(Rome, 18 août 2026). Selon le Washington Post, le Pentagone étudie la possibilité de réduire l’empreinte militaire américaine au Moyen-Orient, notamment dans le Golfe. Cette réflexion intervient après les importants dégâts subis par plusieurs installations américaines lors du conflit avec l’Iran et pourrait marquer un tournant dans l’engagement sécuritaire de Washington dans la région
Selon une information exclusive du «Washington Post», citant des responsables au fait du dossier, le Pentagone envisagerait une éventuelle révision de la présence américaine au Moyen-Orient, impliquant une réduction des troupes dans le golfe Persique, en raison des attaques iraniennes répétées contre des bases américaines dans la zone, rapporte le quotidien «Il Tempo».
Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, n’a pas encore ordonné de révision formelle de la posture militaire américaine. Les évaluations en cours relèveraient davantage d’une «planification prudente», destinée à orienter les décisions futures concernant la reconstruction des installations endommagées. Selon ce responsable, «des décisions devront être prises sur certaines de ces questions».
La réduction des effectifs américains est-elle liée à la «Sainte Alliance» de La Mecque ?
La tentation est grande d’établir un lien direct entre l’éventuel redimensionnement de la présence militaire américaine dans le Golfe et le pacte tripartite conclu entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, souvent présenté comme une «Sainte Alliance» sunnite.
«Mais, à ce stade», estime un analyste régional, «aucun élément public ne permet d’affirmer que la décision envisagée par le Pentagone découle directement de cet accord. Le pacte de La Mecque, conclu entre trois puissances régionales, traduit néanmoins une évolution majeure : les États du Moyen-Orient semblent de plus en plus disposés à organiser eux-mêmes une partie de leur architecture de sécurité». Et notre source d’ajouter : «Washington pourrait chercher moins à occuper militairement l’espace régional qu’à conserver les moyens d’y intervenir rapidement en cas de crise, tout en laissant davantage de responsabilités aux puissances alliées ou partenaires».
Une présence militaire massive, mais sous pression
Le Commandement central américain (CENTCOM) déploie habituellement environ 40.000 soldats repartis dans près de 20 sites, sur un arc de près de 2.400 kilomètres allant de la Jordanie à Oman. Depuis le début de l’année, Washington a considérablement renforcé sa présence régionale en y déployant des navires de guerre, des avions de chasse, des systèmes de défense aérienne et d’autres moyens militaires, tant pour protéger ses forces que pour mener plus de 13.000 frappes contre l’Iran. Les principales bases américaines permanentes au Moyen-Orient sont situées dans le golfe Persique : Bahreïn accueille le quartier général de la Cinquième flotte, tandis que des pays comme le Koweït abritent des moyens stratégiques de l’armée de terre et de l’armée de l’air américaines.
Ormuz : la contradiction stratégique de Donald Trump
C’est ici que le paradoxe devient particulièrement frappant. Alors que le «Washington Post» révèle que le Pentagone réfléchit à une présence militaire américaine plus réduite dans le Golfe, Donald Trump affirme simultanément que les États-Unis contrôlent totalement le détroit d’Ormuz et a même évoqué la possibilité de le déclarer «territoire américain».
Conséquences potentielles pour les alliés
Toute réduction éventuelle de la présence américaine pourrait avoir des conséquences pour les alliés du Golfe, qui dépendent des forces américaines pour leur défense depuis des décennies. En outre, cette question pourrait aussi raviver les débats internes au sein de l’administration entre, d’une part, les partisans du maintien d’un engagement militaire fort à l’étranger et, de l’autre, ceux qui estiment que le Pentagone devrait réduire certains de ses engagements en matière de sécurité pour se concentrer davantage sur la défense du territoire national et la dissuasion d’adversaires tels que la Chine.
La Chine, la véritable priorité du Pentagone ?
Il serait toutefois réducteur de considérer le redimensionnement du dispositif américain au Moyen-Orient comme une simple conséquence de la guerre avec l’Iran. Une autre logique, beaucoup plus structurelle, est à l’œuvre : la réorientation stratégique des États-Unis vers la Chine et l’Indo-Pacifique.
Par Léa P.