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Le Liban et Israël tiennent un sommet de paix, avec un cauchemar : le Hezbollah

(Rome, 15 avril 2026). À Washington, un dialogue inédit entre Israël et le Liban s’ouvre sous l’égide des américains, mais son véritable enjeu dépasse largement le cadre bilatéral : le désarmement du Hezbollah, acteur clé de l’influence iranienne dans la région. Au croisement des tensions entre Israël, le Liban, l’Iran et les États-Unis, ce sommet s’inscrit dans une recomposition stratégique plus large, où se mêlent sécurité régionale, enjeu libanais, équilibre des puissances et négociations indirectes sur le nucléaire et les routes énergétiques

Une réunion diplomatique inédite, tenue à Washington

Jamais auparavant une rencontre entre Israël et le Liban n’avait eu lieu en face à face, à un niveau diplomatique aussi élevé, avec les drapeaux des deux pays belligérants flottant côte à côte : depuis hier à Washington, l’ambassadrice du Liban Nada Hamadé Moawad et l’ambassadeur israélien Yechiel Leiter s’entretiennent (avec la participation de Marco Rubio). Il s’agit d’une occasion d’échanger des idées porteuse d’espoir. Les deux interlocuteurs, les gouvernements libanais et israélien, souhaitent dialoguer sérieusement, même en ces temps difficiles, écrit Fiamma Nirenstein dans le quotidien italien «Il Giornale».

En arrière-plan, l’ombre du Hezbollah

Il est regrettable que le Hezbollah, qui a déjà déclaré qu’il ne déposera jamais les armes, apparaisse en filigrane, mais c’est précisément l’enjeu de ce dialogue. La question est décisive et presque impossible à résoudre, mais elle pourrait aussi ouvrir une voie de sortie dans la confrontation entre les États-Unis et l’Iran. Cela pourrait servir de monnaie d’échange autour du détroit d’Ormuz et permettre de prolonger la trêve. Trump pourrait dans ce contexte viser la question de l’uranium enrichi, condition indispensable à toute sortie de conflit.

Une guerre toujours active sur le terrain

Les affrontements d’hier ont une fois de plus fait des morts et des blessés parmi les soldats israéliens, dans un théâtre de guerre impitoyable. Lundi, les bombardements israéliens au Liban ont mis en évidence la carte de la présence armée du Hezbollah dans le sud du Liban et dans la vallée de la Bekaa.

A lire : Liban : un silence inquiétant au sein du Hezbollah. Où sont les dirigeants ?

Il convient de rappeler que la guerre a été déclenchée à deux reprises par le Hezbollah : la première, après le 7 octobre, avec 12.000 missiles, en coordination avec le Hamas. L’attaque a échoué, mais a entraîné l’évacuation du nord d’Israël. Aujourd’hui, ces zones ressemblent à des villes fantômes, habitées par quelques habitants restés sous les bombardements, tandis que l’armée israélienne attaque Bent Jbeil, bastion symbolique du Hezbollah.

Un accord resté lettre morte

En novembre 2024, un accord signé avec le gouvernement libanais (alors sous les ordres du Hezbollah) prévoyait le désarmement et le retrait des «miliciens de Dieu». Mais cela ne s’est pas produit. Les récents événements ont montré que le gouvernement libanais n’est pas en mesure d’imposer cette décision.
Les États-Unis appellent désormais à la retenue, tandis que l’Europe fait porter la responsabilité sur Israël. La capitale, Beyrouth, est quasiment calme depuis trois jours, mais les combats continuent dans le sud du pays, et les chaînes de télévision israéliennes diffusent en continu une nouvelle liste de zones où se réfugier.

Une solution difficilement réalisable

Toute solution impliquant un retrait de l’armée nécessitera des garanties qui se heurtent à la réalité : le gouvernement libanais ne contrôle ni l’ensemble du territoire ni toutes les forces armées. Le pays souffre de ses divisions internes et de son histoire marquée par des dominations étrangères, d’abord syrienne puis iranienne, qui l’ont déchiré et appauvri.

Le Hezbollah n’a aucune chance de conserver à la fois ses armes et son territoire, sans poursuivre sa guerre contre Israël, un mouvement que ce dernier a tenté à maintes reprises de neutraliser, d’entrer sur son territoire, de le quitter, sans jamais parvenir à le maîtriser.

Des populations prises au piège

Dans le Nord d’Israël, la population souffre : certains ont été contraints de quitter leur domicile, d’autres passent leurs nuits dans des abris ; le Liban, quant à lui, souffre également du déplacement de sa population chiite vers l’intérieur du territoire, tandis que les autres communautés religieuses et ethniques supportent de moins en moins le Hezbollah.

Un équilibre politique fragile

Le gouvernement libanais cherche une issue qui éviterait un conflit interne. Tandis qu’Israël n’acceptera aucun compromis mettant en danger sa sécurité face à des bombardements quotidiens.

Lire aussi : Liban-Israël : «accord pour lancer des négociations directes» lors des pourparlers à Washington

Le Liban dépasse aujourd’hui largement ses frontières ; c’est un atout majeur dans la grande guerre qui fait rage, où le plus puissant allié de l’Iran (le Parti de Dieu), engagé dans ce conflit, défend la République islamique avant même de défendre ses propres intérêts.

Sortir de l’impasse stratégique. Dépasser le refus du Hezbollah

Le refus du Hezbollah de reconnaître tout accord constitue le nœud du blocage. Le contourner frontalement est, pour l’heure, irréaliste ; il faut plutôt le reconfigurer en contrainte politique interne.

Deux leviers apparaissent :

  • Pression indirecte: renforcer l’État libanais (armée, institutions) pour réduire progressivement l’autonomie militaire du Hezbollah sans confrontation immédiate.
  • Coût stratégique croissant : faire comprendre que le maintien d’un statut armé autonome entraîne un isolement accru, y compris vis-à-vis de sa propre base sociale.

Le véritable objectif n’est pas une reddition immédiate, mais une érosion progressive de sa légitimité armée. Le paradoxe demeure, estiment certains analystes : stabiliser le Liban exige de limiter le Hezbollah, mais sans provoquer son effondrement brutal, au risque sinon d’ouvrir un conflit encore plus large, voire plus dangereux pour le pays.

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