(Rome, 17 juin 2026). Plusieurs médias internationaux, dont Bloomberg et Al-Arabiya, ont obtenu une copie de l’accord, qui devrait être signé vendredi en Suisse entre Téhéran et Washington. Voici les 14 points sur lesquels l’accord serait fondé.
Ce qu’il faut retenir, tel que rapporté par la chaine italienne «Sky Tg24»
- Fin immédiate et définitive de la guerre
La République islamique d’Iran et les États-Unis, ainsi que leurs alliés dans la guerre en cours, déclarent par la présente, en signant ce Mémorandum d’entente, la fin immédiate et définitive de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, et s’engagent à ne plus entreprendre désormais aucune action hostile l’un contre l’autre et à s’abstenir de toute menace ou tout recours à la force. L’accord final confirmera les dispositions du présent article et des autres articles.
- Respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale d’autrui
La République islamique d’Iran et les États-Unis s’engagent à respecter mutuellement la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’autre partie et à s’abstenir de toute ingérence dans leurs affaires intérieures respectives.
- Accord définitif dans un délai de 60 jours
La République islamique d’Iran et les États-Unis s’engagent à négocier et à parvenir à un accord final dans un délai maximal de 60 jours, prorogeable d’un commun accord.
- Levée du blocus naval américain
Dès la signature du présent Mémorandum d’entente, les États-Unis s’engagent à lever le blocus naval et à s’abstenir de toute ingérence ou obstruction à l’égard de la République islamique d’Iran, rétablissant ainsi le trafic maritime à sa pleine capacité dans un délai maximal de 30 jours ; le trafic maritime devra être proportionnel au volume de trafic de la République islamique d’Iran d’avant-guerre. Les États-Unis s’engagent en outre à retirer leurs forces des zones environnantes dans les 30 jours suivant la conclusion de l’accord final.
- Reprise du trafic maritime
A la suite de la signature du présent mémorandum d’entente, la République islamique d’Iran prendra immédiatement les mesures nécessaires pour garantir la reprise, dans un délai de 30 jours, du transit des navires marchands entre le Golfe Persique et la mer d’Oman, et inversement, à son niveau d’avant-guerre, en tenant compte de la nécessité pour l’Iran de lever les obstacles techniques et de neutraliser les mines.
- Plan et investissement américains pour le développement économique de l’Iran
Les États-Unis, de concert avec leurs partenaires régionaux, s’engagent à élaborer un plan global, convenu d’un commun accord, pour la reconstruction et le développement économique de la République islamique d’Iran, garantissant un financement d’au moins 300 milliards de dollars. Le mécanisme de mise en œuvre de ce plan, qui fera partie intégrante de l’accord final, sera défini dans un délai de 60 jours.
- Levée des sanctions américaines
Les États-Unis s’engagent à lever, selon un calendrier qui sera convenu dans l’accord final, toutes les sanctions actuellement en vigueur à l’encontre de la République islamique d’Iran, y compris les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et du Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ainsi que toutes les sanctions unilatérales américaines, tant primaires que secondaires.
- Programme nucléaire iranien
La République islamique d’Iran réaffirme qu’elle ne produira jamais d’armes nucléaires. La République islamique d’Iran et les États-Unis ont convenus que le sort des matières enrichies et celui de toutes les autres questions nucléaires, y compris les besoins nucléaires de l’Iran, seront traités de manière appropriée dans un accord final qui confirmera les dispositions du présent article.
- Maintien du statu quo
La République islamique d’Iran et les États-Unis conviennent que, dans l’attente d’un accord final, ils maintiendront le statu quo : l’Iran maintiendra le statu quo concernant son programme nucléaire et les États-Unis n’imposeront pas de nouvelles sanctions à l’Iran ni n’augmenteront leurs forces dans la région.
- Les dérogations
Les États-Unis s’engagent à accorder, dès la signature du présent Mémorandum d’entente et jusqu’à la date de levée des sanctions, des dérogations aux restrictions sur les exportations de pétrole brut iranien, de produits pétrochimiques et de leurs dérivés, ainsi que pour tous les services connexes, notamment bancaires, d’assurance, de transport et autres services similaires.
