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L’Iran met en garde Trump contre toute «ingérence». Les protestations ravivent les tensions avec Washington

(Rome, 02 janvier 2026). Téhéran a adressé un avertissement direct à Donald Trump après ses déclarations sur une possible intervention américaine. Les protestations contre la crise économique, qui ont déjà fait sept morts et de nombreux blessés, ravivent les tensions entre l’Iran et les États-Unis et inquiètent pour la stabilité régionale

Téhéran a adressé un avertissement direct au président américain Donald Trump, l’exhortant à «faire attention» à toute hypothèse d’intervention américaine en Iran. Ce message a été transmis par Ali Larijani, conseiller du Guide suprême Ali Khamenei, et constitue la réponse la plus ferme à ce jour aux propos de Trump ces dernières heures, écrit Francesca Salvatore dans «Il Giornale».

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Le président américain avait affirmé que Washington pourrait intervenir si les autorités iraniennes réprimaient violemment les manifestations en cours dans le pays, déclarant être prêt à réagir si des manifestants étaient tués lors des rassemblements. «Si l’Iran tire sur des manifestants pacifiques et les tue, comme il en a l’habitude, les États-Unis d’Amérique viendront à leur secours», a écrit le président américain dans un message publié sur Truth. «Nous sommes prêts à intervenir et prêts à agir», a-il précsé.

Ce message visait à exercer une pression politique, mais à Téhéran, il a été perçu comme une menace directe contre la souveraineté nationale. Selon Larijani, toute ingérence américaine ne se limiterait à frapper l’Iran, mais risquerait aussi de déstabiliser l’ensemble du Moyen-Orient et de nuire aux intérêts américains dans la zone.

Ces derniers jours, plusieurs villes iraniennes ont été le théâtre de manifestations, dégénérant rapidement en violents affrontements avec les forces de sécurité. Les manifestations, qui ont débuté fin décembre en raison de la détérioration des conditions économiques et de la dévaluation record de la monnaie nationale, se sont étendues à de nombreux centres urbains, dont Téhéran, Ispahan, Chiraz et Machhad.

Selon les données recueillies par les médias internationaux et les organisations de défense des droits humains, au moins sept personnes, manifestants et membres des forces de sécurité confondus, ont trouvé la mort lors des affrontements, tandis que des dizaines d’autres ont été blessées. Les autorités iraniennes ont confirmé plusieurs décès, dont celui d’un policier, et ont annoncé plus de trente arrestations pour des délits liés aux troubles. Dans le Lorestan, l’une des provinces les plus touchées, au moins trois personnes ont été tuées et 17 autres blessées lors d’affrontements près d’un commissariat. Le Centre «Abdel-Rahman Boroumand» pour les droits de l’homme en Iran, basé à Washington, a signalé des cas où la police a ouvert le feu directement sur les manifestants.

Il s’agit des premiers décès confirmés depuis le début de la vague actuelle de protestations, la plus importante depuis les affrontements de 2022 qui ont suivi la mort de Mahsa Amini. Les manifestations, initialement axées sur le coût de la vie, l’inflation et l’effondrement du rial, ont progressivement pris une tournure plus politique, avec notamment des slogans dénonçant l’ensemble du système de pouvoir.

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C’est dans ce contexte que les déclarations de Trump ont eu un fort impact politique. Le président américain a évoqué la possibilité d’une intervention des États-Unis en réponse à une répression violente, sans toutefois préciser comment ni par quels moyens une telle intervention pourrait se concrétiser. À Téhéran, ces propos renforcent la narration d’une pression extérieure constante et servent à fédérer le front intérieur contre ce qui est qualifié d’ingérence étrangère.

Cette confrontation verbale est exacerbée par des précédents dans les relations entre Washington et Téhéran.

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Ces derniers mois, des frappes américaines contre des objectifs liés au programme nucléaire iranien ont déjà eu lieu, suivies de ripostes indirectes de Téhéran par l’intermédiaire de ses alliés régionaux et à travers un bombardement direct d’une base américaine au Qatar.

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La question nucléaire demeure ainsi le principal facteur d’instabilité stratégique, susceptible d’amplifier toute crise interne et de la transformer rapidement en un enjeu de sécurité régionale.

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La confrontation verbale avec Washington souligne non seulement la détermination de Téhéran à défendre sa souveraineté, mais rappelle aussi le poids (supposé) stratégique de Téhéran au Moyen-Orient. «Chaque crise interne devient un levier dans son influence régionale, où ses alliés et réseaux jouent un rôle clé, capable d’étendre les tensions bien au-delà de ses frontières, transformant des tensions locales en enjeux géopolitiques majeurs», déclare un analyste régional.

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Ainsi, la fermeté de Téhéran face à Washington ne se limite pas à la scène interne : elle se manifeste aussi dans son soutien actif au Hezbollah, qui refuse toute idée de désarmement malgré l’accord conclu avec Israël. Cette posture met en difficulté le gouvernement libanais, fragilise davantage la stabilité régionale et montre comment chaque crise interne iranienne peut résonner à l’échelle du Moyen-Orient.

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