(Rome, 11 novembre 2024). La nouvelle de son décès, le 11 novembre 2004, est tombée dans la nuit. Elle a été annoncée par les mêmes médecins qui, dans une clinique parisienne, l’avaient soigné : c’est ainsi que s’est terminée la vie de Yasser Arafat il y a exactement vingt ans. Celui qui, pendant plusieurs décennies, a incarné la cause palestinienne, devenant même iconique avec son uniforme militaire et surtout le keffieh, constamment porté sur la tête, écrit Mauro Indelicato dans «Inside Over».
En 1956, juste après la crise du canal de Suez et la deuxième guerre israélo-arabe, 10 ans après la Nakba, l’exil forcé de 700.000 Palestiniens à la création de l’État d’Israël en 1948, Yasser Arafat met progressivement en place le Mouvement de Libération de la Palestine, qui sera fondé en 1959 et prendra le nom de Fatah. Son objectif : établir un État palestinien par la lutte armée. Ce parti politique rejoint l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à sa création en 1964.
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Le 5 février 1969, Yasser Arafat prend la tête de l’Organisation. Basée d’abord en Jordanie, l’OLP en sera chassée par le roi Hussein (l’épisode sera baptisé «Septembre noir»), Arafat, toujours à sa tête, la déplace alors à Beyrouth, au Liban, un pays détruit par l’homme, lors d’une guerre atroce. En 1982, Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, envahit le Liban suite à des attaques de l’OLP basée dans le sud du pays. Yasser Arafat est contraint de quitter le Liban et de s’exiler à Tunis.
En septembre 1993, Yasser Arafat tend la main à Yitzhak Rabin, alors Premier ministre d’Israël, qui avait un moment d’hésitation avant de la saisir, devant le président des États-Unis Bill Clinton.
Une mort qui a bouclé la boucle
Au moment de son décès, de nombreuses rumeurs circulaient autour de la figure d’Arafat. Et il ne pouvait en être autrement, compte tenu de la vie du personnage : leader de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), fondateur du Fatah, le parti phare du pouvoir palestinien pendant des décennies, terroriste pour les uns, héros pour les autres, pragmatique pour ceux qui ne l’ont ni encensé ni condamné. Il existe tellement de définitions qu’il est donc impossible de ne pas assister à un véritable tourbillon de rumeurs, de soupçons et de suppositions.
Comme celles sur sa propre mort, ou celles relatives à ses importants comptes bancaires, peut-être de plusieurs millions de dollars déposés entre la France et la Suisse. Ou encore celles concernant le niveau de vie suspect, voire élevé, de son épouse qui réside à Paris. Et puis les jugements n’ont pas manqué sur une histoire qui, en ce 11 novembre 2004, n’était conservée dans les archives que depuis quelques heures et ne pouvait donc pas être étudiée (et comprise) en profondeur.
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Le seul élément vraiment important à souligner à propos de cette journée concerne peut-être la fin d’un cycle. Quel que soit le point de vue que l’on adopte et indépendamment des jugements historiques, la mort d’Arafat (Abou Ammar) fut celle de l’un des dirigeants les plus importants du Moyen-Orient de tous les temps. L’un des rares, véritablement capables de façonner l’histoire, pour le meilleur ou pour le pire. Le leader du Fatah a été un combattant sur le terrain, à un certain moment il a même embrassé la stratégie terroriste, avant de la quitter et de se montrer incontournable même lorsqu’il était assis derrière un bureau.
Les honneurs en tant que chef d’État
Les «nombreuses vies» d’Arafat ont également affecté les honneurs qui lui ont été rendus à sa mort. Suite à l’annonce de son décès, les condoléances émanaient d’une grande partie de la communauté internationale. La clameur médiatique a été telle qu’elle est habituellement réservée à un chef d’État. C’est peut-être précisément à sa mort qu’Arafat a pu récolter son principal succès : être surtout connu comme un chef de gouvernement, ce qu’il était en réalité, puisqu’il occupait, depuis 1996, le poste de président de la nouvelle Autorité nationale palestinienne (ANP).
Son cercueil a voyagé de Paris au Caire, où a eu lieu la cérémonie officielle. Arafat est né dans la capitale égyptienne et y a également obtenu son diplôme d’ingénieur en 1950, puis la cause palestinienne, qui a pris le dessus, animée par les origines de son père de Gaza et celles de sa mère de Jérusalem. Les funérailles ont réuni des délégations du monde entier, dont une délégation italienne, conduite par le président du Sénat de l’époque, Marcello Pera, mais aussi britannique, espagnole, française et d’autres pays européens.
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Après les adieux, célébrés par l’imam de la mosquée Al Azhar, le corps a pris le chemin de Ramallah. C’est là qu’il repose aujourd’hui dans un mausolée ouvert quelques années après sa mort. Une fois un cycle est fermé, un autre ne s’est pas ouvert dans les territoires palestiniens. L’histoire des vingt dernières années est connue, mais celle des 13 derniers mois est encore plongée dans le marais de la chronique la plus froide et la plus cynique.