(Rome, 08 juillet 2026). En accueillant un nouveau cycle de négociations directes entre Israël et le Liban, Rome s’engage dans une médiation diplomatique aussi sensible que stratégique. Si les discussions visent à consolider un cessez-le-feu encore fragile, la diplomatie du gouvernement Meloni entend également saisir cette occasion pour affirmer son rôle au Levant, dans une région où la stabilité constitue un enjeu majeur pour ses intérêts politiques, sécuritaires et économiques
Rome accueillera un nouveau cycle de pourparlers directs entre Israël et le Liban les 15 et 16 juillet, destiné à consolider l’accord de cessez-le-feu conclu le 26 juin, un accord qui a engagé Beyrouth et Tel-Aviv sur la voie ardue d’une désescalade bilatérale. Ce dialogue sous haute tension, mené au niveau des ambassadeurs, se déroulera dans un contexte marqué par des obstacles majeurs à la paix, écrit Andrea Muratore dans son analyse dans le portail italien «Inside Over».
Une médiation à haut risque
D’une part, les négociations se sont, jusqu’à présent, déroulées de manière asymétrique : le Liban a, d’une part, négocié chez le principal allié d’Israël, les États-Unis, et a signé l’accord après avoir subi d’importants dommages matériels ainsi que l’occupation d’une partie de son territoire méridional. De l’autre, les milices chiites du Hezbollah n’ont pas reconnu la trêve, laissant à Tel-Aviv une marge de manœuvre pour poursuivre ses opérations à leur encontre.
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Par conséquent, associer Rome à cet effort de médiation comporte un risque politique réel. Toutefois, ce risque pourrait s’avérer calculé si cette médiation accélérée aboutissait à un compromis acceptable entre les mémorandums actuellement contradictoires qui encadrent la fin des hostilités en Iran comme au Liban. En outre, pour l’Italie, il s’agit d’une opportunité de jouer un rôle de soutien pour apaiser les tensions au Levant, devenu un enjeu majeur de sa politique étrangère en Méditerranée et au Moyen-Orient.
Le Liban, pays toujours sous fortes tensions
Le point de départ est un statu quo critique. Le Liban considère l’accord comme une étape utile pour rétablir sa souveraineté, actuellement fragile en raison d’un manque d’outils politiques et d’une «puissance de coercition» digne de ce nom. Israël affirme ne nourrir aucune ambition territoriale, tout en occupant une vaste partie du sud du pays. La mission de la FINUL, dont le retrait est programmé et qui comprend un contingent italien important, dispose actuellement d’une marge de manœuvre très limitée.
Le Hezbollah, quant à lui, poursuit une stratégie ambigüe, oscillant entre le rejet du cessez-le-feu et la volonté de préserver son influence sous la protection renouvelée de son parrain : le régime iranien. Tel-Aviv et Téhéran, ennemis lors de deux guerres en 2025 et 2026, se retrouvent, de fait, «alliés», chacun à sa manière, dans la fragmentation de la souveraineté et de la stabilité libanaises.
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La stabilité du Liban, un intérêt stratégique pour Rome
Pour l’Italie, un Liban stable est un facteur essentiel de désescalade dans une région particulièrement volatile. L’intérêt de l’Italie réside dans la prévention de nouveaux foyers de tensions susceptibles de déstabiliser la région. Récemment, par exemple, la Turquie, rivale stratégique d’Israël, s’est récemment invitée dans l’arène libanaise en condamnant les manœuvres de Tel-Aviv. Voir le Liban, après Gaza, Chypre, la Somalie et la Syrie, devenir à son tour le théâtre d’une confrontation indirecte entre puissances régionales, représenterait un défi majeur pour les intérêts italiens.
Par ailleurs, un éventuel retrait de la FINUL, qui constitue une priorité pour Rome, doit être soigneusement planifié pour ne pas mettre en péril le contingent déployé sur place, assurée actuellement par la brigade «Sassari» de l’armée de terre. Enfin, la reconstruction du Liban constitue une priorité pour Rome en matière de coopération politique et économique. Comme l’a déclaré Fabrizio Barcelli, ambassadeur d’Italie au Liban, au journal «The Beiruter», «le soutien italien s’est jusqu’à présent concentré principalement sur des subventions et des projets d’aide d’urgence pendant la guerre, avec l’espoir de passer ultérieurement à des programmes de relèvement et de reconstruction initiale une fois le conflit apaisé et les populations déplacées rentrées chez elles».
