(Rome, 03 juin 2026). Téhéran utiliserait la perspective de négociations comme un levier de pression, tout en poursuivant son soutien militaire au Hezbollah et en maintenant ses ambitions régionales et nucléaires. Dans cette optique, le cessez-le-feu apparaît moins comme une solution que comme un élément d’une confrontation plus vaste entre l’Iran, Israël et les États-Unis. Donald Trump a contraint Benyamin Netanyahu à un cessez-le-feu, condition auquel l’Iran soumet sa disponibilité à négocier, jugeant crédibles les revendications des ayatollahs
Il est difficile de ne pas remarquer l’ironie mordante suscitée par ce «fucking crazy» que, selon certains récits médiatiques, Trump aurait adressé à Netanyahu. Quel spectacle ! Les deux «méchants», déjà brûlés en effigie dans les esprits, les cœurs, les manifestations de rue et les médias, offrent leur représentation : le plus puissant couvre d’injures son allié subalterne et lui dit exactement ce que les protagonistes du prime time veulent entendre : «Tout le monde te déteste. Je te l’avais bien dit», écrit Fiamma Nirenstein dans le quotidien «Il Giornale».
Le cessez-le-feu imposé par Trump
Revenons-en aux faits. Trump a contraint Netanyahu à un cessez-le-feu, condition à laquelle Téhéran subordonne sa disponibilité à négocier, jugeant crédibles les revendications des ayatollahs. Depuis le 02 mars, date du début de la guerre pilotée par l’Iran, le Hezbollah a tiré 5.500 missiles contre l’armée israélienne et 2.200 contre la population civile, sans faire de distinction, malgré le cessez-le-feu du 16 avril. Écoles et commerces ont fermé leurs portes, activités économiques paralysées, l’agriculture ravagée, et 26 soldats et deux civils ont perdu la vie, dont 14 depuis l’entrée du cessez-le-feu en vigueur. Dimanche, Netanyahu avait donc décidé d’attaquer le centre du terrorisme à Dahyeh, dans la banlieue sud de Beyrouth et fief historique du Hezbollah.
Les calculs de l’Iran
Netanyahu a accepté d’y renoncer, car Trump l’a accusé de compromettre ses négociations avec l’Iran, lequel conditionne un cessez-le-feu avec le Hezbollah à cette opération. Cependant, les mandataires de Téhéran continuent de tirer, et Trump ne parviendra pas à obtenir de l’Iran même une trêve significative. L’Iran continuera à ordonner au Hezbollah de bombarder les Communautés de Kiriat Shmona, Manara, Chanita et Shlomi (villes et villages agricoles, tous bombardés hier après le nouveau cessez-le-feu). Ceci s’explique par le fait que l’Iran n’a aucun intérêt philosophique ou stratégique à la paix : au contraire, le cessez-le-feu n’est pour lui qu’une pièce sur l’échiquier de la guerre, autrement dit, un instrument de chantage contre Trump. Ce dernier, préoccupé par diverses échéances politiques et symboliques, entre autres, la Coupe du monde, les élections de mi-mandat, recherche activement une accalmie.
Une guerre de propagande mondiale
Mais depuis le 7 octobre, une grande partie se joue sur cette scène, une propagande inédite et habile, qui a bouleversé la politique internationale : l’Iran, autrefois perçu comme un régime autoritaire gouvernant une population opprimée et torturée, et principal acteur du terrorisme international, profitant désormais de la carte de la popularité anti-Trump, cherche à se positionner comme une puissance internationale positive, forte et cohérente. La destruction d’Israël demeure son objectif clair. Et cette stratégie fonctionne.
Le Hezbollah comme instrument de pression
L’Iran utilise le Hezbollah pour faire chanter l’Occident à travers l’idée d’une paix impossible, afin de pousser Israël à entrer en conflit avec les États-Unis. Concrètement, Israël ne renoncera pas à ses droits civiques, puisqu’il doit assurer la protection de ses citoyens. Il cherchera donc à poursuivre la destruction des tunnels, des armes et de l’organisation du Hezbollah jusqu’au- Litani et au-delà, mais n’ouvrira le feu que s’il est attaqué. Or, cette stratégie, menée au bord d’un embrasement mondial potentiellement catastrophique, viserait à obtenir les objectifs recherchés par Téhéran.
La question nucléaire reste ouverte
Pendant ce temps, le régime réorganise son arsenal de missiles. Quant à la remise d’uranium enrichi, point clé de la stratégie de Trump au même titre que la question d’Ormuz, le sujet n’a pratiquement pas été évoqué hier. Le thème sous-jacent est la menace de guerre que brandit l’Iran, et que, selon l’auteure, aucun accord conclu avec le régime des ayatollahs ne pourra jamais véritablement écarter.
Le cessez-le-feu : un rêve irréalisable ?
Une source militaire italienne estime que «tant que les acteurs régionaux poursuivront leurs objectifs stratégiques incompatibles et que les mandataires armés continueront d’être soutenus et réarmés, toute accalmie risque de n’être que temporaire».
Le cessez-le-feu, un instrument au service de la stratégie iranienne
Selon plusieurs experts régionaux, le cessez-le-feu ne constitue pas une avancée vers la paix, mais plutôt un épisode supplémentaire d’une stratégie (traditionnelle) iranienne de pression et de déstabilisation. Tant que Téhéran conservera ses mandataires régionaux et poursuivra ses objectifs stratégiques, toute trêve restera fragile et susceptible d’être remise en cause.