(Rome, 03 novembre 2026). Située au cœur du détroit d’Ormuz, à environ 14 milles de Bandar Abbas, l’île iranienne de Qeshm occupe une position stratégique majeure. Véritable verrou du golfe Persique, elle revêt une importance militaire, économique et énergétique considérable. Dans un contexte de tensions entre Téhéran et Washington, elle joue un rôle crucial dans les tentatives de Téhéran d’affirmer son contrôle sur le trafic maritime dans le détroit, l’un des passages maritimes les plus sensibles de la planète
Des raids américains «limités»
Les forces américaines ont mené des raids ciblés contre l’île iranienne de Qeshm, située près du détroit d’Ormuz, non loin de la ville portuaire de Bandar Abbas, au large de la côte sud de la République islamique. Trois officiers américains ont confirmé l’information à CNN, après des rapports relayés par les médias iraniens et dans le «Wall Street Journal», à quelques heures seulement des élections de mi-mandat («Midterms») aux États-Unis, rapporte Piero Spinucci de l’agence italienne «AKI».
Le verrou stratégique sur le détroit d’Ormuz
L’île de Qeshm, qui a déjà été dans le viseur des États-Unis par le passé, se trouve à peine à 14 milles de Bandar Abbas. Comme le souligne le média américain, elle est cruciale pour les tentatives de Téhéran d’affirmer son contrôle sur le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. À l’entrée du détroit, elle abrite, selon le journal, un vaste site de missiles souterrain, une base navale ainsi qu’une importante usine de dessalement.
Une succession d’opérations militaires contre l’Iran
L’attaque contre l’île de Qeshm s’inscrit dans un contexte de confrontation militaire déjà engagé entre Washington et Téhéran. Depuis le lancement de l’opération militaire américano-israélienne contre l’Iran, le 28 février 2026, les frappes ont visé plusieurs catégories d’objectifs stratégiques, notamment des infrastructures de commandement, des installations de défense aérienne, des sites de missiles ainsi que des moyens navals iraniens.
A lire : Les cibles iraniennes des nouveaux raids américains : des stocks d’uranium à Ormuz
Le 23 mars 2026, les tensions se sont également cristallisées autour des infrastructures énergétiques iraniennes. Donald Trump avait alors menacé de frapper les centrales électriques du pays si l’Iran ne rétablissait pas la libre circulation dans le détroit d’Ormuz, avant de suspendre temporairement ces frappes annoncées, en invoquant des discussions avec Téhéran. Cette séquence illustre l’imbrication des enjeux militaires, énergétiques et diplomatiques dans le conflit.
L’île et son site «missilistique» souterraine
D’une superficie d’environ 1.400 kilomètres carrés, et surnommée «l’île longue», elle est considérée comme la plus grande île de la zone du détroit d’Ormuz. Autrefois, comme le signalait «Al Jazeera» en mars dernier, quelques jours après le début des opérations américaines et israéliennes contre l’Iran fin février, elle était une destination prisée des touristes, qui s’y pressaient pour admirer ses merveilles naturelles. Mais depuis des mois, l’attention se porte désormais sur ce qu’elle dissimulerait : la «cité souterraine des missiles» de l’Iran.
D’autres installations nucléaires iraniennes également dans le viseur
Autre étape importante de cette campagne militaire : les infrastructures nucléaires iraniennes ont également été visées par les frappes américano-israéliennes. Les installations de Natanz et de Fordow, deux piliers du programme d’enrichissement de l’uranium de Téhéran, figurent parmi les sites concernés.
A lire : Les sites stratégiques du nucléaire iranien… de Fordow à Natanz
À Natanz, les frappes le 1er et 2 mars ont notamment endommagé les accès à l’installation souterraine d’enrichissement. À Fordow, site particulièrement sensible en raison de ses installations profondément enfouies sous la montagne, les accès et les routes menant au complexe ont également été endommagés lors des opérations de mars dernier. Ces installations occupent une place centrale dans le programme nucléaire iranien.
Une île «porte-avions insubmersible»
L’île, qui compte 148.000 habitants, en majorité sunnites, selon des données rapportées en mars par Al Jazeera, est devenue une véritable forteresse en première ligne ; la chaîne satellitaire l’a d’ailleurs décrite, ces derniers mois, comme le «porte-avions insubmersible» de l’Iran. Des analystes, cités par la chaine, l’ont présentée comme une plateforme au service de la puissance navale «asymétrique» iranienne. Hassan Jouni, un général libanais à la retraite également cité par Al Jazeera en mars, a évoqué une «cité des missiles» souterraine.
Une opération «de nature défensive»
Selon des sources de CNN, il s’agirait d’une opération de nature défensive, menée pour protéger les moyens américains dans la région. Un officier a fait état d’une «mesure défensive», précisant que «les Iraniens utilisent des missiles sol-air contre des moyens américains». En mars dernier, l’Iran avait accusé les États-Unis d’avoir mis hors service «l’une des usines de dessalement» situées sur l’île de Qeshm.
Du Liban à l’Iran : la destruction des infrastructures souterraines comme enjeu militaire
La destruction des installations iraniennes soulève également la question de l’efficacité des frappes de Tsahal contre les infrastructures militaires et stratégiques enfouies sous terre. Un précédent spectaculaire a été observé au Liban, le 10 septembre dernier, lorsque l’armée israélienne a procédé à la destruction d’un vaste complexe souterrain géré par le Hezbollah, sous la crête d’Ali al-Taher, dans la région de Nabatiyé.
Cet épisode illustre les capacités de destruction que peuvent atteindre des opérations militaires ciblant des infrastructures profondément enfouies. Dès lors, une interrogation se pose concernant les installations iraniennes de Natanz et de Fordow, elles aussi conçues pour résister aux bombardements et protéger des équipements sensibles sous terre.
La question est désormais de savoir si les opérations américaines pourraient produire des dommages structurels comparables sur les infrastructures stratégiques iraniennes, ou si leur objectif demeure principalement de neutraliser les accès, les équipements et les capacités opérationnelles de ces installations.
Les 40.000 bombes américaines livrées à Israël
Un élément mérite d’être mis en lumière : la livraison de 40.000 bombes à Israël sont-elles destinées à l’Iran ?
Sur ce thème : L’administration Trump s’apprête à autoriser une vente à Israël de 40.000 bombes pour un montant de 2,8 milliards de dollars
Cette livraison constitue un signal important du soutien militaire de Washington à son allié israélien. Elle ne signifie cependant pas automatiquement que Tsahal sera chargé de poursuivre seul la destruction des infrastructures iraniennes. L’hypothèse d’une campagne conjointe, dans laquelle les États-Unis fourniraient une partie des moyens stratégiques et Israël participerait directement aux opérations aériennes, reste une possibilité à examiner. Un détail apparaît néanmoins clairement : la coordination militaire entre Washington et Tel-Aviv constitue un élément central de leur stratégie face au régime des Ayatollahs.