(Rome, 12 mai 2026). À la veille du sommet entre Xi Jinping et Donald Trump à Pékin, du 13 au 15 mai, Pékin aborde les négociations en position de force grâce à sa domination sur les terres rares et à son poids industriel. Mais entre guerre au Moyen-Orient, tensions commerciales, restrictions technologiques américaines et ralentissement économique intérieur, Pékin avance aussi avec prudence face à une relation sino-américaine toujours plus stratégique et conflictuelle
Xi Jinping se présente en position de force face à un Donald Trump affaibli par la guerre en Iran, mais les répercussions économiques du conflit, la situation intérieure de la Chine et les différends commerciaux érodent toutefois cet avantage, comme le rapporte l’agence italienne «AGI».
La domination de la Chine sur le secteur des terres rares, métaux essentiels à l’industrie moderne, offre au président chinois un atout majeur pour obtenir des concessions du Magnat, lors du sommet prévu à Pékin du 13 au 15 mai.
Les analyses des experts sur le sommet
«La Chine arrive à ce sommet avec de sérieux atouts. Mais aussi avec un réel sentiment d’urgence», déclare Han Lin (cabinet de conseil américain «The Asia Group»).
- Les principales préoccupations de Pékin :
Guerre au Moyen-Orient
Grâce à ses réserves pétrolières et à la diversification de ses sources d’approvisionnement, la Chine est pour l’heure relativement épargnée par la crise énergétique qui frappe l’Asie. Cependant, les prix du gaz ont augmenté dans le pays en avril, et les industriels craignent une hausse des coûts de production du plastique, dérivé du pétrole. Par ailleurs, si les données du commerce extérieur ont été meilleures que prévu le mois dernier, cette reprise est principalement due à la flambée des prix du pétrole brut et des semi-conducteurs, écrit Julian Evans-Pritchard, expert chez «Capital Economics». Surtout, la Chine subirait des conséquences économiques si la guerre au Moyen-Orient s’éternisait. «Une hausse des prix du pétrole, qui ralentirait considérablement la demande mondiale, pèserait sur l’activité chinoise», écrivait la semaine dernière Leah Fahy de «Capital Economics». Le partenariat entre Pékin et Téhéran constitue aussi une source potentielle de tensions. Donald Trump pourrait inciter Xi Jinping à exiger des concessions de l’Iran envers les États-Unis. Mais céder à cette demande américaine et «user de cette influence risquerait de saper la confiance que la Chine a soigneusement construite» avec Téhéran, souligne Han Lin.
La dernière rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump, tenue en octobre, avait abouti à une trêve commerciale, certes fragile, mais qui leur a permis de réduire drastiquement le niveau des droits de douane punitifs réciproques. La Chine s’est tournée vers d’autres partenaires commerciaux pour atténuer les effets immédiats de la guerre commerciale.
Cependant, le gouvernement craint les conséquences à long terme du conflit sur l’attractivité du pays en tant que base manufacturière. Pékin a publié en avril une nouvelle réglementation visant à empêcher les entreprises d’exclure la Chine de leurs chaînes d’approvisionnement, en réponse à la volonté de certains gouvernements occidentaux cherchant à réduire leur dépendance vis-à-vis des usines chinoises.
Restrictions technologiques
Washington renforce ses mesures pour freiner le développement du secteur technologique chinois, dans un contexte de rivalité entre les deux puissances autour de l’intelligence artificielle. Les entreprises chinoises sont interdites d’acheter des puces d’IA les plus avancées de la société américaine Nvidia, en raison d’une réglementation américaine adoptée au nom de la sécurité nationale.
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De ce fait, Pékin a dû accélérer le développement de ses propres semi-conducteurs. Dans ce contexte, la Chine pourrait utiliser les terres rares comme moyen de pression pour obtenir de Trump un allègement tarifaire ou un gel de certaines restrictions à l’exportation, comme l’a indiqué Ting Lu, économiste chez Nomura, dans une note.
Ralentissement économique
Les discussions entre Xi et Trump se dérouleront dans un contexte de stagnation de la demande intérieure en Chine. Le géant asiatique peine à relancer son économie depuis la pandémie de Covid-19. Parmi les facteurs contribuant à cette situation figurent la crise de la dette dans le secteur immobilier ainsi qu’un niveau de consommation des ménages inférieur à celui d’avant. «La crise immobilière a réduit le patrimoine des ménages et le chômage des jeunes reste obstinément élevé», observe Han Lin de «The Asia Group». Les dirigeants chinois ont récemment reconnu que l’économie est confrontée à «certaines difficultés et défis» et ont appelé à une plus grande autonomie nationale dans les technologies stratégiques et les chaînes d’approvisionnement industrielles. «Par conséquent, Pékin aborde ces négociations avec appréhension», a résumé Lin à l’issue des discussions de cette semaine.
Un sommet placé sous le signe du rapport de force
Le sommet entre Xi Jinping et Donald Trump devrait déboucher moins sur une réconciliation durable que sur une nouvelle phase de négociation pragmatique entre les deux puissances. Pékin cherchera vraisemblablement à obtenir un allègement des restrictions américaines sur les semi-conducteurs et les technologies liées à l’intelligence artificielle, tandis que Washington tentera de limiter l’influence industrielle et géopolitique chinoise.
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Les analystes s’attendent donc à une trêve partielle sur les droits de douane et à quelques concessions ciblées, sans pour autant mettre fin à la rivalité stratégique sino-américaine.
Une crise iranienne aux répercussions mondiales
La guerre en Iran et l’instabilité régionale pourraient profondément modifier les équilibres économiques mondiaux. Une prolongation du conflit entraînerait probablement une hausse durable des prix du pétrole et du gaz, avec des conséquences directes sur l’industrie chinoise, fortement dépendante des importations énergétiques malgré ses réserves stratégiques. Pékin se retrouve également dans une position diplomatique délicate : son partenariat avec Téhéran lui donne une influence importante, mais toute pression exercée sur l’Iran à la demande des États-Unis risquerait d’affaiblir la confiance construite entre les deux pays.