(Roma, 21 octobre 2026). La rédaction a reçu une contribution de Monsieur Rami Feghali, activiste résident en France, reflétant son point de vue sur les événements du 17 octobre 2026 en France et la révolution libanaise du 17 octobre 2019. Nous publions sa contribution dans son intégralité, et précisons qu’elle n’engage que l’auteur
Le Courant patriotique libre (CPL) établit un parallèle entre les événements du 17 octobre 2026 en France et la révolution libanaise du 17 octobre 2019, en mettant l’accent sur les scènes de casse et de vandalisme. Pourtant, cette comparaison soulève une question fondamentale : pourquoi les mêmes débordements deviennent-ils, selon le contexte, tantôt le signe d’une révolte populaire, tantôt la preuve d’une conspiration politique ?
Au Liban, le 17 octobre 2019 fut une révolte populaire contre la corruption, l’effondrement économique et une classe politique discréditée. Réduire ce mouvement à ses débordements, c’est mépriser les revendications de milliers de Libanais qui réclamaient un État digne de ce nom.
À l’époque, le CPL dénonçait une prétendue conspiration visant à faire tomber le «mandat fort». Sept ans plus tard, il continue d’entretenir ce récit lors de ses rassemblements politiques, présentant encore la révolution comme une manœuvre dirigée contre son pouvoir. Pourtant, le CPL gouvernait avec le Hezbollah, dont des partisans ont été impliqués dans des affrontements avec des manifestants.
Dès lors, une question s’impose : pourquoi le CPL persiste-t-il à invoquer le complot plutôt qu’à affronter les causes profondes de la révolte ? Les accusations d’instrumentalisation politique doivent être étayées par des faits. Elles ne peuvent servir à effacer les responsabilités de ceux qui gouvernaient ni à nier la colère d’une population confrontée à une crise historique.
La comparaison avec la France met en lumière une contradiction politique : les violences doivent être condamnées partout, mais elles ne sauraient justifier le rejet en bloc des revendications populaires. L’ordre public est une exigence de l’État, pas un bouclier destiné à protéger les gouvernants de toute remise en question.
L’état n’étant pas un parti, le pouvoir n’étant pas la patrie et contester un gouvernement n’est pas trahir son pays.
Le CPL doit répondre à une question essentielle : défendait-il l’État libanais ou la survie politique de son propre pouvoir ?
Par Rami Feghali. (Activiste libanais à Paris)