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La fourniture de drones à la Russie pourrait renforcer l’Iran

(Paris, 18 juillet 2022). Les États-Unis divulguent davantage d’informations sur la vente de drones iraniens à la Russie. Téhéran cherche à renforcer sa dimension internationale (politique, militaire et commerciale)

Une délégation russe s’est rendue dans un aéroport du centre de l’Iran au moins deux fois au cours du mois dernier pour tester des drones armés. L’information, filtrée par des responsables américains sur CNN, fait suite à la dénonciation de Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale, qui a publiquement déclaré la semaine dernière que Téhéran aiderait la Russie dans l’invasion ukrainienne en lui envoyant des armes pour combler les lacunes opérationnelles.

Bien qu’il existe des perplexités techniques (il n’est pas certain que l’Iran soit capable de faire face à des commandes importantes telles que celles dont Moscou a besoin) il est possible que quelque chose se remue, nous expliquent les journalistes Emanuele Rossi e Gabriele Carrer dans les colonnes du quotidien italien «Formiche». L’Italie pourrait en effet être un témoin direct du besoin russe de drones : la semaine dernière, la Guardia di Finanza (la Garde des finances, est la police douanière et financière italienne. C’est un corps qui fait partie des forces armées italiennes mais dépend directement du ministre de l’Économie et des Finances, ndlr) et l’Agence des douanes ont découvert et bloqué des conteneurs arrivés dans le port de Gioia Tauro (un port de commerce situé sur les rives de la mer Tyrrhénienne, en Calabre) dont le contenu, des drones pour être précis, pourrait être au centre d’une triangulation avec laquelle la Russie aurait tenté d’importer du matériel « made in USA » destiné à être utilisé dans la guerre en Ukraine.

Il est tout aussi possible que les États-Unis veuillent souligner à quel point l’alignement se renforce entre la Fédération de Russie et la République islamique – souligné dans la propagande qui a accompagné la récente visite en Iran de Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères.

Au cours de cette semaine, le président russe Vladimir Poutine se rendra également à Téhéran pour rencontrer son homologue iranien Ebrahim Raïssi. Le Turc Recep Tayyp Erdogan sera également présent, et Washington insiste également pour passer le message selon lequel l’«axe du mal» ne peut faire l’objet d’une action de la part d’un pays allié comme la Turquie (sauf si des mandats spécifiques sont confiés à Ankara, ce qui n’est pas toujours le cas.

L’Iran, explique CNN, a commencé à présenter le fonctionnement des drones Chahid-191 et Chahid-129 aux Russes accueillis à l’aéroport de Kachan, au sud de Téhéran, en juin. La Maison Blanche avait parlé d’un cours de formation ainsi que d’un approvisionnement – dont la Russie aurait besoin à la fois pour pallier une pénurie sur le champ de bataille et pour garantir une certaine forme d’approvisionnement en équipement technologique alors qu’elle est frappée par des sanctions. « Nous avons des informations selon lesquelles le gouvernement iranien s’apprête à fournir à la Russie plusieurs centaines de drones, dont certains ayant la capacité d’être armés », ont-ils déclaré à Washington.

A lire : «La Russie achète des drones en Iran», voici les appareils Chahid-191 et Chahid-129 qui intéressent Moscou. Vidéo

Les Chahid, l’une des cinq familles de drones produites par l’Iran (les autres sont les Fotros, Ababil, Saeqeh et Mohajer), sont des véhicules aériens sans pilote (UAV) assez connus, très médiatisés par les Iraniens. La forme reprend celle des «Predators» américains et ils sont produits (depuis 2012) par HESA, la grande entreprise aérospatiale d’Ispahan construite sur les terres de la famille Boroumand à la fin des années 70 – quand les relations avec les USA étaient encore au beau fixe, tant de sorte que l’usine a été fabriquée par Textron de Providence, (Rhode Island-USA), pour produire des hélicoptères Bell.

L’Iran n’a ni confirmé ni démenti les déclarations américaines sur l’approvisionnement, le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian soulignant l’existence de « divers types de collaboration avec la Russie, y compris dans le secteur de la défense ». Amir-Abdollahian, qui, à l’époque de la dénonciation américaine de l’aide iranienne à la Russie, était en visite en Italie, a également déclaré que Téhéran « n’aidera aucune des parties impliquées dans cette guerre, car nous pensons qu’il faut y mettre fin ».

L’Iran a déjà fourni des drones de toutes sortes aux milices chiites qu’il utilise comme vecteurs d’influence régionaux (au Liban le Hezbollah, en Irak, en Syrie et aux Houthis yéménites) ainsi qu’au Venezuela et en Éthiopie. Comme dans le cas de la Turquie, les fournitures d’avions sans pilote sont un vecteur de connexions et de relations internationales, car elles prennent une importance croissante dans les conflits. Mais ce qui pourrait se passer avec Moscou serait un saut quantique, à la fois comme client et comme contexte (une guerre ouverte en Europe).

Le secteur des drones iraniens, qui comprend à la fois des moyens de grande envergure et des plus petites tailles, utilisés pour des missions kamikazes (par exemple le Chahid-136), est en grande partie géré par le Sepâh, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), autrement dit la composante théocratique des forces armées iraniennes. Les soi-disant Pasdaran les ont utilisés à plusieurs reprises, notamment pour attaquer le trafic commercial le long de l’axe du Golfe Persique et de la mer d’Oman (et de la mer Rouge).

La semaine dernière, l’Iran a annoncé avoir créé sa première division de drones placés à bord d’un navire dans l’océan Indien, au large du golfe d’Oman. « Toutes sortes de drones à la pointe de la technologie produits par l’armée et le ministère de la Défense ont survolé les eaux de l’océan Indien pour démontrer leurs capacités », a déclaré la télévision d’Etat.

Il s’agit d’une présence qui a une valeur géopolitique, car (comme le dit Abdolrahim Mousawi, chef d’état-major d’Artesh (l’armée régulière) – l’Iran doit être prêt (à noter que ce déploiement ne sera pas géré par le Sepâh, mais par les forces armées régulières). Mais aussi d’une valeur commerciale : faire connaître l’industrie des drones peut être utile à l’ouverture du marché asiatique à Téhéran également, à condition que tout acheteur veuille courir le risque de se retrouver sous le coup des sanctions américaines.

En octobre 2021, les États-Unis ont imposé des sanctions au programme de drones iranien, l’accusant de fournir la technologie aux milices alliées dans la région. Une décision qui a également rassuré les partenaires américains tels qu’Israël, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Lors de la récente visite du président américain Joe Biden au Moyen-Orient, le système israélien de défense aérienne Iron Beam, qui utilise des lasers pour intercepter des drones et des missiles, a été dévoilé.

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