(Rome, 23 juin 2026). Malgré sa supériorité technologique et une campagne de frappes ciblées, Washington aurait renoncé à exploiter son avantage militaire par crainte d’un engagement terrestre coûteux. Selon cette lecture, l’absence de «bruit de bottes au sol» a permis au régime iranien de survivre et révèle une transformation plus profonde : celle d’une puissance américaine devenue politiquement incapable d’assumer le coût humain de ses guerres
Les critiques comme les partisans de l’«accord» de Trump (difficilement qualifiable d’accord véritable tant qu’il demeure flou sur les points essentiels), évitent soigneusement d’évoquer le facteur crucial qui a conduit à l’abandon de ce qui aurait pu être la dernière guerre entre les États-Unis et l’Iran, écrit Edward Luttwak dans le quotidien «Il Giornale».
Une guerre commencée par une décapitation du pouvoir iranien
Lorsque la dernière guerre contre l’Iran, probablement pas la dernière, a débuté le 28 février 2026, les premières victimes, pour une fois, n’étaient ni des civils ni des spectateurs innocents, mais les dirigeants et bourreaux iraniens : le Guide suprême Ali Khamenei, le chef d’état-major des forces armées iraniennes Abdolrahim Moussawi, le ministre de la Défense Aziz Nasirzadeh, le directeur de la recherche et du développement Hossein Jabal Amelian, son prédécesseur, le général de brigade Reza Mozaffari Nia, le ministre du Renseignement, son adjoint pour les affaires israéliennes Yahya Hosseini Panjaki, ainsi que plusieurs autres responsables. Parmi ceux-ci figurent également Mojtaba Khamenei, fils d’Ali Khamenei, mais totalement inapte à la fonction de Guide suprême, qui n’est par définition pas son héritier. On est sans nouvelles de lui depuis le bombardement et, s’il est encore en vie, il est atrocement mutilé.
La riposte iranienne : une pluie de missiles sans précision
La riposte furieuse de l’Iran fut le lancement de missiles balistiques rudimentaires. Non seulement contre Israël et les bases américaines, mais aussi contre de simples civils : sur les 1.471 missiles lancés entre le 28 février et le 20 avril, environ 650 visaient Israël, 563 se sont abattus sur le territoire des Émirats arabes unis, qui, depuis longtemps, soutiennent l’économie iranienne chancelante, 265 sur le Koweït, historiquement conciliant envers Téhéran, 215 ont touché le Qatar, qui partage son vaste gisement de gaz naturel avec l’Iran, 194 ont atteint Bahreïn, principale base régionale de la marine américaine, et 135 visaient l’Arabie saoudite, malgré sa neutralité totale affichée.
La supériorité technologique américaine et israélienne
Alors que l’Iran attaquait de manière imprécise, les États-Unis et Israël ont misé sur une extrême précision pour détruire les infrastructures souterraines : usines d’assemblage de missiles, plateformes des lanceurs, dépôts de carburant et installations de mélange. Ces infrastructures sont le fruit d’années de dépenses colossales, largement financées par le détournement de fonds indispensables à l’approvisionnement en eau et à la production d’électricité, ajoute l’auteur. En conséquence, l’hiver dernier et jusqu’en mars, date du début de la guerre, Téhéran a dû recourir au mazout, un combustible extrêmement polluant, pour éviter des coupures massives de chauffage.
Un régime qui fut proche de l’effondrement, sauvé par la guerre
Le régime était donc au bord de l’effondrement systémique à la veille de la guerre, mais il fut finalement sauvé par la manière dont elle fut menée, ou plutôt par ce qui n’a pas été entrepris. La décapitation du 28 février permit aux officiers survivants de la Garde révolutionnaire de reprendre le contrôle de Téhéran, dans une dynamique que l’auteur compare au rôle joué par les SS à Berlin après la mort d’Hitler le 30 avril 1945, massacrant sans pitié quiconque souhaitait se rendre, jusqu’à l’arrivée des troupes alliées deux jours plus tard. À une différence près : aucune armée ne marchait vers Téhéran.
La peur des «forces sur le terrain»
Mais cette fois-ci, aucune troupe n’approchait de Téhéran, une mission véritablement impossible. Si seulement un dixième de la population soutenait encore le régime, cela aurait suffi à déclencher une longue guerre urbaine. Personne n’avait jamais évoqué un tel plan d’invasion, ce qui justifiait l’hystérie préventive autour d’un déploiement de troupes au sol, exprimée avec véhémence aussi bien dans les milieux isolationnistes qu’au sein même de l’entourage du vice-président américain. Or, il s’est avéré que cette hystérie, engendrée par des plans d’invasion purement imaginaires, a eu des conséquences bien réelles sur la conduite de la guerre.
Le Golfe, théâtre de l’occasion manquée
Pour comprendre comment la crainte d’un événement qui ne s’est jamais produit a conduit à une véritable défaite, il convient de revenir sur l’opération militaire qui a eu lieu peu avant le début des bombardements, le 28 février. Environ 3.000 parachutistes de la force de réaction rapide de la 82e division aéroportée ont été envoyés dans le Golfe, rejoignant les 5.000 Marines des 11e et 31e divisions aéroportées déjà présents sur place.
