(Rome, 22 avril 2026). Alors que Donald Trump tente de prolonger une fragile trêve pour relancer les négociations avec l’Iran, de profondes divisions au sein du pouvoir à Téhéran paralysent le processus diplomatique. Entre affrontements internes, absence de coordination avec la Guide suprême et tensions entre civils et militaires, la perspective d’un accord s’éloigne, faisant craindre une reprise des hostilités dans la zone
Un cessez-le-feu temporaire sous pression
Donald Trump attend une proposition iranienne pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Le président américain serait disposé à accorder trois à cinq jours de cessez-le-feu supplémentaires afin de permettre à Téhéran de se réorganiser en vue de nouvelles négociations, explique Federico Giuliani dans «Il Giornale».
Selon des sources diplomatiques américaines, il ne s’agira pas d’une trêve illimitée, dans le sens où, une fois les termes expirés, les hostilités reprendront au moins aussi fort, voire plus intense, qu’auparavant. Il semble que Trump donne aux factions au sein du gouvernement iranien l’opportunité de résoudre leurs différends internes avant de reprendre les négociations. En cas d’échec, la trêve prendra fin sans qu’aucun accord n’ait été trouvé.
Des divisions internes profondes en Iran
Selon Axios, les négociateurs de Trump estiment qu’un accord pour mettre fin à la guerre, et encadrer ce qu’il reste du programme nucléaire iranien, reste encore possible. Parallèlement, la Maison Blanche observe avec inquiétude la situation à Téhéran. Le principal problème serait l’absence d’un interlocuteur unique capable de prendre une décision engageante, en raison des luttes entre factions de pouvoir. Ceci s’explique par les nombreuses factions qui s’affrontent sur la marche à suivre.
La situation est décrite ainsi : le Guide suprême, Mojtaba Khamenei, communique à peine, tandis que les généraux des Gardiens de la révolution (qui contrôlent désormais le pays) et les négociateurs civils iraniens sont ouvertement en désaccord sur la stratégie à adopter. «Nous constatons une profonde division en Iran entre les négociateurs et les militaires, aucun des deux camps n’ayant accès au Guide suprême, qui reste injoignable», a déclaré un responsable américain sous couvert d’anonymat.
Une fracture révélée lors des premiers pourparlers
Ces divisions apparentes auraient été identifiées par les États-Unis après le premier cycle de négociations à Islamabad, au cours duquel il est apparu clairement que le commandant des Gardiens de la révolution, le général Ahmad Wahidi, et ses adjoints avaient rejeté une grande partie des points abordés par les négociateurs iraniens. La rupture a éclaté au grand jour vendredi dernier, lorsque le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a annoncé la réouverture du détroit d’Ormuz, décision que les Gardiens de la révolution ont refusé d’appliquer, s’en prenant publiquement au ministre.
L’ultimatum de Trump et l’absence de réponse iranienne
Dans les jours qui ont suivi, l’Iran n’a pas répondu de manière substantielle à la dernière proposition américaine et a refusé de s’engager dans un second cycle de négociations au Pakistan. Selon plusieurs sources, cette fragmentation du pouvoir serait en partie liée à l’assassinat en mars d’Ali Larijani par Israël. Ancien secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, il jouait un rôle clé dans la coordination politique du pays.
Larijani disposait de l’autorité et de l’influence politique nécessaires pour assurer la cohésion du processus décisionnel iranien. Son successeur, Mohammad Bagher Zolghadr, chargé de coordonner les relations entre les Gardiens de la révolution, les autorités civiles et le Guide suprême, ne parviendra pas, semble-t-il, à jouer ce rôle d’arbitre entre les différentes factions.
Vers une reprise possible des hostilités
Une source américaine proche de Donald Trump estime que le président américain «ne souhaite plus recourir à une option militaire et privilégie une sortie diplomatique du conflit». Attention toutefois : si les médiateurs pakistanais ne parviennent pas à obtenir la participation de l’Iran dans les délais fixés par Trump, l’option militaire sera de nouveau envisagée.
Conclusion : une concession de temps : diplomatie ou signe de faiblesse ?
Le choix de Donald Trump d’accorder quelques jours supplémentaires à l’Iran peut être interprété de deux manières opposées. «Pour Washington, il s’agit officiellement d’une manœuvre pragmatique : laisser aux différentes factions iraniennes le temps de clarifier leur position afin de rendre possible une négociation crédible», indique un observateur italien.
Mais dans une lecture plus critique, d’autres experts, bien au fait, y voient une forme d’humiliation politique pour Téhéran. «En exposant publiquement l’incapacité des autorités iraniennes à parler d’une seule voix, Washington souligne implicitement la fragmentation du régime. Cette extension du délai pourrait ainsi apparaître comme une mise sous tutelle indirecte du processus décisionnel iranien, davantage qu’un geste de conciliation», estiment encore nos sources.
- Le sort de l’uranium iranien en cas d’échec des négociations
Si les pourparlers échouent, la question du stock d’uranium enrichi iranien redeviendra centrale. Dans un tel scénario, plusieurs options se dessinent, toutes extrêmement sensibles.
Washington et ses alliés occidentaux chercheraient vraisemblablement à imposer un contrôle international renforcé, potentiellement sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Toutefois, une récupération physique ou une neutralisation directe sur le sol iranien impliquerait des opérations à très haut risque, difficilement envisageables sans escalade militaire.
En pratique, le sort de cet uranium dépendrait donc soit d’un accord contraignant, soit d’une intervention coercitive et indispensable, avec des conséquences régionales majeures.
- Une crise interne annonciatrice d’un basculement politique ?
Les tensions entre les Gardiens de la Révolution, les négociateurs civils et la direction suprême alimentent les spéculations sur une possible fragilisation structurelle du régime iranien. L’incapacité à centraliser la décision politique pourrait, à terme, affaiblir la cohérence de l’État.
- Le détroit d’Ormuz et le retour de l’option militaire
Le détroit d’Ormuz demeure l’un des points stratégiques les plus sensibles de la zone. Toute instabilité politique en Iran ravive le risque d’une instrumentalisation de ce passage maritime crucial pour le transport mondial de pétrole.
Dans le contexte actuel, une fermeture partielle ou une militarisation accrue du détroit ne peut être exclue si les tensions s’aggravent. Cela constituerait un levier de pression majeur pour Téhéran, mais aussi un facteur d’escalade immédiate avec les puissances occidentales. Dans cette hypothèse, l’option militaire évoquée par Donald Trump resterait pleinement sur la table.