Rome veut s’imposer comme acteur diplomatique
Pour la diplomatie du gouvernement Meloni, cette initiative constitue une occasion de consolider les liens stratégiques et d’orienter les négociations vers un processus de paix authentique, crédible et inclusif. En outre, les pourparlers organisés à Rome reflètent une double dynamique diplomatique. D’une part, ils marquent une continuité avec les discussions engagées à Washington (où les premières négociations ont eu lieu) ce qui contribue à désamorcer les tensions apparues entre Meloni et Trump. De l’autre, les efforts diplomatiques menés à Rome laissent entrevoir une garantie potentielle de la part du Saint-Siège ; Sous le pontificat de Léon XIV, le soutien à la stabilité du Liban est devenu l’un des axes majeurs de la diplomatie vaticane au Moyen-Orient, une priorité réaffirmée par le Souverain pontife lors de sa visite au Pays du Cèdre à la fin de l’année 2025.
Une occasion à ne pas manquer
«L’ancien paradigme selon lequel la fragilité institutionnelle du Liban constituait paradoxalement sa principale force», comme le souligne la Fondation Med-Or dans un rapport, «n’est plus d’actualité». L’idée qu’un État militairement faible, dépourvu d’ambitions hégémoniques, inciterait naturellement les Libanais à privilégier le compromis, à préserver le pluralisme entre dix-huit communautés religieuses et à maintenir une politique étrangère prudente et neutre, a été balayée par les crises régionales successives. La crise moyen-orientale a fragilisé le Liban, tout comme ses institutions. Un jeu crucial se jouera à Rome pour les consolider. Il s’agit d’une opportunité diplomatique que l’Italie ne peut manquer pour étendre son influence au Moyen-Orient, dans une région dont la stabilité demeure essentielle pour ses intérêts économiques, commerciaux, diplomatiques et géopolitiques.
L’Italie à l’épreuve du Levant
«Au-delà de l’issue immédiate des discussions», précise une source italienne proche du dossier, «les pourparlers de Rome constituent un test pour les ambitions diplomatiques italiennes au Moyen-Orient». «L’Italie ne remplacera pas la France au Liban, dont l’influence demeure ancrée dans une histoire politique, culturelle et religieuse séculaire». Et notre source d’ajouter : «en accueillant ces négociations, Rome cherche à occuper un espace laissé vacant par une diplomatie française moins visible sur ce dossier et à mettre en avant un profil d’intermédiaire jugé plus consensuel par les différentes parties».
Le choix de Rome plutôt que de Paris n’est d’ailleurs pas anodin. Il reflète autant la volonté américaine de s’appuyer sur un partenaire européen perçu comme étroitement aligné sur Washington que la capacité de l’Italie à entretenir un dialogue relativement équilibré avec Israël, le Liban et les acteurs régionaux, tout en bénéficiant de la présence de la FINUL et de la proximité diplomatique du Saint-Siège. Sans prétendre concurrencer la relation privilégiée entre Paris et Beyrouth, Rome apparaît aujourd’hui comme un terrain diplomatique moins exposé aux héritages du passé et davantage en phase avec les nouveaux équilibres régionaux.
Le Hezbollah demeure la variable décisive
Reste toutefois l’inconnue majeure : le Hezbollah. Même si les négociations aboutissaient à un accord durable entre les gouvernements israélien et libanais, le mouvement chiite conserverait une capacité réelle d’en perturber l’application. Son poids militaire, son influence politique au Liban et son ancrage dans la stratégie régionale de Téhéran lui confèrent un pouvoir de nuisance considérable.
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Tout compromis ne pourra donc être véritablement consolidé que s’il s’accompagne d’un nouvel équilibre interne au pays du Cèdre, permettant à l’État de retrouver progressivement le monopole de ses forces armées. C’est sans doute là que réside le véritable défi : au-delà de la diplomatie, la paix dépendra de la capacité des institutions libanaises à restaurer une souveraineté aujourd’hui fragmentée par les logiques de puissance régionales.
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Par Lea P.