(Roma, 23 juin 2026). (Exclusif).
La rédaction a reçu une contribution de Mme Mira Khoury reflétant son point de vue sur la situation économique au Liban. Nous publions sa contribution dans son intégralité et précisons qu’elle n’engage que l’auteure
À Beyrouth, l’heure est à la prudence autant qu’à l’espoir. Alors que la question libanaise s’invite dans les discussions entre Washington et Téhéran à Genève, les regards demeurent tournés vers des négociations susceptibles de façonner l’avenir du pays. Au Sud, un calme précaire s’est installé après plus de cent jours d’escalade, tandis qu’un mécanisme international et régional est désormais chargé de consolider le cessez-le-feu. Derrière cette accalmie subsiste toutefois une inquiétude profonde : celle de voir le Liban redevenir l’un des théâtres où se règlent les rivalités régionales, à l’heure où les équilibres du Moyen-Orient connaissent une profonde recomposition.
Cette préoccupation a été résumée par le président de la République, Joseph Aoun, qui s’est déclaré favorable à toute initiative susceptible de mettre un terme à la guerre, tout en réaffirmant qu’aucune aide extérieure ne devait se transformer en ingérence. «Le Liban est un État souverain et personne ne négocie en son nom», a-t-il rappelé à plusieurs reprises.
Cette approche guide également le nouveau cycle de discussions engagé avec Israël sous l’égide de Washington. À Beyrouth, la cinquième session des pourparlers est perçue comme un test de la capacité des États-Unis à obtenir des avancées concrètes du gouvernement de Benyamin Netanyahu. Les autorités libanaises espèrent notamment des progrès sur plusieurs dossiers qu’elles considèrent indissociables : la consolidation du cessez-le-feu, le retrait israélien des territoires occupés, le retour des déplacés dans leurs villages, la reconstruction des zones dévastées ainsi que la libération des détenus libanais. En contrepartie, l’État affirme être prêt à assumer pleinement ses responsabilités sécuritaires et à exercer son autorité sur l’ensemble du territoire.
Au-delà des résultats attendus de ces négociations, le président Aoun demeure préoccupé par une question plus fondamentale : celle de la place du Liban dans les grandes tractations régionales. À plusieurs reprises, il a exprimé son refus de voir le pays servir d’arène aux affrontements entre puissances régionales. Ses relations avec Téhéran restent empreintes d’une réserve manifeste. À travers ses déclarations publiques comme par la voie diplomatique, il a fait savoir que les intérêts du Liban ne sauraient se confondre avec ceux de la République islamique, estimant que les Libanais avaient trop souvent payé le prix de calculs qui leur étaient étrangers. Il a également appelé l’Iran à respecter la souveraineté du Liban et à s’abstenir de toute ingérence dans ses affaires intérieures.
Cette vision s’inscrit dans une démarche plus large : tenir le Liban à l’écart des conflits régionaux et replacer l’État au cœur des décisions touchant à la sécurité et à la souveraineté nationales. Pour le chef de l’État, les discussions en cours pourraient ouvrir la voie à une stabilisation durable et permettre au pays de s’extraire progressivement d’une logique de confrontation qui a longtemps pesé sur son avenir. Il estime que les circonstances actuelles offrent une occasion rare de bâtir un cadre plus solide pour les générations futures.
Dans les milieux diplomatiques, certains considèrent que le président assume aujourd’hui l’essentiel de la responsabilité de conduire le pays vers une nouvelle étape politique. Cette visibilité a nourri des interrogations sur le rôle joué par le Premier ministre Nawaf Salam dans ce dossier, d’autant que les équilibres institutionnels issus de l’accord de Taëf ont renforcé les prérogatives du chef du gouvernement.
Des sources proches du palais de Baabda rejettent toutefois toute idée de rivalité entre les deux responsables. Elles assurent que la coordination entre Joseph Aoun et Nawaf Salam est régulière et soulignent que les deux hommes ont fréquemment affiché une position commune sur les principaux enjeux liés à la guerre et aux négociations. Une coordination similaire existe également avec le président du Parlement, Nabih Berri, malgré les réserves qu’il a publiquement exprimées à l’égard des négociations directes.
Les autorités rappellent par ailleurs que la Constitution confie au président de la République la conduite des négociations relatives aux traités et accords internationaux, en concertation avec le Premier ministre et sous l’autorité du Conseil des ministres. Le Parlement, quant à lui, n’intervient que dans les cas expressément prévus par la loi.
À Beyrouth, l’espoir d’une percée diplomatique continue d’alimenter les attentes. Beaucoup veulent croire que l’évolution du contexte régional et international permettra au Liban de tirer parti de l’actuelle fenêtre diplomatique et d’ouvrir la voie à une sortie durable des crises qui l’ont longtemps entravé. L’enjeu est également de favoriser le retour d’un État pleinement souverain, maître de ses choix et de son destin, loin des logiques d’axes et des conflits qui ont si souvent façonné son parcours.
Les prochaines semaines permettront de déterminer si cette stratégie du «Liban d’abord» est en mesure de transformer les opportunités diplomatiques actuelles en avancées concrètes et d’ouvrir la voie à une nouvelle étape pour un pays longtemps pris dans les turbulences de son environnement régional.
Par Mira Khoury