(Rome, 10 juin 2026). Le spectre d’un embrasement régional ressurgit : frappes, contre-frappes et menaces croisées. Washington et Téhéran ont renoué avec la logique de l’escalade militaire dans la nuit. En réponse à l’abattage d’un hélicoptère Apache, les américains ont frappé des cibles militaires iraniennes près du détroit d’Ormuz. Téhéran a immédiatement attaqué plusieurs bases américaines à Bahreïn, au Koweït et la base d’al-Azraq en Jordanie, alors même que les négociations entre les deux pays semblent se poursuivre en coulisses
La réputation des deux ennemis est préservée, au prix d’une nouvelle nuit de guerre. Et peut-être aussi au détriment des espoirs d’un accord de paix, qui tardent à se concrétiser depuis des semaines. Les États-Unis ont en effet lancé une attaque contre l’Iran dans la nuit, concentrée dans le détroit d’Ormuz, en représailles à la destruction d’un hélicoptère Apache américain. Peu après, les Iraniens ont riposté, écrit Sabrina Bellosi dans l’agence «AGI».
Le président Donald Trump avait promis une «réponse décisive». Il ne pouvait pas laisser l’incident sans réaction, mais, parallèlement, des signaux rassurants émanaient de Washington quant à la volonté de poursuivre les négociations. Il en allait de même à Téhéran, où les Gardiens de la révolution iraniens annoncèrent avoir visé la Cinquième flotte américaine à Bahreïn et des sites au Koweït, et avoir détruit quatre objectifs sur la base d’al-Azraq en Jordanie. Ils laissèrent cependant fuiter des informations selon lesquelles des négociateurs empêchaient une réaction beaucoup plus sévère.
Une opération d’environ quatre heures
La mission déclenchée par le Pentagone dura environ quatre heures. Vers minuit, heure française, le Commandement central annonça avoir lancé des «frappes d’autodéfense contre l’Iran» à 23h00, heure française, à la demande de Trump, en «réponse proportionnée à l’agression injustifiée de l’Iran». À 3h00, toujours heure française, l’opération fut annoncée comme terminée par les autorités américaines.
Le bilan des frappes américaines et la riposte de Téhéran
Selon les informations disponibles, au moins trois vagues de bombardements se concentrèrent sur une vingtaine de cibles dans la région d’Ormuz. Les bases navales de Sirik et Jask, les défenses aériennes de Bandar Abbas et les batteries de missiles de Qeshm, dans le sud de l’Iran, furent frappées à plusieurs reprises.
«Les forces du CENTCOM ont frappé des défenses aériennes iraniennes, des stations de contrôle au sol et des sites radar de surveillance situés près du détroit d’Ormuz à l’aide de munitions de précision tirées par des chasseurs de l’US Air Force et de l’US Navy», a expliqué le Pentagone. Selon Téhéran, des cibles civiles ont également été touchées, notamment deux grands réservoirs alimentant en eau potable le district de Bamani et la ville de Kuhestak.
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«Nos puissantes forces armées ne laisseront aucune attaque ni menace sans réponse», a averti le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, sur la plateforme X dans la nuit. S’adressant aux États-Unis, il a ajouté : «Quittez notre région si vous voulez être en sécurité. L’histoire du Golfe persique compte de nombreux chapitres illustrant le triste sort des intrus étrangers qui s’y sont aventurés»
La riposte iranienne dans le Golfe
Les Pasdaran ont immédiatement riposté par des tirs de missiles et de drones contre des bases américaines : la Cinquième flotte à Bahreïn et des bases au Koweït et à al-Azraq en Jordanie. À 4h00, heure française, la partie iranienne a annoncé un cessez-le-feu, «suite à l’opération réussie menée par la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique, qui a frappé 21 cibles sur des bases aériennes et navales américaines dans la région et abattu un drone MQ-9 au-dessus du comté de Jam, dans la province méridionale de Boushehr», ont indiqué les Pasdaran.