- Déblocage des fonds et avoirs iraniens
Les États-Unis s’engagent à veiller à ce que, compte tenu des progrès réalisés dans les négociations en vue d’un accord définitif, les fonds et avoirs gelés ou bloqués de la République islamique d’Iran soient débloqués et pleinement disponibles. Ces fonds, qu’ils soient détenus sur le compte principal ou transférés, serviront à effectuer les derniers paiements aux bénéficiaires désignés par la Banque centrale de la République islamique d’Iran et seront pleinement disponibles. Les États-Unis s’engagent à délivrer tous les permis et licences nécessaires à cette fin.
- La mise en œuvre de l’Accord
La République islamique d’Iran et les États-Unis conviennent d’établir un mécanisme de mise en œuvre afin de superviser la bonne application et le respect futur de l’Accord final.
- Négociations en vue d’un Accord final
Après la signature du présent Mémorandum d’entente et après avoir reçu des garanties quant au début de la mise en œuvre des articles 4, 5, 10 et 11 du présent Mémorandum d’entente et à la poursuite de la mise en œuvre de ces mesures, la République islamique d’Iran et les États-Unis entameront des négociations en vue d’un accord final portant exclusivement sur les articles restants.
- L’approbation de l’Accord final
L’Accord final sera approuvé par une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Un accord qui redessine les équilibres régionaux sans résoudre les conflits de fond
Les éléments attribués à ce mémorandum laissent entrevoir une logique qui dépasse largement le seul dossier nucléaire iranien. En associant le dossier libanais à celui de la République islamique, l’administration Trump semble reconnaître implicitement que toute stabilisation du Liban passe par une prise en compte du rôle régional de Téhéran. Cette approche placerait le Président libanais Joseph Aoun dans une position délicate : maintenir l’équilibre traditionnel de la diplomatie libanaise tout en observant avec prudence d’éventuelles discussions sur la paix menées à Washington.
L’article 6, qui transférerait aux pays du Golfe une part importante du coût de reconstruction de l’Iran, pourrait être interprété comme un signal de repositionnement stratégique américain : réduction de l’engagement régional tout en demandant davantage aux partenaires historiques du Golfe. Une telle orientation risque d’alimenter les interrogations sur la solidité des garanties américaines dans la région.
L’article 7 sur la levée des sanctions introduirait un paradoxe politique important : sans reprendre formellement l’accord nucléaire précédent, il reviendrait sur certains mécanismes de pression qui distinguaient la politique de Trump de celle mise en place dans le cadre du JCPOA négocié en 2015.
Du point de vue iranien, le principal acquis serait toutefois le report du règlement définitif du nucléaire. Cette logique de négociation prolongée, maintenir le dialogue tout en repoussant les décisions structurelles, est souvent décrite par de nombreux analystes comme une méthode permettant de préserver des marges de manœuvre diplomatiques et économiques.
Quant à l’article 9, il est centré sur le maintien du statu quo, et suggérerait qu’aucune transformation majeure de l’architecture régionale ne serait imposée à court terme : ni normalisation complète, ni confrontation ouverte.
Enfin, les dérogations envisagées concernant le pétrole, certaines activités nucléaires et les exportations énergétiques constitueraient le véritable levier économique de l’accord. Elles pourraient offrir à Téhéran un allègement progressif sans démantèlement immédiat des instruments de pression occidentaux.
En définitive, si ce mémorandum devait être confirmé, il apparaîtrait moins comme un accord de règlement définitif que comme un mécanisme de gestion temporaire des rapports de force au Moyen-Orient.
Un retour au point de départ ?
Selon plusieurs analystes consultés, une guerre interrompue sans modification substantielle des équilibres stratégiques peut être interprétée comme un coût politique pour celui qui l’a engagée, donc sa perte. Dans cette lecture, si le mémorandum devait être signé sans concessions structurelles sur le programme nucléaire iranien ni changement du rôle régional de Téhéran, le résultat serait perçu comme un retour à une situation proche de celle qui prévalait avant l’escalade initiée par Donald Trump.
Les mêmes analystes estiment alors que l’administration Trump n’aurait pas obtenu les objectifs de pression maximale annoncés, tandis que le régime iranien aurait réussi à préserver ses marges de négociation, à obtenir un allègement partiel des contraintes économiques et à éviter des concessions immédiates sur les dossiers les plus sensibles.
Par Paolo S.