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La libération des Italiens ne cache pas l’alarme terroriste au Sahel

(Roma 10 octobre 2020). Peut-être sommes-nous tellement habitués aux nouvelles des enlèvements et des disparitions de nos compatriotes au Sahel que, lorsque la confirmation de la libération de certains otages arrive, nous avons presque oublié leur présence dans la région. Là où les dunes du Sahara rencontrent la première végétation timide de la savane, la vie est parfois engloutie par les spirales de tensions religieuses et ethniques présentes dans ces régions, ainsi que par la violence d’un terrorisme de plus en plus dangereux. C’est également arrivé au Père Luigi Maccalli et Nicola Chiaccio, les deux Italiens libérés ces dernières heures au Mali, l’un des pays les plus critiques sur le plan sécuritaire, notamment dans les semaines qui ont suivi le coup d’État de l’armée à Bamako. On n’en avait plus entendu parler depuis un certain temps, ils sont tombés dans une autre spirale peut-être encore plus dangereuse, celle de l’oubli. Bonne nouvelle, cependant, qui ne doit pas nous faire oublier ce qui se passe dans une région pas si loin de nous.

Qui sont les deux Italiens libérés

Le Père Luigi Maccalli est un prêtre missionnaire avec une longue expérience en Afrique, d’abord en Côte d’Ivoire puis au Niger. Et c’est précisément ici que le 17 septembre 2018, il a été kidnappé. Il était situé dans la paroisse du petit village de Bomoanga, à moins de 150 km de Niamey, la capitale nigériane. A partir de ce moment, il n’y eut plus de traces du prêtre. On a seulement appris que le groupe qui l’avait kidnappé était composé de militants de Nosrat al-Islam, la branche sahélienne d’Al-Qaïda. Pour cette raison, le soupçon était immédiatement fort que le père Maccalli avait été emmené au Mali, où la formation djihadiste semble très enracinée. Une première confirmation de cette circonstance est intervenue le 6 avril, lorsqu’une agence de presse au Niger a diffusé une vidéo de quelques secondes dans laquelle l’Italien kidnappé apparaissait en bonne santé. Ces images ont très probablement été prises dans une région reculée du Mali. Avec lui dans la vidéo apparaissait également Nicola Chiacchio. Ce dernier avait été kidnappé en 2019 alors qu’il effectuait l’une de ses nombreuses excursions touristiques: un ingénieur de 48 ans originaire de Naples, Chiacchio a toujours été décrit comme un « globe-trotter » et s’est retrouvé au mauvais endroit et au mauvais moment.

Les deux Italiens ont probablement vécu ensemble une bonne partie de leur période de détention. La nouvelle de leur libération est arrivée jeudi soir, également confirmée par le Premier ministre Giuseppe Conte par un Tweet. Les deux auraient été libérés au Mali et immédiatement les procédures ont été activées pour les ramener en Italie. Pour le moment, la dynamique qui a mené à la fin de leur cauchemar et celle des membres de leur famille sont inconnues.

La situation au Sahel

Une bonne nouvelle donc qui ne doit cependant pas mettre de côté le contexte de plus en plus inquiétant dans lequel vit la région du Sahel. Du Mali, sans doute le pays le plus critique en matière de sécurité, au Burkina Faso en passant par le Niger et le Tchad, cette partie de l’Afrique vit depuis des années le cauchemar du terrorisme islamique. Les groupes djihadistes liés à Al-Qaïda et à Daech, sont de plus en plus renforcés dans la région. Ce qui est le plus inquiétant, c’est précisément le Mali, un pays où en 2012 de vrais califats sont apparus dans les régions du nord. Le recours aux forces françaises a permis de mettre fin à l’expérience des califats, mais ces dernières années la situation sécuritaire s’est dégradée. Le coup d’État d’août aurait également pu ralentir le travail déjà difficile de lutte contre la prolifération des groupes djihadistes dans la région.

Les choses ne vont pas mieux dans les pays voisins: les gouvernements du soi-disant G5 du Sahel, qui comprend le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad et la Mauritanie, se retrouvent à constater une résurgence croissante du phénomène djihadiste. Non seulement les enlèvements, mais aussi les attaques et raids contre les forces locales et étrangères présentes dans la zone permettent de bien comprendre le danger que représente le terrorisme dans cette région.

Les autres Italiens dont on ne sait toujours rien

L’année 2020 a été positive sur le front de la libération des Italiens kidnappés à l’étranger. En mars dernier au Niger, Luca Tacchetti s’est libéré de l’emprise des ravisseurs, kidnappé 15 mois plus tôt par le groupe Nosrat al-Islam avec sa petite amie canadienne Edith Blais. Mais en mai, c’est au tour de Silvia Romano, la travailleuse humanitaire libérée des groupes islamistes en Somalie après deux ans d’emprisonnement. Aujourd’hui, le retour à la maison du Père Luigi Maccalli et Nicola Chiacchio a porté à 4 le nombre d’Italiens libérés depuis le début de l’année. Mais les données relatives à nos compatriotes dont on ne sait rien à l’étranger, n’ont pas encore été effacées. Le père dall’Oglio est porté disparu, le jésuite kidnappé en Syrie en juillet 2013. Au fil des années, il y a ceux qui ont parlé de négociations pour sa libération, d’une situation qui a vu l’Italien toujours vivant, mais d’autres rumeurs auraient plutôt conduit à l’hypothèse de son meurtre pendant son emprisonnement.

Cela n’a rien à voir avec le terrorisme islamiste ni même avec le Moyen-Orient, mais il est impossible d’oublier la situation de Vincenzo Cimmino et Raffaele et Antonio Russo. Kidnappés au Mexique en janvier 2018, toutes leurs traces ont été perdues. Un retour en Afrique, on appréhende depuis septembre la situation concernant les dix-huit marins, dont huit italiens, des bateaux de pêche saisis par les autorités dans l’est de la Libye. Un procès à Benghazi pourrait commencer en octobre, mais tout semble en quelque sorte conditionné par les événements inhérents à la guerre qui bouleverse le pays d’Afrique du Nord.

Mauro Indelicato. (Inside Over)

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