(Rome, 1er juin 2026). En réaction à l’escalade militaire régionale, l’Iran annonce la fermeture du détroit d’Hormuz et menace de bloquer également Bab el-Mandeb, deux artères vitales du commerce maritime mondial. Une décision qui pourrait perturber les flux énergétiques internationaux, faire grimper les prix du pétrole et accentuer les tensions dans la zone
La République islamique d’Iran a décidé de fermer totalement le détroit d’Ormuz et envisage d’appliquer la même mesure au détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique constituant l’accès sud à la mer Rouge et, par conséquent, à l’océan Indien et à l’Extrême-Orient. Cette information a été relayée par l’agence de presse iranienne Tasnim, proche des Pasdaran, qui a également annoncé la suspension des négociations indirectes entre les États-Unis et l’Iran en réaction à l’offensive israélienne au Liban, comme le rapporte le journal «Il Tempo».
Une pression indirecte pour imposer une désescalade ?
Pour plusieurs analystes, la menace iranienne de bloquer les détroits stratégiques d’Hormuz et de Bab el-Mandeb s’apparente à une tentative de pression géopolitique destinée à modifier le rapport de force régional. En faisant planer le risque d’une perturbation majeure des approvisionnements énergétiques mondiaux et des échanges commerciaux internationaux, Téhéran chercherait à accroître le coût économique d’une poursuite du conflit.
Dans cette lecture, estime un spécialiste italien, la République islamique pourrait espérer contraindre les acteurs internationaux, notamment les États-Unis et les puissances européennes, à intensifier leurs efforts diplomatiques en faveur d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah. Une stratégie qui repose sur l’idée que la menace d’une crise énergétique mondiale serait susceptible d’accélérer les initiatives de médiation et de désescalade.
Un point névralgique du commerce mondial
Le détroit de Bab el-Mandeb constitue un carrefour stratégique pour le commerce maritime international. Long d’environ 50 km et large de 26 km à son point le plus étroit, il figure parmi les principaux goulets d’étranglement du trafic maritime mondial.
Situé entre le Yémen et la Corne de l’Afrique, ce passage revêt une importance capitale pour les échanges énergétiques. Chaque année, environ 12 % du commerce mondial de pétrole transporté par voie maritime y transite. Une extension de l’instabilité à cette zone pourrait ainsi avoir des conséquences majeures sur les marchés énergétiques internationaux.
La «Porte des Larmes», un passage historiquement vulnérable
Son nom, que l’on peut traduire par «Porte des Larmes», évoque les dangers qui ont longtemps accompagné la navigation dans ces eaux stratégiques. Historiquement, Bab el-Mandeb occupe une place centrale sur les routes commerciales reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Sa position géographique en fait aujourd’hui encore l’un des points de passage les plus cruciaux pour les flux de marchandises et d’énergie à l’échelle mondiale.
Une épreuve de force aux limites encore incertaines
Au-delà de ses conséquences immédiates sur les marchés de l’énergie et le commerce maritime, l’annonce iranienne soulève une interrogation plus profonde : jusqu’où Téhéran est-il prêt à pousser sa stratégie de confrontation avec ses adversaires régionaux et avec la communauté internationale ? Malgré des décennies de sanctions, de pressions diplomatiques et de mises en garde, la République islamique continue de démontrer sa capacité à utiliser sa position géographique et son influence régionale comme leviers stratégiques majeurs.
Cette nouvelle démonstration de force met également en lumière les limites des mécanismes internationaux de dissuasion. Alors que les principales puissances mondiales dépendent de la libre circulation des marchandises et des ressources énergétiques dans ces corridors maritimes essentiels, aucune solution durable ne semble aujourd’hui émerger pour empêcher une escalade susceptible d’affecter l’économie mondiale.
Lire aussi : Paris dépêche le porte-avions Charles de Gaulle en mer Rouge en vue d’une mission dans le détroit d’Ormuz
Dès lors, une autre question se pose : la communauté internationale dispose-t-elle des moyens politiques, diplomatiques ou encore militaires nécessaires pour contenir les ambitions de Téhéran ? Si certains observateurs évoquent la possibilité d’une coalition multinationale chargée de garantir la liberté de navigation dans les détroits stratégiques, une telle option comporterait elle-même le risque d’un affrontement régional de grande ampleur. Entre fermeté et recherche d’un compromis, les capitales occidentales et leurs alliés apparaissent confrontés à un dilemme dont l’issue demeure, à ce stade, hautement incertaine.
(Roma. Par Paolo S.)