(Rome, 19 mai 2026). À l’occasion de la visite de Vladimir Putin à Pékin, les relations entre la Chine et la Russie reviennent au centre de l’attention internationale. Alors que Xi Jinping aurait confié à Donald Trump que Moscou pourrait «regretter» la guerre en Ukraine, Pékin tente de maintenir un délicat équilibre diplomatique entre rapprochement avec Washington et partenariat stratégique avec la Russie. Dans le même temps, Moscou lance de vastes exercices nucléaires, de trois jours, mobilisant des dizaines de milliers de militaires
Le président russe Vladimir Poutine se rendra à Pékin aujourd’hui et demain, quatre jours après le départ de Donald Trump de Chine, suite à un timide rapprochement entre les États-Unis et la République populaire. Poutine, écrit Marta Allevato dans l’agence «AGI», se rendra dans la capitale chinoise pour «renforcer davantage le partenariat global et la coopération stratégique», précise le Kremlin. Les deux dirigeants devraient également «échanger leurs points de vue sur les principales questions internationales et régionales» et signer une déclaration commune à l’issue des entretiens, selon Moscou.
Tous les vice-Premiers ministres concernés, de nombreux ministres ainsi que les dirigeants des entreprises russes opérant en Chine feront partie de la délégation, a annoncé Dmitri Peskov. Interrogé par des journalistes sur la question de savoir si la délégation russe serait plus importante que celle de Trump, Peskov a répondu que la Russie «ne cherche à rivaliser avec personne quant à la composition de ses délégations».
Xi à Trump : Poutine pourrait regretter la guerre (Financial Times)
Selon le Financial Times, Xi Jinping aurait déclaré au président Trump la semaine dernière que Poutine pourrait regretter d’avoir envahi l’Ukraine. Le journal affirme que Xi a tenu ces propos lors d’entretiens avec Trump portant sur la guerre en Ukraine. D’après le journal, les commentaires du dirigeant chinois au sujet de la décision de Poutine de lancer une invasion de l’Ukraine à grande échelle en 2022 vont plus loin que lors des précédentes occasions.
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La Chine a toujours adopté une position ambiguë sur la guerre en Ukraine : d’une part, elle a appelé au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de tous les pays, en référence à l’Ukraine, de l’autre, elle a insisté sur la nécessité de prendre en compte les «exigences légitimes de sécurité» de toutes les parties, faisant allusion à la position de la Russie.
Les parallèles avec la visite de Trump
Malgré les tentatives de la Russie pour minimiser le calendrier des deux visites (celle du magnat devait avoir lieu en mars, mais a été reportée en raison de la guerre avec l’Iran) il sera difficile de ne pas établir de parallèles. Le voyage de Poutine promet d’être différent, tant par sa forme que par son contenu, de celui de Trump, marqué par une cérémonie solennelle destiné à apaiser les tensions entre deux superpuissances qui se considèrent comme égales.
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Selon le «South China Morning Post», avec le dirigeant russe, Xi devrait plutôt se concentrer sur l’harmonisation des positions des deux pays concernant l’évolution géopolitique et le renforcement de la coopération énergétique, de la sécurité des transports et de la résilience des chaînes d’approvisionnement.
Le centre de la diplomatie mondiale
Le «Global Times», journal d’État chinois, a écrit que les visites des présidents américain et russe démontrent à quel point Pékin «devient rapidement le centre de la diplomatie mondiale». Accueillir les deux dirigeants à quelques jours d’intervalle, selon les analystes, témoigne des efforts de Pékin pour dialoguer avec Washington et Moscou dans un contexte d’incertitude et de tensions persistantes, notamment les guerres en Ukraine et en Iran.
Ni le conflit ukrainien ni les relations sino-russes n’ont été au cœur de la rencontre bilatérale entre Trump et Xi la semaine dernière. Le communiqué chinois sur le contenu de la réunion a brièvement évoqué la «crise ukrainienne», tandis que la déclaration américaine n’en a fait aucune mention. Les discussions sino-américaines ont porté principalement sur le commerce, Taïwan et la guerre au Moyen-Orient, Trump affirmant que Pékin partageait son avis sur l’importance de la réouverture du détroit d’Ormuz.
«Une amitié sans limites»
La Chine et la Russie ont considérablement renforcé leurs relations ces dernières années. Peu avant le début de l’invasion russe de grande envergure de l’Ukraine, Xi Jinping et Vladimir Poutine avaient proclamé une «amitié sans limites» entre les deux pays. Depuis le début du conflit en février 2022, Pékin maintient une position ambiguë : d’une part, la Chine défend le respect de la souveraineté ukrainienne et, de l’autre, insiste sur la nécessité de répondre aux «préoccupations légitimes de Moscou en matière de sécurité». Selon des diplomates et analystes occidentaux, le soutien économique et diplomatique apporté par Pékin à Moscou depuis 2022 a contribué à alimenter le conflit en Ukraine.
