rappelle The National, cet axe a été anéanti. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est éliminé. Le chef politique du Hamas, Ismail Haniyé, a été assassiné. Des dizaines de hauts commandants iraniens ont également été éliminés. Plus récemment, samedi dernier, une opération conjointe américano-israélienne a tué le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, ainsi que plusieurs figures de premier plan de l’appareil sécuritaire iranien.
Mais «l’immortel» Qaani, le commandant directement responsable de la gestion du réseau régional de supplétifs en temps de guerre, n’a jamais été mentionné parmi les victimes.
«Sa manière de survivre a alimenté les soupçons, car plusieurs rapports, fondés sur des sources sécuritaires anonymes, ont suggéré ces deux dernières années qu’il était proche de participer à plusieurs attaques dans lesquelles les plus importantes figures de l’Iran ont trouvé la mort», poursuit le média.
Pendant les douze jours de guerre entre l’Iran et Israël, il a été déclaré mort par plusieurs sources avant de réapparaître lors d’une célébration publique à Téhéran fin juin 2025, vêtu en civil et coiffé d’une casquette, apparemment en bonne santé. Une séquence similaire s’était déjà produite en octobre 2024, lorsqu’il a été annoncé mort, avant d’être interrogé, puis de réapparaître à la télévision d’État.
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Loin des réseaux sociaux, et à la suite de l’infiltration dévastatrice du Hezbollah par Israël, qui lui a permis d’éliminer systématiquement ses dirigeants, l’Iran a lancé une enquête officielle sur cette faille de sécurité. Des sources anonymes dans toute la région ont rapporté que Qaani et son équipe avaient été placés à l’isolement et interrogés.
Israël avait publié une liste de responsables iraniens et de personnes liées à l’Iran qu’il souhaitait éliminer. Le week-end dernier, cette liste a été déclarée «complète». Le nom de Qaani n’y figurait pas.
Un mystère révélateur des fractures du régime
Au-delà des rumeurs et des spéculations, le cas d’Esmail Qaani illustre surtout les profondes tensions qui traversent aujourd’hui l’appareil sécuritaire iranien. Successeur discret mais stratégique de Qassem Soleimani, il a dirigé la Force Al-Qods à un moment où le réseau régional construit par Téhéran (de l’Irak au Liban en passant par la Syrie, le Yémen et Gaza) subissait des revers majeurs et une pression militaire sans précédent d’Israël et des États-Unis.
Dans ce contexte de guerre de l’ombre, les informations contradictoires sur son sort témoignent autant de la guerre informationnelle que de la méfiance qui règne au sein du régime. Qaani, longtemps resté dans l’ombre de son prédécesseur, s’est retrouvé au cœur d’une période où les opérations clandestines, les infiltrations et les éliminations ciblées ont redéfini l’équilibre stratégique au Moyen-Orient.
«Qu’il soit victime de rivalités internes, cible d’une campagne de désinformation ou simplement l’un des rares survivants d’une série d’opérations spectaculaires, son parcours symbolise l’opacité et la brutalité de cette guerre invisible», rapporte une source régionale sous l’anonymat. Et tant que des informations fiables ne viendront pas éclaircir son destin, le «mystère Qaani» restera aussi un révélateur des luttes de pouvoir et de l’instabilité qui entourent aujourd’hui l’influence régionale de l’Iran.