(Rome, 17 août 2026). Kiev intensifie ses frappes en profondeur sur le territoire russe. Après une vaste offensive de drones, Moscou affirme avoir intercepté près de 1.500 appareils en 24 heures, tandis que la région de Belgorod a été frappée par des tirs de missiles. Ces attaques, parmi les plus importantes revendiquées depuis le début de la guerre, témoignent d’une nouvelle escalade des frappes entre les deux pays
Les attaques de l’armée ukrainienne sur le territoire russe se poursuivent. Environ 1.500 drones auraient été lancés en l’espace de 24 heures, probablement en réponse aux tirs de missiles balistiques effectués par la Russie, comme le rapporte le journal «Il Tempo».
Dégâts humains à Belgorod : 6 morts et 4 blessés
«Une attaque aux missiles ukrainiens sur le village de Koloskovo, situé dans le district de Valouïki, dans la région de Belgorod, a fait six morts et quatre blessés», a annoncé sur Telegram le gouverneur de la région, par intérim, Alexandre Chouvaïev. «C’est avec un profond regret que je fais état de la mort de six personnes à la suite de l’impact de projectiles ukrainiens. J’adresse mes plus sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes ; nous partageons votre douleur», peut-on lire dans le message. Un adolescent de 14 ans figurerait parmi les blessés. Il s’agit de la dernière attaque en date.
Russie : 205 drones interceptés
Parallèlement, la Russie a pour sa part annoncé avoir «intercepté et détruit 205» drones ukrainiens au-dessus des régions d’Astrakhan, Belgorod, Briansk, Voronej, Volgograd, Kalouga, Koursk et Rostov, de la République de Crimée ainsi que des eaux de la mer d’Azov et de la mer Noire. Le ministère russe de la Défense a communiqué ces informations sur Telegram.
Frappe russe sur des objectifs ukrainiens
Les opérations de l’armée russe se poursuivent également ; des frappes ont notamment visé : un centre logistique de Nova Post (principale entreprise privée de transport et de logistique en Ukraine) à Odessa ; un entrepôt de drones à Dmitrovka (région de Dnipropetrovsk) et une base temporaire de troupes ukrainiennes à Dobropolye (Donetsk). Le ministère russe de la Défense a annoncé ces actions dans un communiqué. «Des drones Geran-4 Seeker ont été utilisés pour ces attaques. La surveillance a confirmé la destruction de toutes les cibles», précise le communiqué.
Jusqu’à quand compter des missiles et des morts ?
Après plus de quatre années et demie de guerre ouverte, une question s’impose : combien faudra-t-il encore de morts, de blessés, de villes détruites et de familles endeuillées avant que la négociation ne redevienne une priorité ? À force de compter chaque jour les missiles et les drones lancés de part et d’autre, puis de dresser le bilan des victimes et de présenter les condoléances, le risque de transformer une tragédie humaine en simple comptabilité militaire est grand. Selon les analystes, l’«opération militaire spéciale» que Moscou espérait au début de son invasion a échoué à atteindre ses objectifs.
Quand ce bras de fer prendra-t-il fin ?
Personne ne peut aujourd’hui avancer une date crédible. Les analyses disponibles envisagent aussi bien une poursuite de la guerre d’usure qu’un cessez-le-feu négocié, sans exclure une reprise des combats après une éventuelle trêve. Une chose semble néanmoins certaine : aucune quantité supplémentaire de missiles ou de drones ne suffira, à elle seule, à régler les questions politiques qui ont conduit à cette guerre. La véritable sortie de crise passera nécessairement par une négociation. Reste à savoir quand Moscou et Kiev considéreront que poursuivre la guerre coûte désormais davantage que faire la paix.
Des négociations possibles, mais pas encore de paix en vue
Les experts constatent surtout aujourd’hui un paradoxe : les canaux diplomatiques n’ont pas complètement disparu, mais ils restent incapables de produire un accord. Kiev a encore transmis récemment des propositions visant à mettre fin à la guerre, tandis que Moscou affirme être disposé à reprendre les discussions, tout en maintenant des exigences que l’Ukraine juge inacceptables. Les dernières tentatives de médiation ont ainsi buté sur les mêmes dossiers : des territoires occupés, des garanties de sécurité pour l’Ukraine, un avenir de ses relations avec l’OTAN et les mécanismes permettant de rendre un éventuel cessez-le-feu durable. «Les discussions directes entre les deux parties sont par ailleurs à l’arrêt depuis février», disent encore les experts.
Vladimir Poutine peut-il encore faire marche arrière ?
Reste la question la plus épineuse : Vladimir Poutine peut-il accepter de sortir de cette guerre sans apparaître comme celui qui aurait conduit la Russie dans l’impasse ? Pour le Kremlin, mettre fin au conflit ne signifie pas seulement négocier avec Kiev ; cela suppose aussi de convaincre une partie de la société russe, de l’armée et des élites que le moment est venu de tourner la page sans que cela soit présenté comme une défaite. Or, depuis plus de quatre ans et demi, le pouvoir a construit une grande partie de son récit politique autour de la nécessité de poursuivre le combat et de résister à l’Occident, en général, et à l’OTAN en particulier.
La véritable inconnue
Un expert italien en stratégie s’interroge : «Vladimir Poutine choisira-t-il de transformer un éventuel accord en récit de victoire, ou préférera-t-il prolonger le bras de fer au risque que l’histoire retienne finalement cette guerre comme celle qui aura épuisé la Russie («pays successeur de l’URSS depuis 1991») plutôt que celle qui l’aura restaurée ?
Par Léa P.