(Rome, 06 octobre 2026). L’Accord de La Mecque passe désormais de la déclaration à l’action. Le Pakistan et la Turquie s’engagent à non seulement renforcer concrètement la défense de l’Arabie saoudite, avec la mise en œuvre rapide de moyens militaires et le renforcement de la coordination entre les trois pays, mais aussi à consolider les équilibres au Moyen-Orient
La première activation des clauses de sécurité
En pleine instabilité au Yémen, le Pakistan et la Turquie renforcent leur engagement aux côtés de leur alliée, l’Arabie saoudite. Cette décision intervient alors que les clauses de sécurité du Pacte de La Mecque, ce nouvel axe sécuritaire unissant Ankara, Islamabad et Riyad, ont été activées pour la première fois, deux mois après sa signature. Face à l’intensification des affrontements entre Riyad et les rebelles yéménites Houthis, ces derniers ayant élargi leur champ d’action depuis un mois en frappant des infrastructures ainsi que des cibles énergétiques et civiles dans le pays qui soutient le gouvernement yéménite internationalement reconnu, et après une escalade du conflit par les rebelles, les partenaires de l’Arabie saoudite évoquaient depuis quelque temps la possibilité d’activer ces clauses, écrit Andrea Muratore dans le portail «Inside Over».
Activation du Pacte de La Mecque
Le tournant a eu lieu hier : à Riyad, les responsables de la diplomatie et de la défense des trois pays ont décidé d’ouvrir la voie au déploiement d’unités turques et pakistanaises pour renforcer les capacités de défense saoudiennes face aux raids balistiques des Houthis. Cette réunion s’est tenue en présence d’acteurs clés de la scène moyen-orientale, tels que le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan et le maréchal Asim Mounir, chef des forces armées pakistanaises.
Bien qu’aucun effectif ou moyen précis n’ait été chiffré, l’engagement à déployer des forces au nom de la sécurité collective de la nouvelle alliance a été confirmé, comme le rapporte «Turkiye Today». Ces derniers jours, une indiscrétion importante en ce sens est parvenue du Pakistan ; ce pays maintient d’ailleurs depuis longtemps une présence militaire d’environ 8.000 soldats en Arabie saoudite pour soutenir un État avec lequel il a conclu un accord de sécurité bilatéral, consolidé par la suite grâce à l’axe formé avec la Turquie. Il a récemment été question d’un possible déploiement de 25.000 soldats pakistanais dans le royaume, bien que l’on ignore quelles forces seront sollicitées pour soutenir la défense saoudienne et dans quelle mesure une intervention effective des alliés aura lieu, un point qui pourrait dépendre de l’ampleur réelle des raids houthis dans les semaines à venir. Alors que l’alerte générale la plus grave concernant un blocage total des exportations énergétiques saoudiennes semble s’être apaisée, et tandis que les forces pro-saoudiennes du gouvernement yéménite passent à une contre-attaque contre les rebelles, avec des rumeurs évoquant la chute du port d’al-Makha, dont la prise par les rebelles avait laissé entrevoir la possibilité d’un contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb, l’Arabie saoudite traverse une situation complexe et contrastée.
L’Arabie saoudite, La Mecque et le Yémen
D’un côté, Riyad, grâce à ses raids aériens, s’affirme comme un allié stratégique pour les forces gouvernementales d’Aden ; ces dernières visent à reconquérir la capitale, Sanaa (aux mains des Houthis depuis plus de dix ans) et tirent parti du soutien constant de cet allié de poids. De l’autre, les défenses aériennes saoudiennes se sont souvent révélées incertaines face aux attaques de drones et de missiles yéménites, même si le pays dirigé par le prince héritier Mohammed Ben Salman a toujours affirmé que les résultats revendiqués par les Houthis concernant ces raids étaient exagérés. En outre, début août, «Responsible Statecraft», anticipant que la question des Houthis pourrait notamment être le premier enjeu majeur du Pacte de La Mecque, observait à juste titre que, du point de vue saoudien, «la nature de la menace houthie rend la défense aérienne ; l’alerte précoce ; la guerre électronique ; les systèmes anti-drones ; la surveillance maritime et le partage de renseignements plus importants que le simple déploiement de forces terrestres». Et que «la Turquie comme le Pakistan peuvent renforcer les capacités saoudiennes dans ces domaines».
Pour Riyad, obtenir le soutien de ses alliés constitue une étape importante pour tenter d’éviter de s’enliser à nouveau dans le bourbier yéménite. Il est manifeste que l’escalade au Yémen et la fin d’une période de quatre ans de stagnation et de gel du conflit, conjuguées aux répercussions du bras de fer entre l’Iran et l’axe israélo-américain ainsi qu’aux raids régionaux menés par Téhéran, ont mis l’Arabie saoudite en difficulté. À cet égard, l’activation du Pacte de La Mecque représente un engagement à la fois stratégique et politique pour les partenaires qui choisissent de l’appuyer. Stratégique, car elle démontre que la stabilité de l’allié saoudien et la fin du conflit au Yémen constituent également un objectif primordial pour le Pakistan et la Turquie.
