(Rome, 18 juillet 2026). Depuis plusieurs jours, le président Aoun ne cesse de répéter qu’il juge indispensable l’aide de Trump, qu’il considère comme le seul capable de faire pression sur Israël. Le 21 juillet sera une journée cruciale pour un pays comme le Liban, dans un contexte de fortes divisions politiques et de tensions régionales, divisé entre ceux qui reprochent à Aoun sa soumission à la Maison Blanche et ceux qui critiquent le Hezbollah pour sa soumission à l’Iran
Un rendez-vous très attendu à Washington
Une date est marquée en rouge sur les calendriers à Beyrouth : le 21 juillet. C’est ce jour-là que le président libanais, ancien commandant en chef de l’armée libanaise, Joseph Aoun, arrivera à la Maison Blanche pour un entretien en tête-à-tête avec Donald Trump, écrit Riccardo Cristiano dans son analyse dans le portail italien «Formiche.net».
«L’Amérique nous écoute désormais. Le dossier libanais est sur le bureau du président». Les priorités sont claires : le sort et l’avenir de 1,2 million de réfugiés, des personnes sans abri ou ayant tout perdu, la protection et la préservation de l’unité nationale, ainsi que le droit des populations déplacées à regagner leurs villages. Autant de responsabilités que Joseph Aoun portera avec lui en franchissant les portes de la Maison-Blanche.
L’influence américaine au cœur des équilibres régionaux
L’intérêt manifesté par Donald Trump pour le Liban est confirmé par un détail précis : ses propos, tenus après le sommet d’Ankara, exprimant un avis favorable à un retrait israélien du sud du Liban et du sud de la Syrie.
Plusieurs observateurs estiment que cette orientation pourrait être influencée par Tom Barrack, proche conseiller de Donald Trump et homme d’affaires d’origine libanaise. Ancien envoyé spécial pour le Liban, désormais chargé des dossiers concernant la Turquie, la Syrie et l’Irak, Barrack conserve une attention particulière pour son pays d’origine, la terre de ses ancêtres.
Barrack, réputé proche du dirigeant turc Erdogan, était présent à la Maison Blanche lors de la rencontre entre Trump et le nouveau Premier ministre irakien Al-Zaidi, où il aurait été associé à une évolution notable de la politique irakienne ; à l’issue des pourparlers, Al-Zaidi a fait savoir qu’il avait été décidé de couper le flux de soutien irakien au Hezbollah. Cette décision s’est accompagnée d’une annonce par le gouvernement syrien, très bien accueillie : la saisie, à la frontière irakienne, d’une importante cargaison d’armes destinée au Hezbollah.
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La stratégie vis-à-vis du Hezbollah
Impossible de ne pas remarquer que Trump a, à plusieurs reprises, de nouveau salué le rôle que pourrait jouer son «ami» le président syrien Ahmad al-Charaa dans la limitation de l’influence du Hezbollah. Al-Charaa a toutefois rejeté à maintes reprises les propositions de Trump visant à une intervention militaire en territoire libanais, y voyant la recette d’un nouveau désastre.
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Pourtant, tout bien considéré, on peut supposer que certains responsables américains semblent privilégier une stratégie consistant à réduire les capacités financières et logistiques du Hezbollah en agissant sur ses sources d’approvisionnement régionales plutôt qu’en poursuivant une occupation militaire prolongée du sud du Liban.
Le président Aoun sous la pression de la scène politique intérieure
Les pressions politiques internes au Liban et les mesures prises par les pays voisins éclairent le contexte de ces événements et expliquent l’importance qu’Aoun a accordée à sa rencontre avec Donald Trump. Toutefois, le président est pleinement conscient que sa position ne fait pas l’unanimité ; il s’expose à des critiques et à des accusations de complaisance excessive envers l’ennemi, tandis que le Hezbollah s’oppose activement à lui sur le terrain. Les points de discorde sont alors nombreux.