Il reste toutefois difficile de déterminer si et quand les frappes ont réellement pris fin, étant donné que des tirs de DCA ont continué à être activés au Koweït et à Bahreïn plusieurs heures plus tard. Les Gardiens de la révolution ont également revendiqué un succès significatif : «utilisant leurs missiles à propergol solide Khyber Shikan à longue portée», les Pasdaran «ont pris pour cible et détruit quatre objectifs clés, dont des hangars de chasseurs F-35» à Al-Azraq. Amman, cependant, a annoncé avoir abattu cinq missiles et qu’il n’y avait eu aucun dégât. Les sirènes d’alerte ont retenti au moins deux fois à Bahreïn, et des systèmes antiaériens ont été mobilisés pour intercepter les missiles : au moins 16 explosions ont été signalées.
Diplomatie parallèle et tensions dans les capitales
Alors même que les affrontements se poursuivaient, des signaux rassurants émanaient des deux capitales quant à la stabilité des négociations. «Rien ne change quant à l’état actuel de l’accord», qui demeure «toujours à portée de main», a assuré une source de la Maison Blanche au portail Politico. Fait notable, Donald Trump, du moins dans un premier temps, n’a pas insisté sur cette escalade militaire, préférant commenter les élections primaires américaines sur son réseau «Truth Social».
Et depuis Téhéran, les Gardiens de la révolution ont clairement indiqué que leur riposte avait été volontairement limitée. «Certains membres de l’équipe de négociation, par erreur d’appréciation, insistent auprès du Conseil suprême de sécurité nationale pour ne pas répondre de manière écrasante à l’agression ennemie sur le sol iranien, sous prétexte de la proximité d’un accord de paix !», ont-ils expliqué. Il s’agissait d’une allusion manifeste, sans le nommer, au négociateur en chef, le président du Parlement, Mohammed Ghalibaf.
Une escalade toujours possible
Ce qui est certain, c’est que les escarmouches ne sont peut-être pas terminées. «Les forces américaines restent vigilantes et prêtes à se défendre contre toute agression injustifiée de l’Iran», a averti le CENTCOM.
«Nous sommes prêts à infliger une réponse écrasante et décisive à toute nouvelle agression de l’ennemi, et les conséquences d’un tel acte seront incomberont à l’ennemi américain», a renchéri le porte-parole des Pasdaran.
Un Moyen-Orient sous haute tension
Au-delà de l’échange de frappes entre Washington et Téhéran, c’est l’ensemble du Moyen-Orient qui apparaît aujourd’hui au bord d’un nouvel embrasement. De la région du détroit d’Ormuz au Yémen, où les alliés Houthis de l’Iran continuent de menacer les voies maritimes stratégiques, en passant par l’Irak et le Liban, chaque foyer de crise semble désormais relié à une même dynamique d’escalade régionale.
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Ankara, quant à elle, a exprimé son inquiétude. Le président Erdoğan, a mis en garde contre une extension du conflit, estimant que les opérations militaires menées au Liban et dans la région menacent désormais la stabilité de l’ensemble du Moyen-Orient et risquent d’entraîner de nouveaux acteurs dans la confrontation.
Quant au Liban, ce pays demeure sans doute l’un des maillons les plus faibles de cette chaîne de tensions. Affaibli par des mois de guerre et par les pertes subies au sein de sa direction militaire et politique, le Hezbollah conserve néanmoins une capacité de nuisance suffisante pour peser sur les équilibres régionaux.
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Malgré les appels répétés du président libanais Joseph Aoun et le chef du gouvernement Nawaf Salam à privilégier la voie diplomatique et à mettre fin aux ingérences extérieures, le mouvement chiite continue de rejeter les initiatives de cessez-le-feu soutenues par Beyrouth et de s’aligner sur les priorités stratégiques des enturbannés à Téhéran.
(Roma, par Dario S.)