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Téhéran propose à Washington la réouverture du détroit d’Ormuz en échange de la fin des hostilités

(Rome, 28 avril 2026). Téhéran avance une offre conditionnelle aux États-Unis : la réouverture du détroit d’Ormuz, axe vital pour les flux énergétiques mondiaux, en échange d’un apaisement durable. Encore une fois, une manœuvre stratégique au cœur des tensions géopolitiques

La trêve entre l’Iran, les États-Unis et Israël touche à sa fin, et les pays du Golfe espèrent une solution rapide pour éviter une dangereuse escalade du conflit. Au centre des négociations se trouve une fois de plus le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz.
La proposition de la République islamique à Washington promet la réouverture du détroit en échange d’un accord de paix, sans toutefois fournir de garanties quant à son programme nucléaire. C’est précisément pour cette raison, selon des sources diplomatiques, que les chances d’une acceptation américaine seraient faibles, écrit Andrea Riccardi dans «Il Tempo».

«Tous les dirigeants iraniens ne comprennent que les bombes», aurait déclaré le président américain Donald Trump à ses conseillers, selon Axios. Sur Truth Social, Trump a écrit que «l’Iran vient de nous informer qu’il est dans une situation critique» et «qu’il veut que nous ouvrions le détroit au plus vite».

Le détroit d’Hormuz au cœur des tensions

Un superpétrolier japonais a franchi aujourd’hui le détroit d’Ormuz, passage obligatoire pour les navires se dirigeant du golfe Persique vers l’océan Indien. Entre-temps, les Émirats arabes unis ont annoncé leur retrait de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), avec effet à partir du 1er mai.

Parallèlement, l’Iran agit rapidement pour protéger son économie et sa sécurité nationale : à la suite des attaques contre ses deux plus grandes aciéries du pays, les autorités ont décrété l’interdiction des exportations d’acier.

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La police de Téhéran a pour sa part affirmé avoir découvert une maison «équipée d’un système Starlink» dans le quartier de Youssefabad, l’accusant de servir de «base pour des activités d’espionnage». Enfin, le groupe de pirates informatiques Handala a diffusé les données de milliers de soldats américains déployés dans la région, les avertissant qu’ils étaient placés sous surveillance numérique.

Pression israélienne au Liban

Sur le front libanais, Tsahal maintient la pression, ayant ordonné l’évacuation de 16 localités, villages et villes confondus. Cette décision s’accompagne de l’annonce d’une «violation du cessez-le-feu» par le Hezbollah, comme l’a affirmé le porte-parole de Tsahal, Avichay Adraee : «Tsahal est contraint d’agir par la force», a-t-il souligné.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, s’exprimant lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue serbe Marko Djuric, a affirmé que «les mesures prises pour démilitariser la région ont été insuffisantes», ce qui a contraint Israël à intervenir. «Si cette infrastructure était démantelée, la présence militaire dans la zone ne serait plus nécessaire», a-t-il ajouté.

Bahreïn et le Qatar entre fermeté et dialogue

Dans le cadre de la lutte contre les infiltrations iraniennes à Bahreïn, trois citoyens bahreïnis et deux ressortissants Afghans ont été condamnés à la prison à perpétuité pour avoir planifié des actes terroristes avec l’Iran, tandis que le Qatar a réaffirmé son souhait de dialogue. «Il n’est pas nécessaire d’élargir le cercle des négociations. Nous soutenons la médiation pakistanaise», a déclaré Majed Al-Ansari, porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères. Et Al-Ansari d’ajouter au sujet du détroit d’Ormuz : «Nous estimons qu’il n’aurait jamais dû être fermé et qu’il doit être rouvert immédiatement».

Une confiance désormais presque impossible entre Washington et Téhéran

Après des années de négociations inabouties, d’accords partiellement respectés et de stratégies dilatoires attribuées à Téhéran, une question centrale demeure : l’administration américaine peut-elle encore considérer les engagements iraniens comme crédibles ?

La proposition de rouvrir le détroit d’Ormuz en échange d’un accord de paix intervient dans un contexte où la méfiance est devenue structurelle entre les deux pays. Pour Washington, l’absence de garanties immédiates sur le programme nucléaire iranien risque d’être perçue comme une nouvelle tentative de gagner du temps tout en maintenant des leviers de pression régionaux et militaires.

Cette défiance concerne d’ailleurs non seulement les États-Unis. En effet, une partie des pays du Golfe, tout comme plusieurs alliés occidentaux, redoutent qu’un éventuel compromis ne soit qu’une trêve temporaire avant une nouvelle phase de tensions. Dans ce climat, chaque initiative diplomatique iranienne est désormais examinée à travers le prisme d’années de confrontation, de sanctions et d’escalades successives.

Le Hezbollah face au choix de l’État ou de l’alignement à Téhéran

Au Liban, la crise actuelle remet également au premier plan la question du rôle du Hezbollah dans l’équilibre politique et sécuritaire du pays. Le mouvement chiite acceptera-t-il enfin de se conformer pleinement aux décisions du gouvernement libanais, ou continuera-t-il à agir selon les ordres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien ?

A lire : Liban : des pourparlers sous haute tension à Washington sur fond de conflit entre Israël et le Hezbollah

Cette interrogation devient encore plus sensible alors que des pressions croissantes s’exercent autour d’un possible apaisement régional. Les menaces évoquées contre le président Joseph Aoun en cas d’ouverture vers une paix avec Israël illustrent la profondeur des divisions internes libanaises et l’ampleur de l’influence iranienne au sein du Hezbollah.

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Pour une partie de la classe politique libanaise, l’enjeu dépasse désormais la seule confrontation avec Israël : il s’agit aussi de savoir si l’État libanais peut réellement imposer son autorité sur les décisions stratégiques de guerre et de paix. Tant que cette ambiguïté persistera, le Liban restera exposé au risque d’être entraîné dans des conflits régionaux qui dépassent ses propres intérêts nationaux.

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