La reconstruction comme priorité nationale
Sans attendre l’issue de la visite présidentielle, le gouvernement libanais cherche à afficher sa volonté de reconstruire le pays. Le ministre de l’Économie, universitaire réputé et formé aux États-Unis, s’est récemment rendu à Nabatiyé, l’une des villes les plus durement touchées par les combats et l’occupation israélienne. Selon les autorités libanaises, plus de 4.000 personnes ont été tuées, tandis que des milliers d’habitations, d’infrastructures civiles et de terres agricoles ont été détruites au cours des derniers mois. Le choix d’envoyer un ministre issu de la communauté sunnite dans cette région majoritairement chiite se voulait hautement symbolique : la reconstruction du sud doit être un projet national et non une revendication communautaire.
Au milieu des ruines, le ministre a rencontré les autorités civiles de la ville et a pu constater par lui-même l’ampleur des dégâts. S’il a reconnu la lenteur du rétablissement des réseaux d’eau et d’électricité, il a souligné que le gouvernement s’activait pour obtenir l’aide nécessaire au redressement de Nabatiyé. Le message est clair : la communauté chiite, qui subit de plein fouet les ravages dans le Sud, où elle est concentrée, trouve en l’État un allié, et non un adversaire.
Le désarmement du Hezbollah au cœur des discussions
Déterminé à obtenir le désarmement du Hezbollah, le gouvernement en place s’efforce de faire de la reconstruction du Liban non seulement une priorité, mais une nécessité urgente et immédiate. Les principaux obstacles résident dans l’occupation en cours et dans la complexité du processus de désarmement de la milice.
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Quelle voie suivre ? Dans de nombreuses interviews, le président Aoun a clairement indiqué que, face au choix entre un retrait israélien accompagné d’une reconstruction pacifique, d’une part, et la poursuite du conflit, de l’autre, la population chiite opterait pour la première option. Dans ce scénario, si le Hezbollah ne s’y ralliait pas, il perdrait le soutien de l’opinion publique.
Le président libanais souhaiterait ainsi obtenir l’appui américain pour mettre en place un mécanisme permettant un désarmement progressif et négocié du Hezbollah, parallèlement à une accélération du retrait israélien.
Le monopole des armes, une exigence de l’État
Pour Joseph Aoun, la question dépasse les considérations internationales. Selon lui, un État ne peut véritablement exister sans détenir le monopole de la force armée. Il affirme que cette exigence répond avant tout à un intérêt national libanais, même si les circonstances politiques et militaires rendent sa mise en œuvre particulièrement complexe.
Le président Aoun espère sans doute la mise en place d’un mécanisme lui permettant de convaincre le Hezbollah d’accepter un désarmement convenu, par étapes bien entendu, afin d’accélérer le retrait israélien. C’est d’ailleurs sur ce point qu’il insiste, un élément que la presse libanaise présente comme essentiel à sa vision.
Une journée décisive pour le Liban
Joseph Aoun répète depuis plusieurs jours que le soutien de Donald Trump lui paraît indispensable et qu’il considère le président américain comme le seul dirigeant capable d’exercer une pression suffisante sur Israël afin d’obtenir des avancées concrètes.
Le 21 juillet pourrait ainsi constituer une étape majeure pour un Liban profondément divisé entre ceux qui reprochent au président sa proximité avec Washington et ceux qui dénoncent la dépendance du Hezbollah à l’égard de l’Iran.
Dans un contexte régional marqué par une nouvelle escalade des tensions et le risque d’une extension des conflits, les résultats de cette rencontre pourraient avoir des conséquences importantes pour l’avenir politique et sécuritaire du pays.
Les origines de la crise actuelle
Pour de nombreux observateurs récemment consultés, la situation dramatique que traverse aujourd’hui le Liban est la conséquence directe de l’ouverture d’un second front contre Israël par le Hezbollah le 8 octobre 2023. Sans cette décision, soutiennent-ils unanimement, le pays n’aurait probablement pas subi une guerre d’une telle ampleur, ni vu Tsahal occuper plusieurs secteurs du sud du territoire, tout en provoquant la destruction de vastes zones frontalières. Dans cette lecture des événements, le Liban paie aujourd’hui le prix d’une décision militaire désastreuse prise par une organisation terroriste, armée, agissant en dehors de l’autorité de l’État.
