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Pakistan : le gouvernement fédéral prend le contrôle de la province dirigée par le parti d’Imran Khan, le chef de l’exécutif local interpellé

(Rome, 14 octobre 2026). Le Pakistan s’enfonce dans une crise politique : le gouvernement fédéral place sous tutelle la province de Khyber Pakhtunkhwa, dirigée par le parti d’Imran Khan, confie la province au gouverneur pour une durée de six mois et fait arrêter son chef de l’exécutif. Le parti de Khan dénonce un «coup d’État»

«Un coup d’État». C’est en ces termes que le porte-parole du Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), le parti de l’ancien Premier ministre Imran Khan, a qualifié sur la plateforme X la décision par laquelle le gouvernement fédéral a placé sous tutelle le Khyber Pakhtunkhwa. Cette province frontalière de l’Afghanistan était la dernière encore aux mains du parti. Dimanche 11 octobre, le président Assif Ali Zardari, à la demande du cabinet du Premier ministre Shehbaz Sharif, a proclamé l’état d’urgence dans 12 districts et a confié la gestion de la province au gouverneur pour une durée de six mois. Le chef du gouvernement provincial, Sohail Afridi, ainsi que le président local du parti ont été arrêtés, rapporte le portail italien «Notizie Geopolitiche».

Cinq blessés à Bara

Mardi, la tension s’est déplacée dans la rue. À Bara, à environ 15 kilomètres de Peshawar (la capitale provinciale), la police a fait usage de gaz lacrymogènes contre les partisans de Khan et, selon les responsables du parti, a tiré à balles réelles ; cinq personnes ont été blessées, rapporte l’agence Reuters. Cinquante personnes ont été interpellées et inculpées pour terrorisme et sabotage. Un centre d’état civil national a pris feu : selon un responsable de la police, il a été incendié par des manifestants, tandis que le parti évoque des «inconnus» ayant également pris d’assaut les bureaux voisins.

«Des vidéos générées par l’IA»

L’administration provinciale, désormais dirigée par le gouverneur, rejette les accusations de tirs. La responsable de l’information, Samar Haroon Bilour, a qualifié ces allégations d’«infondées et futiles», affirmant que les vidéos circulant sur les réseaux sociaux avaient été générées par l’intelligence artificielle et que la police avait réagi aux actes de vandalisme «de manière mesurée». Quant à l’incendie du bureau de l’état civil, elle a précisé que l’enquête trancherait la question. Reuters n’a pu vérifier ni les vidéos ni les versions contradictoires.

L’argument sécuritaire

Islamabad justifie cette mise sous tutelle par la «détérioration de l’ordre public» et par l’«indifférence délibérée» du gouvernement provincial dans la guerre contre le terrorisme. Le Khyber Pakhtunkhwa est le théâtre de l’insurrection du Tehrik-e-Taliban Pakistan (les talibans pakistanais), et les districts placés sous tutelle, du Waziristan à Bajaur, sont ceux situés le long de la frontière afghane. Le ministre de la Justice, Azam Nazeer Tarar, a expliqué lors d’une conférence de presse que le gouverneur serait épaulé par un conseil consultatif composé de 11 experts. Après l’annonce de la mesure, l’accès à Internet et aux réseaux mobiles a été coupé dans certaines zones de la province.

La proximité du Khyber Pakhtunkhwa avec l’Afghanistan place cette crise au cœur d’un contentieux régional ancien. Islamabad accuse les autorités talibanes afghanes de laisser opérer sur leur territoire des combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), responsable de nombreuses attaques au Pakistan. Kaboul rejette ces accusations et considère les violences comme un simple problème intérieur pakistanais. Dans ce contexte, la montée des attaques dans les zones frontalières constitue un argument central du gouvernement fédéral pour justifier sa reprise en main de la province.

