(Rome, Paris, 10 juin 2026). De visite à Paris, le ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Raggi, a été auditionné ce mercredi par la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, avant d’être interrogé par Darius Rochebin sur la chaîne d’info LCI. Autant d’occasions pour Raggi de prouver que le ministère libanais des Affaires étrangères est redevenu libanais et de mettre la France face à ses contradictions
Devant la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, Joe Raggi a encore une fois prouvé que son ministère a définitivement tourné la page des ministres soumis à la tutelle étrangère, tantôt syrienne, tantôt iranienne, et toujours au diktat du Hezbollah. Fini le temps où cette milice terroriste et ses commanditaires à Damas et à Téhéran imposaient leur politique. Joe Raggi ressemble ainsi à ses prédécesseurs qui ont fait la gloire du Liban : Charles Malek, Ghassan Tueni, Fouad Boutros ou Elie Salem. Depuis près de quarante ans, le Liban n’avait plus de véritables ministres souverainistes.
Plus encore, Joe Raggi a réussi, devant les parlementaires français, à mettre la France et sa politique libanaise devant ses contradictions. Alors que Paris a toujours défendu la folle idée de distinguer l’aile politique du Hezbollah et son aile militaire, Raggi a eu le courage de rappeler que «le Hezbollah fait tout ce qu’il peut pour empêcher les négociations directes entre le Liban et Israël». Il a cependant affirmé que «pour l’Etat libanais, pour le gouvernement, c’est la seule voie pour essayer de voir comment régler le problème dans sa globalité», rappelant que l’option militaire avait prouvé son inefficacité. Selon lui, «les négociations directes restent la seule voie pour rétablir la paix au Liban». Il a démonté, pièce par pièce, le narratif de Paris, en affirmant que «la prétendue résistance menée par le Hezbollah n’a ni libéré Jérusalem, ni pu sauver Gaza, n’a même pas pu défendre le Liban. Au contraire, ça nous a précipité dans encore plus de violence, encore plus d’occupation».
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Tout en réclamant le retrait israélien du territoire libanais, Joe Raggi a fermement plaidé pour le désarmement du Hezbollah, non pas pour faire plaisir aux Etats-Unis, ni aux pays arabes, ni à la communauté internationale, mais parce qu’il s’agit d’une demande et d’une exigence purement libanaises. «Nous voulons que le Hezbollah, comme toutes les autres petites organisations qui lui sont alliées (…) soient désarmées pour que nous puissions enfin vivre dans un pays normal», a-t-il ajouté. Et pour justifier cette exigence libanaise, Raggi a rappelé ce que tout le monde sait déjà : «cela fait 40 ans que le Hezbollah est en train de noyauter toutes les institutions, l’administration, le secteur économique, les services de sécurité, la justice… et d’intimider publiquement les juges et les élus».
Plus tard dans la soirée, Raggi était l’invité de Darius Rochebin sur la chaine LCI. Il a répondu «très diplomatiquement» par l’affirmatif à la question de savoir si la France avait commis une erreur de faire la distinction entre une prétendue aile politique et une aile militaire du Hezbollah. Selon lui, le Hezbollah est «un ensemble». Il a affirmé que «la chute du régime iranien soulagerait d’abord le peuple iranien, les pays de la région, le monde entier, et les Libanais en seraient très heureux». Car, a-t-il expliqué, « le régime iranien a pris en otage le grand peuple iranien et sa civilisation, et a semé le chaos et la destruction dans tous les pays de la région et au-delà».
A la question de connaitre sa réaction à l’annonce de la mort de Hassan Nasrallah (ancien secrétaire général du Hezbollah tué en septembre 2024 par Israël), Raggi a eu le courage de répondre, sans langue de bois : «si je vous dis que j’ai versé une larme je serai menteur». Le ministre libanais a affirmé que «le peuple et le gouvernement libanais rêvent de paix, mais il faut réunir les conditions pour y parvenir», invitant ainsi Israël à œuvrer dans ce sens.
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Cette incursion de Joe Raggi sur la scène politique et médiatique françaises est d’une extrême importance. D’abord, parce qu’il a réussi à mettre Paris et sa classe politique devant leurs contradictions. Il a pris à contrepied la complaisance du président Emmanuel Macron à l’égard du Hezbollah. Il a surtout neutralisé le discours très populiste du président du groupe d’amitié France-Liban à l’Assemblée nationale, Monsieur Arnaud Le Gall, député LFI du Val d’Oise, qui ne cesse de répéter que «devant la faiblesse de l’armée libanaise, seul le Hezbollah peut défendre le Liban», et qui va encore enfumer certains Libanais et des amis du Liban à la Mairie du 15ème arrondissement, le 25 juin prochain, lors d’un colloque organisé par un collectif franco-libanais, un événement qui est très contesté par la diaspora libanaise qui déplore «le commerce lucratif fait sur le dos de sa cause et au détriment de ses objectifs».
Selon un observateur averti, «M. Le Gall fait semblant d’oublier que c’est le Hezbollah qui a mis ‘une ligne rouge’ devant l’armée lors de la bataille de Nahr El-Bared contre le groupe terroriste de Fateh el-Islam, l’été 2007, avant d’assassiner le chef des opérations de l’armée, le général François el-Hage, en décembre de la même année».
C’est le même Hezbollah qui avait aussi empêché la fourniture de matériel et d’armement à l’armée selon un contrat franco-saoudo-libanais de 3 milliards de dollars en 2013. Plus tard, c’est aussi le Hezbollah qui avait empêché l’armée d’achever les terroristes de Daech à Ersal et a évacué les terroristes vers la Syrie. Car, enfin de compte, le Hezbollah ne peut prospérer qu’en affaiblissant l’Etat et l’armée libanaise tel un champignon qui se greffe sur un arbre, souligne un autre observateur averti de la scène libanaise».
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L’importance des témoignages de Joe Raggi à Paris tient aussi du fait qu’ils interviennent au moment même où une délégation de LFI, conduite par M. Le Gall et comprenant Andrée Taurinya (députée de LFI la Loire) et Manon Aubry (députée européenne LFI) et la sulfureuse Rima Hassan (députée européenne LFI), se retrouve au Liban. Dans ses rencontres et ses communiqués, LFI n’a jamais évoqué le Hezbollah et la nécessité de le désarmer, conformément aux accords de Taëf (1989), à la Constitution qui en a découlé, aux résolutions 1559 (2004) et 1701 (2006) et aux décisions du gouvernement libanais d’oût 2025 et de mars 2026. Joe Raggi a la chance d’être en déplacement pour ne pas à recevoir cette délégation dont le seul objectif est de sauver le Hezbollah, de dénoncer Israël, de pratiquer son antisémitisme et de renflouer l’organisateur du voyage, le député Simon Abiramia.
Par Dario S.