Leur mission potentielle : empêcher les Gardiens de la révolution de perturber la circulation maritime dans les détroits du golfe Persique. Faute de pouvoir affronter directement les marines occidentales, l’Iran pouvait miner les routes maritimes, utiliser des embarcations civiles ou attaquer des pétroliers avec des missiles antichars, menaçant ainsi les assurances et l’approvisionnement énergétique mondial.
C’est là que les troupes aéroportées et les Marines auraient pu sécuriser les détroits, contrôler les îles désertes et bloquer les exportations pétrolières iraniennes depuis Kharg, Qeshm et Jask.
En déployant ces forces, les États-Unis seraient en mesure d’empêcher toute livraison de pétrole en provenance du terminal pétrolier iranien de l’île de Kharg et de ses terminaux plus petits de Qeshm et Jask, situés de l’autre côté du golfe Persique, coupant ainsi la majeure partie des revenus pétroliers iraniens. Parallèlement, ces mêmes forces terrestres et aériennes pourraient minimiser toute perturbation du trafic des pétroliers et vraquiers transitant dans l’océan Indien en provenance d’Irak, du Koweït, des Émirats arabes unis, du Qatar et d’Arabie saoudite, réduisant ainsi l’impact du conflit sur les marchés mondiaux des matières premières.
Le coût politique des pertes humaines
Cependant, lorsque le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a accueilli avec surprise et satisfaction la décision de Trump de rejoindre l’opération et d’en prendre le commandement, il ne s’attendait pas à s’allier à une puissance plus faible, ce qui allait le décevoir. A la date du 28 février 2026, 1.150 soldats israéliens et membres des forces de sécurité avaient été tués depuis le début du conflit, le 7 octobre 2023 (soit l’équivalent de 39.100 soldats américains tués). Ce qui aurait été politiquement insoutenable pour Donald Trump, au point de menacer sa présidence.
Une puissance militaire devenue politiquement contrainte
Ainsi, cette guerre, menée par un président indécis et sans engagement terrestre, a non seulement permis aux pires ennemis de l’Amérique de sortir victorieux, de préserver leur régime malgré des choix économiques désastreux, une technologie militaire rudimentaire limitée et des opérations jugées inefficaces et maladroites, mais elle a également ramené la puissance militaire américaine au niveau européen, car une armée dont les forces ne peuvent être exposées au risque, même pour obtenir un avantage stratégique majeur, voit sa valeur militaire profondément réduite.
Le renoncement au leadership américain
Au-delà du seul théâtre iranien, cette guerre laisserait entrevoir une évolution plus profonde : l’affaiblissement de la fonction traditionnelle de chef de guerre assumée par les présidents américains depuis la seconde moitié du XXᵉ siècle.
Un analyste européen établit ici un contraste implicite avec les présidences de George H. W. Bush puis de George W. Bush qui, lors des guerres du Golfe, avaient cherché à inscrire l’action militaire dans une logique de coalition, en mobilisant alliés occidentaux, partenaires régionaux et cadres multilatéraux pour légitimer et soutenir l’intervention contre Saddam Hussein, au Koweït puis en Irak.
À l’inverse, Donald Trump apparaît dans cette lecture comme ayant privilégié une stratégie plus solitaire, fondée sur la puissance technologique et la limitation maximale de l’exposition américaine. En marginalisant une partie de ses partenaires stratégiques traditionnels (notamment européens et OTAN) et en refusant d’assumer les coûts politiques d’un engagement plus large, il aurait réduit la capacité des États-Unis à transformer leur supériorité militaire en résultat politique.
Une source militaire régionale, estime que le paradoxe serait alors le suivant : disposer des moyens d’imposer un rapport de force sans accepter les conditions nécessaires pour le convertir en victoire. Dans cette logique, l’épisode iranien marquerait non seulement un échec opérationnel, mais il illustrerait aussi la difficulté croissante des États-Unis à exercer le rôle de puissance directrice qu’ils ont longtemps revendiqué (et assumé) sur la scène internationale.
Et notre source d’ajouter : «dans cette optique, Donald Trump aurait échoué à exercer le rôle traditionnellement attribué au président américain comme commandant en chef du monde occidental et principal coordinateur des forces alliées (…)». «Là où les présidents Bush avaient cherché à fédérer une coalition internationale, articulant puissance militaire, soutien diplomatique et partage du risque, Trump aurait, à l’inverse, privilégié une logique d’intervention limitée, conduite sans véritable architecture collective», a-t-elle conclu.
Un officier italien (Ret.) s’interroge : les États-Unis peuvent-ils encore diriger le camp occidental s’ils ne souhaitent plus en assumer pleinement le rôle de stratège, d’arbitre et, au besoin, de chef de guerre ?
Par Dario S.