(Rome, 14 juin 2026). Alors que Donald Trump espère la cerise sur le gâteau pour son 80e anniversaire et que l’Iran tergiverse, le flot de confirmations, de nuances et de démentis est en train de transformer la signature d’un accord de paix destiné à mettre fin aux hostilités entre Washington et Téhéran en un phénomène mondial. Mais en coulisses, dans toutes les capitales concernées, les opposants à cet accord œuvrent de concert
À Téhéran, les gardiens de la révolution freinent le processus
«Presque», «peut-être», «il faut du temps», «ce n’est pas suffisant» : depuis des semaines à Téhéran, des formules dilatoires circulent parmi les dirigeants du régime, masquant l’opposition du Corps des gardiens de la révolution islamique à tout accord de paix avec les États-Unis. Mais cette avancée dans les négociations compte aussi des ennemis, déclarés ou non, à Jérusalem et à Washington, écrit Gianfranco D’Anna dans le portail «Formiche.net».
Le «triumvirat de la guerre»
Une sorte de triumvirat de guerre, aux objectifs différents mais des intérêts convergents, prend forme. Le Wall Street Journal identifie le général Ahmad Wahidi, 67 ans, commandant en chef des Pasdaran, comme le relai iranien.
Durant la guerre, jusqu’à la destruction de l’hélicoptère américain et le dernier tir de missile balistique contre Israël, Wahidi a systématiquement court-circuité le président Massoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, et commande toujours les forces iraniennes qui contrôlent le détroit d’Ormuz, principal levier du régime dans les négociations.
«Le 18 avril, lorsqu’Abbas Araghchi a déclaré que le détroit d’Ormuz était ouvert», écrit le Wall Street Journal, «les Gardiens de la révolution l’ont publiquement contredit et ont rejeté les déclarations du ministre des Affaires étrangères, les qualifiant d’inexactes ou d’incomplètes, tout en poursuivant leurs attaques dans le détroit».
Ahmad Wahidi, figure centrale de l’opposition à l’accord
L’ancien ministre de l’Intérieur puis de la Défense, sanctionné par les États-Unis pour la répression brutale des manifestations en faveur des droits des femmes de 2022 et recherché par Interpol pour le massacre qui a fait 85 morts lors d’une attaque antisémite en Argentine, le commandant des Pasdaran est considéré comme un obstacle insurmontable à la signature du mémorandum de paix.
«C’est Vahidi» qui a lié les combats au Liban à la guerre en Iran, conditionnant l’accord avec les États-Unis à la fin du conflit entre Israël et le Hezbollah», souligne le WSJ.
Israël : soutien officiel, stratégie contradictoire
Le triumvirat israélien œuvrant pour la fin de la guerre, représenté par le Premier ministre Benyamin Netanyahu et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, est étroitement lié à la situation libanaise. Tandis que Netanyahu soutient publiquement la fin des hostilités avec l’Iran, mais ordonne la poursuite de l’avancée de Tsahal au Liban et le bombardement du Hezbollah, Ben Gvir, quant à lui, agit plus ouvertement pour saboter la ratification des négociations.
Aux États-Unis, des résistances multiples
Contrairement à l’intérêt personnel manifeste de Netanyahu et Ben Gvir à poursuivre le conflit pour se maintenir au pouvoir, les États-Unis sont paradoxalement gênés par le choix de ceux qui s’opposent aux termes et conditions de l’accord de paix avec Téhéran, toujours considéré comme fragile.
Parmi les voix les plus critiques figurent le Pentagone, les agences de renseignement ainsi que plusieurs responsables de sécurité nationale issus des précédentes administrations, comme l’ancien directeur de la CIA et secrétaire d’État Mike Pompeo ou encore Leon Panetta. Tous mettent en garde contre les risques liés, selon eux, au manque de fiabilité de l’Iran, accentué par le contrôle stratégique du détroit d’Ormuz par les Pasdarans.
La pression pour aller au bout de la confrontation
Selon cette lecture, le Pentagone et les agences de renseignement ont averti à plusieurs reprises le président Trump qu’une guerre interrompue aurait les mêmes conséquences qu’une guerre perdue. Et pour conjurer l’inexorable vengeance nucléaire des ayatollahs, il serait essentiel de «démanteler entièrement le programme nucléaire iranien, détruire les tonnes d’uranium enrichi dissimulées par les Pasdaran et renverser le régime islamique.
Un jugement sévère sur Trump
L’auteur du texte conclut que ces analyses incontestables, auraient été neutralisées par l’obstination et l’indécision d’un président vaniteux, atteint du syndrome du «joyeux anniversaire», incapable de tirer profit de son second et, espérons-le, dernier mandat. Avec pour conséquence que l’histoire pourrait condamner Donald Trump à la fois pour sa responsabilité dans la situation actuelle, jugée extrêmement risquée, et pour ne pas avoir agi pour tenter de l’éviter.
Au-delà de l’accord, la bataille pour l’équilibre régional
Au final, et au-delà de la perspective d’un cessez-le-feu ou d’un compromis diplomatique, l’enjeu central demeure la recomposition des équilibres de puissance au Moyen-Orient. Pour ses opposants, un accord irano-américain mettrait non seulement fin à une séquence de confrontation, mais il redistribuerait aussi les leviers d’influence, les rapports de sécurité et les marges d’action des acteurs régionaux. «Dans ce contexte», estime un expert régional en sécurité, «la négociation apparaît moins comme l’aboutissement du conflit que comme l’ouverture d’une nouvelle phase de compétition stratégique».
Israël-Hezbollah : l’un des points de tension actuels
Du côté d’Israël, la nuance importante, est que Tel-Aviv ne traite pas complètement le Liban et l’Iran comme des dossiers associés. Stratégiquement, Israël considère le Hezbollah comme le bras régional de l’influence iranienne ; mais diplomatiquement, il semble chercher à empêcher que le Liban ne devienne une monnaie d’échange dans la négociation irano-américaine.
Dans ce contexte, rapporte la presse, Israël semble défendre trois idées :
Un accord avec Téhéran n’entraîne pas automatiquement un arrêt des opérations au Liban ; Le Hezbollah n’est pas considéré comme couvert par un éventuel cessez-le-feu irano-américain ; Le règlement du dossier libanais doit passer par un cadre propre et définitif : l’État libanais, le désarmement du Hezbollah, des garanties sécuritaires et une négociation bilatérale.
Par Paolo S. (Roma)