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Iran : ce que l’on sait du missile Sejil à propergol solide et à deux étages, d’une portée de 2.000 km

(Rome, 15 mars 2026). Pour la première fois depuis le début du conflit avec Israël et les États-Unis, Téhéran a utilisé le missile balistique Sejil, un engin à deux étages et à propergol solide. Capable de parcourir jusqu’à 2.000 kilomètres en quelques minutes, ce missile représente l’un des systèmes les plus avancés de l’arsenal iranien et illustre l’escalade technologique dans la confrontation militaire en cours dans la zone

L’Iran a lancé le missile Sejil. C’est la première fois depuis le début de la guerre contre Israël et les États-Unis que Téhéran utilise cette arme redoutable. Il s’agit d’un missile balistique sol-sol à propergol solide de moyenne portée, capable de parcourir la distance entre le site nucléaire de Natanz et Tel-Aviv en seulement sept minutes, explique Federico Giuliani dans le quotidien «Il Giornale».

Les Gardiens de la révolution ont annoncé avoir lancé une série de 54 attaques de missiles contre des positions situées en territoire israélien, notamment des «missiles super-lourds : Khorramchahr à double ogive, Khaïbar-Chakan, Qadr, Emad et, pour la première fois dans le cadre de l’opération ‘Sadeq Promise’, quatre missiles stratégiques», dont le Sejil.

Le missile iranien Sejil

Ce missile, comme mentionné précédemment, est un missile balistique à deux étages, à propergol solide et à moyenne portée. Celle-ci est estimée à environ 2.000 kilomètres et peut transporter une charge utile d’environ 700 kilogrammes.

Grâce à son excellente manœuvrabilité en haute altitude, il est surnommé le «missile dansant», en référence à sa capacité à déjouer les systèmes de défense antimissile ennemis tels que le Dôme de fer. Comme le souligne le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), le missile mesure environ 18 mètres de long, a un diamètre d’environ 1,25 mètre et pèse environ 23.600 kilogrammes.

L’utilisation de propergol solide lui confère un avantage stratégique significatif, permettant une préparation et un lancement plus rapides que les systèmes plus anciens à propergol liquide, tels que la série Chéhab. La conception du missile Sejil a commencé au début des années 1990. Le premier tir d’essai aurait eu lieu en 2008, le missile parcourant alors environ 800 kilomètres. Un second tir aurait eu lieu en mai 2009 afin d’évaluer des systèmes de guidage et de navigation améliorés. Quatre autres essais en vol ont été menés depuis 2009. Lors du sixième essai, le missile aurait parcouru environ 1.900 kilomètres au-dessus de l’océan Indien.

La réponse de Téhéran

L’Iran aurait développé plusieurs variantes du système Sejil. En 2009, Téhéran a en effet annoncé le succès du test d’une version appelée Sejil-2. Une variante Sejil-3 serait même en cours de développement.

Bien que le missile ait des dimensions, un poids et une portée similaires aux variantes Chéhab 3, l’utilisation de propergols solides constitue une amélioration significative par rapport à la conception originale. La raison est simple : les propergols solides permettent des temps de lancement plus courts, ce qui rend le missile beaucoup moins vulnérable durant cette phase.

Parallèlement, leurs caractéristiques de performance particulières les rendent plus difficiles à guider et à contrôler. On ignore comment les ingénieurs iraniens ont surmonté ces obstacles, mais il est probable qu’ils aient modifié les systèmes de guidage du Chéhab ou qu’ils aient bénéficié d’un soutien extérieur considérable.

Une surprise stratégique pour les adversaires de Téhéran

«L’utilisation du missile Sejil marque un tournant symbolique et opérationnel dans la confrontation militaire actuelle. Jusqu’ici, l’Iran avait surtout mis en avant des systèmes déjà connus de son arsenal balistique. L’introduction de ce missile à propergol solide, plus rapide à préparer et plus difficile à intercepter, semble avoir pris de court les planificateurs militaires adverses», estiment les stratèges militaires. Sa capacité à être lancé avec un délai de préparation réduit et à manœuvrer à haute altitude complique le travail des systèmes de défense antimissile, habitués à traiter des trajectoires plus prévisibles.

L’épreuve des défenses antimissiles

Pour les adversaires de Téhéran, la réponse ne peut reposer sur un seul système. Les architectures défensives existantes (comme Iron Dome pour les menaces à courte portée) doivent être complétées par des couches supplémentaires capables d’intercepter des missiles balistiques de moyenne portée. Des dispositifs tels que Arrow‑3 ou encore David’s Sling sont précisément conçus pour ce type de menace plus complexe. L’enjeu est d’identifier la trajectoire suffisamment tôt pour déclencher une interception à haute altitude, avant que les manœuvres terminales du missile ne réduisent la fenêtre d’action.

Une course technologique relancée

L’apparition opérationnelle du Sejil rappelle surtout que la compétition stratégique au Moyen-Orient se joue désormais autant sur la technologie que sur la puissance de feu. Chaque progrès dans les missiles balistiques pousse les systèmes de défense à évoluer plus vite, et inversement. Pour Israël et ses partenaires occidentaux, le «remède» face à ce type d’arme passe par l’amélioration des radars d’alerte précoce, l’intégration de plusieurs couches de défense antimissile et une coopération technologique renforcée.

Dans ce contexte, le Sejil est non seulement un nouveau missile : il représente aussi un signal. Celui d’une capacité iranienne à moderniser progressivement son arsenal balistique et à tester les limites des systèmes de défense adverses. «La question est donc non seulement de savoir si ces missiles peuvent être interceptés, mais à quelle vitesse les défenses pourront s’adapter à une menace en constante évolution», disent encore les spécialistes.

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