Les objectifs du Pakistan et de la Turquie
Pour le Pakistan, l’objectif est de renforcer sa capacité à intervenir dans la stabilisation de la région et d’ouvrir la voie à une détente à plusieurs niveaux : la fin du conflit au Yémen est perçue par Islamabad comme une mesure propice à faciliter la détente et la médiation concernant l’Iran, où les négociations entre Washington et Téhéran semblent au point mort. L’apaisement des tensions liées aux Houthis (mandataires de l’Iran) et au détroit de Bab-el-Mandeb (qui, à l’instar du détroit d’Ormuz, influence la géopolitique mondiale) favoriserait un engagement politique conforme à la volonté d’Islamabad de jouer un rôle de stabilisateur régional. Au moment où l’alliance de La Mecque entre en action, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, se rend au Pakistan ; en cette fin de mandat, il cherche à déterminer s’il existe une marge de manœuvre pour renforcer la médiation visant à stabiliser le Moyen-Orient.
Ankara consolide son empreinte sécuritaire dans le Golfe
Pour Ankara, le déploiement prévu dans le cadre de l’Accord de La Mecque ne constitue pas une initiative isolée. Il s’inscrit dans une politique plus large de renforcement de ses partenariats de défense dans le Golfe, dont le Qatar constitue déjà l’un des principaux points d’appui. «La Turquie d’Erdogan dispose ainsi d’un levier supplémentaire pour accroître sa présence stratégique dans une région où les équilibres sécuritaires sont en pleine recomposition», estiment les experts régionaux. Ce pacte offre également à la Turquie une plateforme de coopération avec le Pakistan, autre partenaire stratégique, et renforce les liens entre trois puissances musulmanes disposant désormais de capacités militaires complémentaires.
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De même, la Turquie acquiert potentiellement une capacité de projection stratégique régionale. En soutenant l’Arabie saoudite, elle peut évaluer la préparation de ses forces armées face à des défis stratégiques multidimensionnels et prendre pied dans la péninsule arabique pour influencer indirectement l’avenir du théâtre yéménite. Ce dernier est crucial pour Ankara, car il s’inscrit dans la zone de la mer Rouge et à proximité de la Corne de l’Afrique, où la Turquie maintient une présence stratégique, notamment dans le cadre de sa coopération sécuritaire avec la Somalie. Ce soutien à l’Arabie saoudite débouchera-t-il sur de nouvelles initiatives visant à modifier l’échiquier moyen-oriental et les futurs déploiements de forces ? Il est encore trop tôt pour le dire. Mais l’activation du Pacte de La Mecque concerne autant la réponse aux raids houthis, qui, bien que problématiques, ne constituent certainement pas une menace existentielle pour l’Arabie saoudite, que la volonté de démontrer la solidité d’un partenariat visant à consolider de nouveaux équilibres géopolitiques au Moyen-Orient. Il s’agit d’adresser un message à tous les acteurs ayant des intérêts dans la zone, indépendamment de l’ampleur réelle du déploiement autorisé par l’activation du Pacte, dont l’envergure, le calendrier et les modalités restent encore à définir. Toutefois, le message politique a, en ce sens, d’ores et déjà été transmis.
Le Pakistan, un nouveau verrou à l’est de l’Iran ?
L’activation de l’Accord de La Mecque donne au Pakistan une place nouvelle dans le dispositif de sécurité du Golfe. En s’engageant à fournir les forces et capacités militaires nécessaires à leur déploiement rapide en Arabie saoudite, Islamabad renforce son rôle de partenaire sécuritaire de Riyad, tout en se rapprochant indirectement de l’un des principaux théâtres de confrontation avec l’Iran et ses mandataires régionaux.
Cette évolution revêt une importance particulière sur le plan géographique. Le Pakistan partage avec l’Iran une frontière d’environ 1.000 kilomètres, dans une zone stratégique qui relie le sous-continent indien au Golfe et à la mer d’Arabie. Une présence militaire pakistanaise renforcée en Arabie saoudite signifie l’installation de troupes pakistanaises à proximité immédiate du territoire iranien, mais elle place aussi Islamabad dans une position stratégique plus importante sur le flanc oriental du dispositif sécuritaire saoudien.
Face à l’éventuel désengagement américain, Riyad cherche-t-il une alternative régionale ?
L’activation de l’Accord de La Mecque intervient dans un contexte particulièrement significatif pour les monarchies du Golfe. Le 18 août, le Washington Post révélait que le Pentagone évaluait la possibilité de réduire la présence militaire américaine dans le Golfe à l’issue de la guerre avec l’Iran. L’hypothèse envisagée portait notamment sur une réduction des forces américaines dans certaines monarchies du Golfe et sur une éventuelle réorganisation du dispositif militaire régional.
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Pour les trois piliers de l’Accord, Riyad, Ankara et Islamabad, la mise en œuvre concrète du pacte peut apparaître comme une manière de renforcer les capacités régionales au moment même où la fiabilité à long terme du «parapluie» sécuritaire américain fait débat.