A lire : Au Pakistan, la province frontalière de l’Afghanistan s’oppose à Islamabad, la police et l’administration désavouent le gouverneur

Une source régionale affirme que l’existence de réseaux militants transfrontaliers ne suffit pas, à elle seule, à démontrer une implication directe de Kaboul dans les troubles politiques actuels. La mise sous tutelle pourrait néanmoins accentuer les tensions entre les deux pays, en renforçant le poids des considérations militaires et sécuritaires dans leurs relations.

Une lecture politique

Pour le parti de Khan, cette décision est politique. Le président du PTI, Gohar Ali Khan, a dénoncé «une grave erreur politique, une mesure antidémocratique» ; dans une autre déclaration, le parti a accusé le gouvernement de «voler le mandat de notre peuple pachtoune». Le 4 octobre, après la rupture des négociations avec Islamabad, Afridi avait conduit une marche vers la capitale pour réclamer, entre autres, que des médecins puissent examiner Khan, emprisonné depuis 2023 pour des accusations de corruption et d’incitation à des troubles visant des installations militaires, des charges qu’il qualifie de politiques. Le cortège n’a jamais quitté la province : la police a bloqué les routes de Peshawar à l’aide de conteneurs. Avec cette mise sous tutelle, deux ans après l’arrestation de son dirigeant, le parti perd ainsi le dernier ancrage institutionnel qui lui restait dans le pays.

Le vote sous dix jours

Cette décision s’appuie sur deux articles de la Constitution, les articles 232 et 234. Si le président agit sans résolution préalable de l’assemblée provinciale, la mesure doit être approuvée par les deux chambres du Parlement dans un délai de dix jours ; l’échéance tombe aux alentours du 21 octobre. Les juristes sont divisés, rapporte «Arab News». Pour Salah-Edddine Ahmed, ancien président du barreau de la Cour d’appel du Sind, «il n’y a manifestement eu aucun effondrement du mécanisme constitutionnel» justifiant le recours à l’article 234, et le seuil requis pour l’article 232 est «plus élevé» qu’une simple recrudescence d’attentats. D’autres analystes estiment que le président peut agir seul, à condition d’obtenir ensuite le feu vert du Parlement.

Mardi, à la Chambre d’Islamabad, les groupes d’opposition ont réclamé la levée immédiate de l’état d’urgence et la libération d’Afridi ; ils ont qualifié le 11 octobre de «jour noir» pour la démocratie pakistanaise et ont proposé une stratégie antiterroriste concertée entre le pouvoir central et les provinces.

Le gouverneur Fayçal Karim Kundi, membre du Parti du peuple (PPP) de Zardari, a assumé ce choix : l’époque du manque de coordination face au terrorisme est révolue, a-t-il déclaré, ajoutant que «nos politiques émaneront d’Islamabad, et non de Kaboul, de Jalalabad ou de Kandahar».

L’Iran et l’Accord de La Mecque

La signature, le 7 août 2026, de l’«Accord de La Mecque» entre le Pakistan, l’Arabie saoudite et la Turquie a introduit un nouvel élément dans les équilibres régionaux. Bien que ses promoteurs le présentent comme défensif et non dirigé contre un pays en particulier, cet accord intervient dans un environnement marqué par les tensions avec l’Iran et par les interrogations sur la sécurité du Golfe.

A lire : L’accord de La Mecque activé : le Pakistan et la Turquie placent l’Arabie Saoudite sous protection

Pour Islamabad, l’enjeu est double : reprendre le contrôle d’une province confrontée à des violences militantes et préserver la stabilité d’un pays traversé par une forte polarisation politique. À cette équation intérieure s’ajoutent les nouvelles responsabilités diplomatiques et stratégiques d’Islamabad dans le cadre de l’«Accord de La Mecque». «La crise de cette province est-elle une opération de reprise en main politique sur fond d’insurrection, ou risque-t-elle de devenir un nouveau théâtre des rivalités régionales» ?, s’interroge un expert régional, sous anonymat, basé à Rome.

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