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Les cibles iraniennes des nouveaux raids américains : des stocks d’uranium à Ormuz

(Rome, 23 mai 2026). Alors que les négociations sur le nucléaire iranien piétinent, Donald Trump envisagerait de nouvelles frappes militaires contre l’Iran aux côtés d’Israël. Des infrastructures énergétiques aux stocks d’uranium enrichi, en passant par les sites de missiles, du détroit d’Ormuz et certains hauts responsables iraniens, plusieurs cibles stratégiques seraient à l’étude d’après le New York Times. Entre-temps, Trump a discuté des options militaires dans le Bureau ovale avec le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth

Centrales électriques, installations énergétiques, sites de missiles le long du détroit d’Ormuz, dépôts souterrains d’uranium enrichi à Ispahan, et même les nouveaux dirigeants iraniens : autant de cibles potentielles que le président américain Donald Trump envisage de frapper en cas de reprise des opérations militaires contre l’Iran, conjointement avec Israël, comme le rapporte l’agence «AGI».

La révélation du New York Times : frappes possibles contre des centrales électriques, des champs pétroliers, des routes et des ponts

Selon le New York Times, Donald Trump a discuté vendredi matin, dans le Bureau ovale, des options militaires possibles avec le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, alors que les négociations sur le programme nucléaire iranien et le blocage du détroit d’Ormuz semblent au point mort.

Parmi les scénarios envisagés figure une nouvelle campagne contre le secteur énergétique iranien, avec des attaques visant des centrales électriques, des usines de dessalement, des champs pétroliers, des routes, des ponts et d’autres infrastructures soupçonnées d’être liées aux Gardiens de la révolution. D’après des responsables du Pentagone cités par le journal, les cibles approuvées ont des «liens évidents» avec les Gardiens de la révolution, et l’on estime que frapper ces installations pourrait accroître la pression sur les dirigeants iraniens.

La question des sites de missiles

Un autre point crucial concerne les sites de missiles iraniens, notamment le long du détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transitait environ un cinquième du pétrole mondial avant la guerre. Durant le conflit, les États-Unis avaient déjà frappé plusieurs positions iraniennes. Cependant, selon des évaluations des services de renseignement citées par le New York Times, l’Iran a repris le contrôle de 30 des 33 sites de missiles situés le long du détroit, tandis qu’environ 90 % des installations souterraines de stockage et de lancement de missiles dans le pays sont redevenues «partiellement ou totalement opérationnelles».

Entre démonstration de force et stratégie de provocation

En affirmant avoir «repris le contrôle de 30 des 33 sites de missiles» le long du détroit d’Ormuz, Téhéran cherche autant à afficher sa résilience qu’à envoyer un message politique et militaire à Washington. Cette communication s’inscrit dans une logique de démonstration de force classique : montrer que l’appareil stratégique iranien reste opérationnel malgré les frappes américaines et israéliennes.

Mais cette posture, estiment plusieurs analystes, peut aussi relever d’une stratégie plus risquée : provoquer le «géant» américain afin de pousser Washington à une réaction plus brutale, susceptible ensuite d’être exploitée par le régime iranien sur les plans régional et intérieur. L’histoire récente offre un précédent comparable : celui de Saddam Hossein, qui avait publiquement affirmé disposer du «vecteur nécessaire» à son programme balistique, contribuant ainsi à alimenter l’escalade internationale qui conduira à l’intervention contre l’Irak.

Attaque contre les stocks d’uranium

Parmi les options les plus sensibles envisagées par Trump figure une attaque directe contre les stocks d’uranium hautement enrichi entreposés sur le site souterrain d’Ispahan. «Nous l’aurons», a déclaré Trump jeudi, en faisant référence aux matières nucléaires iraniennes. «Nous n’en avons pas besoin et nous n’en voulons pas. Nous le détruirons probablement après l’avoir récupéré, mais nous ne leur laisserons pas l’avoir».

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En coulisses, l’administration évaluerait l’utilisation de bombes anti-bunker de nouvelle génération pour détruire ou enfouir davantage les matières nucléaires stockées dans les bunkers souterrains. Auparavant, les États-Unis et Israël avaient élaboré un plan visant à récupérer physiquement l’uranium par le biais d’un raid de commando, plan que Trump a ensuite abandonné en raison des risques de pertes humaines importantes et des dangers liés à la manipulation de ce matériau.

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Possibilités d’attaques contre les dirigeants iraniens

Enfin, l’option d’une attaque directe contre les dirigeants iraniens reste d’actualité. Israël a déjà éliminé de nombreux responsables iraniens et des figures liées au programme nucléaire lors de raids précédents. Trump aurait salué la mort du Guide suprême iranien Ali Khamenei et, selon le New York Times, a manifesté une irritation croissante envers le nouveau guide, Mojtaba Khamenei, le qualifiant d’«inacceptable» et de «poids plume». Le président américain aurait également proféré des menaces voilées contre Mohammad Bagher Ghalibaf, en affirmant que «nous savons où il habite. Disons-le comme ainsi».

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  • Frappes ciblées : jusqu’où peut aller Washington ?

Reste une question centrale : les États-Unis et Israël sont-ils réellement prêts à franchir le seuil d’une campagne d’éliminations ciblées contre les plus hauts responsables du régime iranien ?, s’interroge une source régionale proche du dossier.

Si Israël a déjà démontré sa capacité à frapper des figures clés du programme nucléaire et sécuritaire iranien, une attaque directe contre le sommet du pouvoir représenterait un changement d’échelle majeur. Éliminer des dirigeants politiques ou religieux pourrait certes désorganiser temporairement le régime, mais le risque d’embrasement régional serait insignifiant face à la machine de guerre américano-israélienne.

  • Le Hezbollah pourrait-il être entraîné dans le même scénario ?

Le Hezbollah reste l’un des principaux relais stratégiques de l’Iran au Moyen-Orient. À ce titre, si une confrontation directe entre Washington, Israël et Téhéran devait s’intensifier, le mouvement chiite libanais serait difficilement tenu à l’écart.

  • Un destin lié à celui de Téhéran ?

Pour de nombreux observateurs et analystes régionaux, le Hezbollah pourrait difficilement échapper au sort de ses parrains iraniens si le régime des mollahs venait à être décapité. Le mouvement chiite libanais dépend de Téhéran pour son financement, son armement, sa formation militaire et sa profondeur stratégique.

Dans cette lecture, une offensive visant directement les centres de pouvoir iraniens ne se limiterait pas au territoire iranien : elle chercherait aussi à neutraliser l’ensemble de «l’axe de résistance» construit par la République islamique au fil des décennies. Le Hezbollah apparaîtrait alors comme une cible naturelle, voire incontournable.

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