Les échanges commerciaux bilatéraux entre la Chine et la Russie ont atteint des niveaux record depuis 2022, la République populaire achetant plus d’un quart des exportations russes. Les achats massifs de pétrole brut russe par la Chine ont rapporté à Moscou des centaines de milliards de dollars de recettes, qu’elle a utilisées pour financer la guerre. Ces approvisionnements russes ont renforcé la sécurité énergétique de la Chine, devenue particulièrement cruciale depuis que la crise du Moyen-Orient a perturbé le transit pétrolier via le détroit d’Ormuz.
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Joseph Webster, chercheur senior à l’«Atlantic Council», estime que «Taïwan pourrait être le thème central de la rencontre entre Xi et Poutine». Selon lui, Pékin pourrait être disposé à signer de nouveaux accords sur les combustibles fossiles avec Moscou afin de sécuriser son approvisionnement énergétique en cas de futur conflit concernant Taïwan.
L’augmentation de la capacité des oléoducs russes vers la Chine «améliorerait considérablement la sécurité pétrolière de Pékin en cas de crise hypothétique à Taïwan», écrit Webster.
La Russie fait pression depuis longtemps sur la Chine pour qu’elle accélère le projet de gazoduc «Power of Siberia 2», qui ajouterait 50 milliards de mètres cubes de capacité au réseau existant entre les deux pays. Cependant, les informations préliminaires concernant cette visite ne font état d’aucune signature d’un tel accord. Poutine devrait également s’entretenir séparément avec le Premier ministre Li Qiang au sujet de la coopération économique et commerciale.
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Le président russe, qui s’est rendu en Chine plus de vingt fois depuis son arrivée au Kremlin, retournera dans le pays en novembre pour assister, pour la première fois depuis 2017, au sommet de l’APEC (Coopération économique Asie-Pacifique), qui se tiendra cette année à Shenzhen, dans le sud-est de la Chine.
La visite de demain est perçue par Pékin comme une occasion importante pour les relations bilatérales : 2026 marquera le 30e anniversaire du partenariat stratégique et le 25e anniversaire du Traité de bon voisinage, d’amitié et de coopération, qui devrait désormais être renouvelé.
«Pour la Chine, stabiliser les relations avec les États-Unis et approfondir la coopération stratégique avec la Russie ne sont pas des options incompatibles», a expliqué Zhao ; «les deux font partie intégrante du maintien de la stabilité globale des relations entre les grandes puissances».
Début d’exercices nucléaires de trois jours en Russie
La Russie a annoncé que ses forces armées ont entamé aujourd’hui trois jours d’exercices nucléaires, mobilisant des milliers de militaires à travers le pays. L’exercice mobilise plus de 65.000 militaires et plus de 200 lanceurs de missiles nucléaires, selon le ministère de la Défense.
Les troupes de missiles stratégiques, les flottes du Nord et du Pacifique, le commandement de l’aviation stratégique ainsi que des unités des districts militaires de Leningrad et du Centre participent à ces manœuvres. Durant ces exercices, les troupes simuleront la préparation des forces nucléaires à des missions opérationnelles et le lancement de missiles balistiques et de croisière sur des polygones situés en territoire russe. D’après le ministère, l’objectif est d’améliore les capacités du personnel de commandement et de perfectionner le contrôle des troupes subordonnées dans le cadre de dissuasion à l’égard d’un adversaire potentiel.
- Pékin au cœur des équilibres mondiaux
Pour conclure, la visite de Vladimir Poutine en Chine illustre la solidité croissante du partenariat stratégique entre Moscou et Pékin, malgré les tensions internationales provoquées par la guerre en Ukraine. «En recevant successivement Donald Trump puis Vladimir Poutine, Xi Jinping cherche à affirmer le rôle central de son pays dans les grands équilibres diplomatiques mondiaux», estime un expert italien.
Entre coopération énergétique, enjeux liés à Taïwan et rivalités géopolitiques, la Chine tente de préserver ses intérêts stratégiques tout en évitant une rupture avec l’Occident. Dans ce contexte, les exercices nucléaires annoncés par la Russie rappellent toutefois que le climat international demeure marqué par une forte instabilité et une logique croissante de dissuasion entre grandes puissances.