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Les passeurs prêts à transférer les migrants vers l’Europe : la suspension de Schengen est justifiée

(Rome, 4 août 2026). Ceuta marque un tournant. L’afflux massif de milliers de migrants en quelques heures a démontré qu’une frontière européenne pouvait être submergée sous l’effet conjugué des filières de passeurs, des réseaux sociaux et des ambiguïtés juridiques. Dans ce contexte, la remise en cause temporaire de Schengen n’apparaît plus, pour ses partisans, comme une entorse au projet européen, mais comme une réponse pragmatique à une crise qui interroge la capacité de l’Union à protéger ses frontières et à préserver sa souveraineté

L’Italie a-t-elle eu raison de suspendre Schengen avec l’Espagne ?

Oui. La décision du gouvernement Meloni découle d’une évaluation sécuritaire : une crise migratoire le long d’une frontière extérieure de l’UE peut rapidement se transformer en un problème pour l’ensemble de l’espace Schengen. Il convient de noter que si Ceuta applique l’acquis de Schengen, elle bénéficie de dérogations spécifiques pour la gestion de sa frontière terrestre avec le Maroc. Par ailleurs, quelques heures seulement après l’«invasion» de Ceuta, des réseaux de passeurs ont commencé à exploiter directement les côtes de l’Espagne continentale, notamment dans la province de Cadix, aux alentours d’Algésiras et de La Línea de la Concepción. Des dizaines de migrants ont en effet débarqué sur les plages du Campo de Gibraltar à bord de jet-skis et de petites embarcations, contournant ainsi les contrôles requis pour le trajet entre Ceuta et le Continent, écrit Costantino Pistilli dans le journal «Il Tempo».

Des méthodes sophistiquées pour contourner les contrôles

Dans certains cas, la méthode employée par les groupes mafieux était celle dite du «service VIP» : utilisation de jet-skis et d’embarcations rapides permettant d’effectuer la traversée en quelques minutes, réduisant ainsi le risque d’interception par les forces de sécurité. Il s’agit d’une option plus coûteuse, réservée aux migrants prêts à payer des sommes très élevées, allant parfois de 4.000 à 6.000 euros par personne. Parallèlement à ces transferts à grande vitesse, d’autres arrivées ont eu lieu via des embarcations plus classiques, utilisées par ces mêmes réseaux criminels pour exploiter divers points d’entrée et accroître les chances de réussite. Cela témoigne de la présence d’organisations capables d’adapter rapidement leurs stratégies grâce à des itinéraires établis, une connaissance du terrain, des équipements sophistiqués et une grande flexibilité opérationnelle.

Une réaction européenne nécessaire

Les services de renseignement italiens ont assurément accompli un travail opportun, permettant probablement de détecter rapidement ce changement d’itinéraires. Lorsqu’une frontière extérieure de l’Union européenne est soumise à une pression accrue, le problème ne se limite plus au seul pays directement impliqué.

A lire : Ceuta : entre les enjeux de Schengen et les crises politiques, une frontière incertaine de l’Europe

La France, bien qu’elle n’ait pas officiellement suspendu Schengen, a adopté une approche similaire. Alors que Rome a suspendu Schengen de jure, par une décision officielle, Paris a agi de facto en renforçant les contrôles le long des Pyrénées et en intensifiant la surveillance des déplacements en provenance d’Espagne. Et rien ne garantit que cela ne se reproduise.

Des tensions avec le Maroc et une crise humanitaire à Ceuta

L’un des facteurs ayant suscité le mécontentement du Maroc est un projet de loi qui, s’il est finalement adopté, permettrait à environ 60.000 Sahraouis d’obtenir la nationalité espagnole. Le vote définitif sur cette mesure est attendu en septembre, et sa possible promulgation pourrait déclencher une nouvelle vague d’arrivées en provenance du Maroc. A Ceuta, il est urgent d’installer une antenne de Frontex. Les habitants sont épuisés après avoir été submergés par l’arrivée de quelque 70.000 personnes en quelques jours seulement ; faute de nourriture, d’eau et d’installations sanitaires, les migrants ont laissé des zones entières jonchées d’excréments.

Un cauchemar pour les habitants de l’enclave espagnole

Les témoignages des habitants de l’enclave espagnole sont accablants : les gens étaient terrifiés, barricadés chez eux et contraints de partager leurs réserves de nourriture, car tous les commerces étaient soit fermés, soit endommagés. Le personnel soignant a décrit une véritable «catastrophe sanitaire» provoquée par l’effondrement des structures médicales locales. Certains résidents ont signalé des tentatives d’effraction, des agressions et des vols. Ceuta appelle l’Europe à l’aide, alors même que son président est en vacances.

Giorgia Meloni, la plus stratégique des dirigeants européens ?

La crise de Ceuta conforte une lecture qui s’impose progressivement dans plusieurs capitales européennes : Giorgia Meloni avait anticipé une évolution que beaucoup de ses partenaires avaient sous-estimée.

A lire : Ceuta et Melilla: les enclaves qui inquiètent Madrid et l’Europe

En faisant de la maîtrise des frontières extérieures, de la lutte contre les réseaux de passeurs et des accords avec les pays de transit les piliers de sa politique migratoire, la Première ministre italienne a contribué à déplacer le centre de gravité du débat européen. Ce qui apparaissait hier comme une ligne politique isolée est désormais repris, à des degrés divers, par plusieurs gouvernements confrontés à une pression migratoire croissante. Plus qu’une victoire idéologique, il s’agit d’une victoire stratégique : l’Union européenne semble progressivement s’aligner sur une approche privilégiant le contrôle des frontières avant toute autre considération.

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