L’aide internationale a certainement un prix
La communauté internationale affiche sa disponibilité pour accompagner la reconstruction du Liban, mais elle fixe des conditions désormais clairement identifiées. Les principaux bailleurs de fonds exigent un rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, ce qui implique notamment que le monopole de la force revienne aux institutions nationales. À cela s’ajoutent des réformes économiques, financières et administratives destinées à lutter contre la corruption, le clientélisme et les détournements de fonds publics qui ont contribué à l’effondrement du pays. L’objectif affiché est de garantir que les ressources nationales bénéficient à l’ensemble des Libanais, sans captation par des réseaux politiques ou confessionnels (le Conseil du Sud tenu par Nabih Berri en exemple).
Deux présidents Aoun, deux visions du Liban
Le contraste entre les deux présidents portant le nom d’Aoun est souvent mis en avant dans le débat politique libanais.
Michel, (Aoun 1), est largement associé à l’alliance conclue avec le Hezbollah à partir de 2006, alliance qui s’est poursuivie durant sa présidence et qui a profondément marqué la vie politique du pays. Ses détracteurs estiment que cette proximité, renforcée par l’influence politique de son gendre Gebran Bassil, a contribué à affaiblir les institutions de l’État au profit du poids croissant de la milice chiite.
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À l’inverse, Joseph (Aoun 2) apparaît comme le défenseur d’une logique institutionnelle. Depuis son accession à la présidence, il affirme que seul l’État doit détenir les armes et conduire la politique de sécurité nationale. Son objectif affiché est de restaurer pleinement la souveraineté de l’État libanais et de replacer les institutions au-dessus des appartenances partisanes ou confessionnelles.
Dans cette entreprise de restauration de l’autorité de l’État, le président Joseph Aoun bénéficie d’un appui résolu des principales forces souverainistes. À leur tête, le leader Samir Geagea, président du parti des «Forces libanaises», qui affiche un ferme soutien à la démarche du chef de l’État visant à rétablir le monopole des armes entre les seules mains des institutions nationales.
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Pour les souverainistes, il ne peut y avoir ni reconstruction, ni retour des investissements étrangers, ni véritable renaissance économique tant qu’une milice armée conserve une autonomie militaire et décisionnelle échappant à l’autorité de l’État. Samir Geagea considère que le mandat de Joseph Aoun offre une occasion historique de refermer la parenthèse ouverte par des décennies de tutelle des armes illégales et de replacer définitivement le Liban dans le camp des États pleinement souverains.
L’affaiblissement de l’Axe de la Résistance ouvre une nouvelle perspective
Les développements régionaux nourrissent également un certain optimisme parmi les partisans d’un renforcement de l’État libanais. L’affaiblissement progressif de l’influence régionale de l’Iran, notamment sous l’effet des pressions militaires, diplomatiques et économiques, pourrait réduire les capacités de soutien dont bénéficie le Hezbollah.
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Dans cette perspective, la diminution des flux financiers, logistiques et militaires en provenance de Téhéran pourrait rendre plus envisageable une intégration progressive des armes du Hezbollah dans le cadre de l’État ou un processus de désarmement négocié. Pour Joseph Aoun, cette évolution constituerait un contexte plus favorable à la mise en œuvre de son projet de restauration de l’autorité de l’État.
Le moment de vérité
Le Liban se trouve aujourd’hui à un tournant de son histoire récente. Entre le maintien d’un système où une organisation armée conserve une autonomie stratégique et le retour à un État pleinement souverain, le choix qui s’esquisse déterminera les perspectives de reconstruction, de stabilité et de développement du pays.
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La rencontre entre Joseph Aoun et Donald Trump pourrait marquer une étape importante de ce processus, à condition qu’elle débouche sur des engagements concrets, tant sur le plan sécuritaire que sur celui de la reconstruction économique et institutionnelle.
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Par Sanaa T.