(Rome, 24 juin 2026). Alors que Washington tente de préserver la dynamique des négociations avec Téhéran, le dossier libanais s’impose comme un front politique et sécuritaire de plus en plus sensible. Inquiet d’un possible rééquilibrage régional au profit de l’Iran, Israël avance un plan de retrait partiel du sud du Liban afin de conserver sa marge d’action face au Hezbollah, tandis que les États-Unis cherchent à stabiliser le cessez-le-feu sans compromettre leurs objectifs diplomatiques. Entre-temps, la pression des Pasdaran s’accentue
Donald Trump n’a pas l’intention de faire dérailler l’accord avec l’Iran, mais Benyamin Netanyahu est dans un état d’«hystérie» au sujet du Liban. Le portail «Axios» a rapporté l’état d’esprit du Premier ministre israélien, confirmant une situation qui, paradoxalement, déplace le centre des négociations entre Washington et Téhéran : la question nucléaire (difficilement soluble dans les soixante jours prévus pour les pourparlers, une prolongation sera nécessaire) cède progressivement la place au conflit entre Israël et le Hezbollah. «Il n’est pas nécessaire de bombarder un immeuble entier pour éliminer un terroriste», avait notamment lancé Trump à l’adresse du Premier ministre israélien. Dans ce contexte, un nouveau cycle de négociations directes entre Israël et le Liban s’est ouvert hier à Washington sous l’égide du secrétaire d’État américain Marco Rubio ; les pourparlers doivent se poursuivre jusqu’à demain, explique Marco Liconti dans le quotidien «Il Giornale».
Il convient de noter qu’aujourd’hui, à Washington, les négociateurs militaires libanais ont refusé de poser pour une photographie commune avec leurs homologues israéliens. Ce choix protocolaire, à forte portée symbolique, risque de compliquer la position des autorités libanaises dans le suivi des discussions.
Une source proche du dossier affirme que cette attitude traduirait l’influence persistante du Hezbollah sur certains segments de l’appareil sécuritaire libanais, une influence qui, selon la même source, se ferait sentir jusque dans le cadre des discussions menées à Washington.
Au-delà des postures publiques, il est difficile de prédire l’issue de ces échanges. Pour «prendre une longueur d’avance», les États-Unis ont mis en place un «mécanisme de surveillance» du cessez-le-feu afin d’éviter que les violations répétées d’Israël et du Hezbollah ne compromettent davantage les négociations avec Téhéran.
Ces derniers jours, Marco Rubio a évoqué ce point avec Netanyahu et le président libanais, Joseph Aoun. Selon un responsable américain, le suivi de la situation sera assuré par le CENTCOM, le commandement central américain chargé des opérations militaires dans la région. Toutefois, lors de pourparlers en Suisse, les parties avaient convenu de créer une nouvelle «cellule de désescalade», associant le Liban ainsi que des médiateurs pakistanais et qataris, pour garantir le respect du cessez-le-feu.
Israël aborde la situation actuelle avec inquiétude et a pris une nouvelle initiative en se présentant aux négociations de Washington avec une proposition de plan pilote prévoyant un retrait partiel d’une zone limitée du sud du Liban. D’après les cartes israéliennes, Tsahal se retirerait d’une zone spécifique (probablement une zone relativement débarrassée de toute menace) et l’armée libanaise y prendrait position sous supervision américaine. Des sources israéliennes ont indiqué que ce plan pilote «s’étendra à la zone située au sud du Litani, c’est-à-dire au sud de la ‘Ligne jaune’». Les sources ont décrit cette démarche comme une tentative d’instaurer une confiance mutuelle et, surtout, d’éviter «l’imposition de diktats américains ou iraniens». Cette initiative reflète les craintes du gouvernement israélien selon lesquelles les États-Unis, au nom du protocole d’accord conclu avec Téhéran, légitiment de fait l’influence de l’Iran au Liban et compromettent la liberté d’action d’Israël, alors même que la menace du Hezbollah persiste.
L’anxiété de Netanyahu est exacerbée par les prochaines élections en Israël et par la prise de conscience qu’à court terme, la situation au Liban a un impact bien plus important sur les électeurs que le dossier du nucléaire iranien. C’est dans ce contexte qu’il faut interpréter les concessions accordées par Netanyahu aux dirigeants des partis ultra-orthodoxes Shas et Degel HaTorah ; il a accepté un train de mesures législatives en leur faveur en échange, notamment, de leur engagement à ne pas réclamer d’élections anticipées avant la date prévue d’octobre.
Lundi, à la veille des pourparlers de Washington, Netanyahu a publié une déclaration commune avec le ministre de la Défense Katz et le chef d’état-major de Tsahal, Zamir, soulignant qu’Israël continuerait «d’agir avec détermination pour neutraliser les menaces pesant sur nos soldats et nos citoyens, détruire les infrastructures terroristes et maintenir la zone de sécurité dans le sud du Liban». Interrogé sur les propos de son allié, Donald Trump a répondu : «je règle les problèmes, je les règle très vite, même avec Bibi».
Les crises que les Etats-Unis tentent de gérer
Au-delà des gestes protocolaires et des négociations en cours, la séquence actuelle révèle surtout la superposition des crises que Washington tente de gérer simultanément. Du dossier nucléaire iranien au front libano-israélien, les États-Unis cherchent à empêcher que chaque théâtre régional ne fasse dérailler l’ensemble de leur architecture diplomatique.
Mais au Liban, la question centrale demeure celle du Hezbollah
Considéré par Israël, les États-Unis et plusieurs pays occidentaux comme l’instrument principal de projection régionale de Téhéran, le mouvement chiite reste pour ses adversaires l’expression directe de la stratégie des autorités iraniennes au Levant.
«Dans cette optique», affirme un officier libanais bien au fait, «aucune stabilisation durable du sud du Liban ne paraît envisageable tant que subsistera l’ambiguïté entre la souveraineté de l’État libanais, l’autonomie militaire du Hezbollah et l’équilibre régional recherché par les négociations avec l’Iran».
La question qui dérange !
Reste une question de fond : avec l’érosion du niveau de confiance accordé à l’Amérique de Donald Trump, quelles sont aujourd’hui les chances réelles de parvenir à résoudre des crises d’une telle ampleur ?
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Car au Moyen-Orient, la crédibilité du médiateur compte souvent autant que sa capacité de pression. Lorsque la confiance diminue, les garanties deviennent plus fragiles, les engagements plus réversibles, et les acteurs régionaux sont tentés de privilégier leurs propres rapports de force.
Dans ce contexte, la multiplication des dossiers (de l’Iran au Liban, jusqu’à la sécurité d’Israël) pose une question centrale : Washington dispose-t-il encore du capital politique nécessaire pour imposer des compromis durables, ou entre-t-on dans une phase où chaque crise devra être gérée sans véritable capacité de règlement ?
(Par Sanaa T. Montréal-Roma)