(Rome, 06 mai 2026). Pris en étau entre le Hezbollah et l’armée israélienne, les chrétiens du sud du Liban paient le prix d’une guerre qu’ils n’ont pas choisie. Accusé d’avoir militarisé des villages civils et d’y avoir dissimulé armes et combattants, le Hezbollah est tenu pour responsable par une partie des habitants d’avoir transformé leurs localités en cibles, provoquant destructions, exode et effondrement d’une présence chrétienne historique près de la frontière israélienne
D’autres villages proches du Litani évacués
«Ô Yaroun, petit village si grand, tu n’es plus que ruines, poussière et ténèbres… Ils ont peut-être abattu les murs de nos maisons, mais ils ne détruiront jamais notre espoir, ni notre foi de te voir renaître tel un phénix». Maria De Leon Menendez, originaire du Guatemala mais Libanaise d’adoption, décrit ainsi dans une vidéo poignante le sort d’une petite commune du sud du Liban, qu’elle a été contrainte d’abandonner avec le reste de la communauté chrétienne historique. «J’ai fui deux fois, après le 7 octobre (2023), puis lors de cette dernière guerre, le 3 mars», confie-t-elle par téléphone au quotidien «Il Giornale» depuis la commune de Rmeich, un autre village chrétien, située à cinq kilomètres au nord, où elle s’est réfugiée. «Il ne reste plus rien à Yaroun. Que des décombres. Les Israéliens ont rasé les maisons le long de la route principale, même celles des chrétiens, et seuls deux murs latéraux de l’église Saint-Georges, vieille de 200 ans, sont encore debout», raconte Maria, retenant difficilement ses larmes, comme le rapporte Fausto Biloslavo dans le même quotidien, «Il Giornale».
Un village rasé
Les photos satellites sont sans équivoque : le village est rasé, et là où se dressaient les maisons, il ne reste que des amas de gravats. La grande et belle maison de Maria n’est plus qu’un squelette noircie par les flammes. Les Israéliens minimisent les dégâts causés à l’église et justifient le reste en accusant le Hezbollah d’utiliser ce village, situé à seulement deux kilomètres de l’État hébreu, comme base de lancement pour ses attaques. «Des musulmans chiites vivaient aussi à Yaroun, et 90 % d’entre eux soutenaient le «parti de Dieu» et cachaient des armes dans leurs maisons», confie la survivante chrétienne.
«Mais depuis 2023, il ne restait que des combattants chiites, et ils ont tous été tués. Nous avons décidé de rentrer, douze familles chrétiennes, en mars dernier, et maintenant, il ne reste plus personne. Nous ne voulons pas du Hezbollah, qui combat pour l’Iran et est à l’origine des malheurs du Liban, mais Israël nous a aussi punis en démolissant les maisons des chrétiens».
Une zone tampon au sud du Liban
L’armée israélienne a évacué et rasé une vingtaine de villages, y compris chrétiens, afin de créer une zone tampon dans le sud du Liban. Hier encore, de nouveaux ordres d’évacuation forcée ont été émis.
Les janissaires chiites de Téhéran continuent d’attaquer les forces israéliennes au sud de la «ligne jaune», correspondant au fleuve Litani.
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De leur côté, les Israéliens continuent de bombarder, appliquant les mêmes tactiques qu’à Gaza, afin d’éliminer les positions dissimulées parmi les habitations ainsi que les tunnels où se cachent les miliciens des forces spéciales d’al-Radwan du Hezbollah et des roquettes. Les forces israéliennes peinent à contrer les nouveaux drones guidés par fibre optique.
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«Nous sommes pris entre deux feux», explique Maria, qui espère obtenir une protection internationale en Italie. «J’ai fui le Guatemala à cause du crime organisé, et maintenant, avec mes deux enfants, je me retrouve au cœur d’une guerre où j’ai tout perdu».
Les Israéliens promettent une indemnisation sous deux semaines, «mais ils ne nous ont même pas laissé emporter nos albums photos de famille, nos souvenirs, avant le passage des bulldozers».
L’appel des évêques melkites
Hier, le Conseil des évêques grecs-catholiques melkites du Liban a exhorté le gouvernement libanais et l’ONU à protéger les biens civils et les lieux de culte, évoquant la destruction totale du village de Yaroun.
- Une guerre imposée par le Hezbollah et Téhéran
À l’origine de l’embrasement du sud du Liban se trouve l’ouverture du front contre Israël par le Hezbollah, agissant dans le cadre de la stratégie régionale dictée par le régime des mollahs iraniens. En entraînant le Liban dans une confrontation dépassant largement ses intérêts nationaux, le mouvement chiite a transformé les villages frontaliers en champs de bataille. Le résultat est visible partout : localités détruites, infrastructures anéanties, terres abandonnées et exode massif des habitants, qu’ils soient musulmans ou chrétiens.
- Les villages chiites paient le prix de la militarisation
Dans de nombreuses localités du sud, des armes, dépôts et positions du Hezbollah ont été dissimulés au cœur des zones habitées, souvent avec la complicité ou le soutien d’une partie de la population chiite acquise aux «miliciens de Dieu». Face à cette stratégie d’enracinement civil, la riposte de Tsahal a été d’une brutalité écrasante : bombardements intensifs, destructions systématiques et élimination de nombreux combattants, notamment des unités d’élite du Hezbollah. Les villages chiites se retrouvent aujourd’hui parmi les plus dévastés du Liban.
- Les chrétiens, victimes collatérales d’un conflit qui n’est pas le leur
La communauté chrétienne du sud libanais se retrouve prise entre deux forces qui les dépassent. Refusant majoritairement l’emprise du Hezbollah et son alignement sur l’Iran, elle subit pourtant les conséquences directes de ses choix militaires : maisons détruites, églises endommagées, déplacements forcés et pertes humaines. Pour de nombreuses familles chrétiennes, cette guerre marque un nouvel épisode d’affaiblissement démographique et économique, alimentant la peur d’un effacement progressif de leur présence historique dans le sud du Liban.